La Ville de Trois-Rivières souhaite interdire la construction de multilogements le long de la route 138 dans le secteur Pointe-du-Lac.

Référendum à Pointe-du-Lac: non au projet immobilier

TROIS-RIVIÈRES — Il n’y aura pas de nouveaux multilogements le long de la route 138, dans le secteur de Pointe-du-Lac, à Trois-Rivières: 60 personnes ont voté en faveur d’un règlement interdisant de telles constructions dans cette zone, alors que 50 autres ont voté contre, lors d’un référendum, dimanche.

Des 151 résidents de la zone visée par le règlement et des deux zones contiguës, 111 se sont rendus aux bureaux de vote, au Pavillon des Seigneurs, sur le chemin Sainte-Marguerite. Un seul bulletin a été rejeté. Les citoyens concernés avaient jusqu’à 20 h pour voter. 

«C’est sûr que je suis satisfaite, a réagi Nicole Morin, porte-parole du comité du ‘‘oui’’. Les propriétaires [autour des multilogements existants] aussi sont bien contents, parce que sinon, ça aurait encore fait descendre la valeur de leur maison.»

Mme Morin s’est également réjouie du nombre de personnes venues voter dimanche, malgré le mauvais temps. Elle croit également que même si le résultat du vote, relativement serré (environ 10 % d’écart entre le ‘‘oui’’ et le ‘‘non’’), pourrait laisser certaines personnes amères, tout le monde trouvera son compte dans ce résultat. «Le promoteur a eu le privilège de construire plusieurs multilogements, même après que le nouveau schéma d’aménagement de la Ville l’interdise. Les locataires aussi sont gagnants, puisque ceux du premier bâtiment n’auront pas de chemin sous leur balcon et vont garder leur vue sur le fleuve.»

Le promoteur immobilier Georges Mouradian s’opposait à ce règlement qui modifiera le zonage du secteur dans lequel il a déjà construit trois multilogements et a commencé la construction d’un quatrième. Ce changement de zonage l’empêcherait de construire un cinquième édifice de son projet immobilier. Par ailleurs, l’été dernier, 12 citoyens avaient manifesté leur opposition au changement de zonage, un nombre suffisant pour forcer la Ville de Trois-Rivières à organiser un référendum. L’autre option était d’abandonner le projet de règlement.  

«Fier» de ses concitoyens

Le conseiller du district de Pointe-du-Lac, François Bélisle, était lui aussi satisfait du résultat du référendum de dimanche. «Je suis très fier des citoyens de Pointe-du-Lac, qui ont montré qu’en se mobilisant, on peut faire des choses, a-t-il souligné. Les gens avaient à cœur le nouveau schéma d’aménagement, qui veut qu’on cherche à conserver ce qu’il reste de caractère champêtre de la route 138.»

M. Bélisle a également félicité le comité du «oui», qui l’a emporté malgré des irrégularités qui auraient pu, selon lui, le handicaper. Il a critiqué le fait que des gens qui ont aménagé dans le secteur après la date limite fixée par les règles du référendum aient pu aller voter malgré tout.

Cette situation avait déjà été dénoncée par Mme Morin, il y a quelques semaines. Elle avait alors menacé de rapporter cette situation au Directeur général des élections du Québec, ce qu’elle n’aura finalement pas besoin de faire. Elle trouve néanmoins qu’il était injuste que des locataires aient le même poids électoral que des propriétaires sur cet enjeu. 

«Des propriétaires venaient me dire: ‘‘pourquoi des locataires peuvent voter alors que ce ne sont pas eux qui paient des taxes?’’ Ils ne trouvaient pas ça égal comme façon de procéder alors que les locataires peuvent déménager facilement s’ils ne sont pas contents, mais les propriétaires, non», a-t-elle avancé. 

Recours judiciaire

Il a été impossible de rejoindre le porte-parole du comité du «Non», Jacques Boily, et le promoteur Georges Mouradian, dimanche soir. Radio-Canada a toutefois rapporté que ce dernier comptait «entreprendre d’autres démarches» pour terminer son projet immobilier du Complexe Baie-Joli si le référendum confirmait le changement de zonage. M. Mouradian souhaitait bâtir un sixième immeuble dans le secteur concerné. 

«Si lui veut aller en cour, il a le droit, a renchéri M. Bélisle devant cette éventualité. Mais selon nos responsables au contentieux à la Ville, c’est assez béton, notre dossier. On a été très conformes et on l’a laissé construire les immeubles qu’il reste à construire, un dans une zone qui reste multilogements et l’autre qui était en ligne avec les trois autres déjà construits. Mais le fameux sixième, il faut qu’il l’oublie.»

«Il a le droit de faire des recours, on ne peut pas l’en empêcher, mais poursuivre une ville, je trouve ça spécial un peu», a-t-il ajouté. 

Le référendum de dimanche était le premier organisé par la Ville de Trois-Rivières en près de 25 ans. Quant à savoir s’il est inquiet que les démarches entreprises pour tenter de bloquer le changement de zonage sur lequel portait le référendum de dimanche puissent créer un précédent et inciter d’autres personnes à tenter de bloquer de la sorte d’autres règlements, M. Bélisle se montrait peu inquiet. 

«Je suis plutôt sympathique à ce pouvoir-là (le référendum) qui appartient au citoyen. Dans le passé, on a passé proche quelques fois, mais c’était les citoyens qui le demandaient et la Ville disait: ‘‘on va laisser faire’’. Mais là, c’est une situation qui est vraiment inusitée, qui ne se reverra pas. Ça ne donne pas un précédent dans un cas ou dans l’autre.»