L'historien René Beaudoin préconise le déménagement du Moulin à vent de la Commune de Trois-Rivières du terrain de l'UQTR vers le centre-ville, et sa transformation en musée-entreprise.

Le projet de musée-entreprise renaît

Une dizaine d'années après avoir suspendu sa campagne pour la mise en valeur du Moulin à vent de la Commune de Trois-Rivières, l'historien René Beaudoin réactive son projet de création d'un musée-entreprise. Le moulin construit en 1781 en bordure du fleuve siège, inexploité, sur le terrain de l'Université du Québec à Trois-Rivières où il fut déménagé en 1974.
En 1998, Daniel Robert avait cofondé la Société des amis du vieux moulin de Trois-Rivières pour tenter d'orienter une valorisation de la bâtisse classée immeuble patrimonial en 1961. L'organisme avait mis ses actions en veilleuse au milieu des années 2000, notamment au moment où le projet Trois-Rivières sur Saint-Laurent prévoyait le déménagement du moulin sur le site.
René Beaudoin s'intéresse au moulin depuis longtemps et il a récemment décidé de réanimer la Société des amis du vieux moulin de Trois-Rivières en créant une page Facebook dédiée au projet qu'il préconise.
«Ce n'est pas juste de restaurer le moulin. Il faut qu'on puisse en faire de la farine. Je voudrais en faire un musée-entreprise. Le momentum est bon, on a fini la restauration de la maison des Jésuites...», indique M. Beaudoin qui, en 2003, avait effectué une mission de recherche en France pour répondre à toutes les questions techniques pouvant appuyer ses prétentions.
«Ce n'est pas qu'un petit moulin de quartier! Il reste 18 moulins à vent au Québec. Celui de Trois-Rivières a des caractéristiques que chacun des autres n'a pas. Il a deux paires de meules, deux bluteaux pour tamiser la mouture, un mécanisme interne pour la rotation du toit...» énumère celui qui souhaite «refaire de la farine selon les savoirs et techniques anciennes de mouture sur les meules de pierre, et mettre en valeur le bâtiment, les techniques, les personnages et le secteur économique qui ont fait l'histoire de ce moulin».
En effet, le moulin n'était pas banal, c'est-à-dire que ses activités ne s'inscrivaient pas dans l'organisation socioéconomique du mode seigneurial. Propriété de particuliers, il était loué à des meuniers locaux.
Un peu d'histoire
Tel que le précisait l'historien Daniel Robert dans la documentation rédigée aux débuts de la Société des amis du moulin, celui-ci avait été construit en 1781 à la limite de la Commune de Trois-Rivières, à la Pointe-aux-Iroquois, ce qui correspond aujourd'hui à l'arrière des actuels élévateurs à grains au port. L'adjudant-général Nathaniel Day y avait fait transporter les pierres d'un ancien moulin construit au tournant du XVIIIe, détruit par les flammes.
Une longue liste de propriétaires et de locataires se sont succédé à la gestion du moulin qui a cessé de moudre en 1854, dix ans avant qu'un incendie en détruise la toiture et l'intérieur. La Ville l'a racheté de P.-A. Gouin en 1906. Des travaux furent effectués sur la bâtisse en 1934, à l'occasion du tricentenaire de la ville. «À cette époque, le moulin se trouve déjà dans l'environnement plutôt hostile des activités portuaires, entouré d'élévateurs à grains, de dépôts de charbon et de chemins de fer», écrivait Daniel Robert en 1999.
Projets avortés
Après son classement patrimonial, il fut proposé de transporter le vieux moulin en divers endroits, dont au parc Victoria, au parc Pie-XII et au Jardin des Ursulines.
Finalement, en 1973, le conseil municipal a demandé au Conseil des ports nationaux du Canada de faire transporter le monument de 660 tonnes sur le campus de l'UQTR, en échange de la cession de 10 000 pieds carrés de terrains. Le déménagement a coûté 48 777 $. Un comité dédié à la restauration du moulin avait été mis en place en 1975, réunissant des représentants de l'UQTR, de la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie et de la Ville de Trois-Rivières et la Ville a cédé le moulin à l'université l'année suivante.
Le Festival du vieux moulin fut créé en 1977 sur le campus, avant de déménager au centre-ville en 1980 pour devenir le Festival des trois rivières, auquel succéda le Festival international de l'art vocal en 1993.
Sur Facebook, René Beaudoin rappelle qu'«après le transport du moulin, le recteur Gilles Boulet y a fait placer autour les bâtiments de la collection Séguin. Le projet était de créer une place patrimoniale. [...] Les bâtiments Séguin ont été déménagés derrière la prison. J'ajoute qu'il ne reste donc que le moulin à ramener près du fleuve».
«Le 3 mars 2003, de concert avec la Société des amis du vieux moulin de Trois-Rivières, le maire Yves Lévesque adressa une lettre à la rectrice Claire de la Durantaye pour que le moulin puisse être déménagé. La rectrice (l'UQTR) refusa», écrit aussi M. Beaudoin, qui souhaite avec sa page Facebook «aller rejoindre M. et Mme Tout-le-Monde et aller voir les intérêts, parler du projet». Il prononcera une conférence sur le sujet le 10 février à 19 h à la salle Hubert-Reeves du Collège Laflèche.