Le professeur en économique de l’UQTR, Frédéric Laurin, a été frôlé et klaxonné par un automobiliste il y a moins de deux semaines, alors qu’il roulait en bordure de rue à la hauteur de la piste cyclable du boulevard des Forges, impraticable pour son vélo.
Le professeur en économique de l’UQTR, Frédéric Laurin, a été frôlé et klaxonné par un automobiliste il y a moins de deux semaines, alors qu’il roulait en bordure de rue à la hauteur de la piste cyclable du boulevard des Forges, impraticable pour son vélo.

Piste cyclable ratée: que faire pour les cyclistes?

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Quelles options s’offrent désormais aux cyclistes qui souhaitent circuler sur le boulevard des Forges, à la hauteur de la piste cyclable ratée, maintenant que le conseil municipal a voté en majorité contre le projet de l’aplanir? C’est la question que se posera la Commission sur la mobilité durable et la sécurité routière le 24 septembre prochain, et qui est aujourd’hui soulevée par des cyclistes qui empruntent ce tronçon régulièrement.

C’est le cas du professeur en économie de l’UQTR, Frédéric Laurin, qui déplore aujourd’hui avoir lui-même subi les foudres d’un automobiliste qui ne tolérait pas qu’il circule le long de la route à cette hauteur, alors que la piste cyclable était pour lui impraticable.

«Emprunter cette piste cyclable avec un vélo de route comme j’ai, c’est l’équivalent de débarquer et marcher à côté de son vélo. C’est un obstacle plus qu’un facilitateur. Dans les circonstances, j’ai préféré rouler sur le bord de la route», indique celui qui raconte l’événement survenu il y a moins de deux semaines.

«C’était en fin de journée, il faisait encore clair. Il n’y avait pas de véhicule sur la route lorsqu’un camion pick-up m’a frôlé en me klaxonnant. Il avait tout le loisir de s’éloigner en empiétant sur l’autre voie sans danger», se souvient M. Laurin, qui rappelle que la loi votée par l’Assemblée nationale impose désormais aux automobilistes de laisser un dégagement de 1,5 mètre lorsqu’ils dépassent un cycliste.

Frédéric Laurin se demande aujourd’hui quelle serait la meilleure solution pour sécuriser ce parcours, maintenant que l’option d’aplanir la piste, des travaux évalués à 120 000 $, a été écartée par une majorité de conseillers municipaux mardi soir. Il évoque au passage la possibilité d’y peindre un corridor cyclable, par exemple, mais soutient en outre que la réflexion municipale doit aller au-delà de ce simple tronçon de route.

En 2019, le professeur s’était associé à plusieurs personnes de tous les milieux afin de lancer le projet «Mieux rêver Trois-Rivières», qui visait à lancer des discussions autour de projets collectifs pour un meilleur développement de la ville. Dans le cadre de ce projet, un sondage avait été mené auprès de jeunes de Montréal et de Québec, leur demandant comment Trois-Rivières pourrait devenir attrayante pour eux.

«Plusieurs voulaient savoir s’ils avaient besoin d’une voiture pour vivre ici. C’est ce qu’ils veulent, prioriser le transport collectif, le transport actif, et ne pas dépendre d’une automobile. On doit s’adapter à ça si on veut être concurrentiel comme milieu de vie où les jeunes choisissent de venir s’établir. Ça prend des arts et de la culture, un esprit de quartier, des aménagements créatifs et il faut aussi se soucier du transport», croit Frédéric Laurin.

Ce dernier ne jette pas la pierre au conseil municipal d’avoir écarté le projet d’aplanir la piste cyclable, étant donné qu’une facture de 120 000 $ y était attachée. «Je sais qu’à Trois-Rivières, il y a énormément de besoins et il faut faire des choix avec l’argent qui est disponible», constate-t-il, déplorant tout de même que beaucoup d’argent public ait été dépensé dans cet aménagement raté sans qu’on n’ait pu savoir qui en était responsable et s’il y avait eu des conséquences.

Le président de la Commission sur la mobilité durable et la sécurité routière, le conseiller municipal Pierre Montreuil, entend ramener le point à la prochaine réunion de la commission, le 24 septembre. «On doit composer avec la décision du conseil», indique celui qui avait voté en faveur de l’aplanissement de la piste cyclable.

«J’ai encore une préoccupation pour la sécurité de tous les usagers de la route. Je suis conscient que des cyclistes, dans les circonstances actuelles, vont vouloir demeurer dans la rue. D’ailleurs, selon le code de la sécurité routière, ils en ont parfaitement le droit. On aura plusieurs questions à poser», mentionne Pierre Montreuil.

Parmi ces questions, il nomme la possibilité de tracer un corridor cyclable. «Ma question est: avons-nous l’espace pour sécuriser le passage des cyclistes, pour réaliser un aménagement qui rappellera aux automobilistes que les cyclistes peuvent aussi circuler à cet endroit? Comment peut-on rendre ça le plus convivial possible? C’est ce que je vais demander à nos ingénieurs», mentionne M. Montreuil.