Le conseil municipal de Trois-Rivières semble divisé sur la question du leadership dont fait preuve Jean Lamarche dans l’exercice de ses fonctions.
Le conseil municipal de Trois-Rivières semble divisé sur la question du leadership dont fait preuve Jean Lamarche dans l’exercice de ses fonctions.

Le leadership du maire Lamarche de nouveau critiqué

Pierrick Pichette
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Après l’ancien maire Yves Lévesque et l’ex-conseiller municipal Jean-François Aubin, c’était au tour de l’actuel conseiller responsable du district de Pointe-du-Lac, François Bélisle, de critiquer le leadership dont fait preuve le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche, depuis son élection.

Entre autres arguments, François Bélisle explique avoir pris cette position en raison du manque d’habileté du maire à prendre position dans les débats qui nécessiteraient qu’un meneur «mette son poing sur la table».

«Dans la vie, il y a deux types de leadership. Celui d’une personne rassembleuse et celui d’une personne qui n’a pas peur de prendre la parole. Dans les deux cas, c’est un échec chez Jean Lamarche. Ce dernier avait dit en campagne que le leadership était important pour l’harmonie au sein du conseil. Qu’il n’y en ait pas, ce n’est pas la fin du monde. Toutefois, il est important que le maire traite ses conseillers avec équité», a fait savoir M. Bélisle.

À cela, le maire de Trois-Rivières rétorque qu’il ne considère nullement sa façon de diriger la Ville déficiente. Pour lui, son leadership est peut-être différent, mais non moins valable.

«Je ne suis pas un leader qui met son poing sur la table. Tous les gens que je côtoie savent que je travaille toujours dans l’objectif d’obtenir un consensus, toujours en partenariat.»

C’est en entrevue à la radio de Radio-Canada Mauricie – Centre-du-Québec que François Bélisle a effectué pour une première fois ces déclarations. Il y a également déploré que le maire Lamarche aurait une fâcheuse tendance à attendre que les organismes viennent à lui pour que les dossiers se règlent d’eux-mêmes.

«À titre d’exemple, dans le dossier de Vision Zéro, qui traîne depuis très longtemps, M. Lamarche ne cesse de répéter qu’il attend après l’Union des municipalités du Québec pour que les choses bougent. Même chose dans le dossier de l’aéroport, où l’on attend que le fédéral active les choses. Quand est-ce qu’on va envoyer une délégation à Ottawa pour rencontrer les élus? À l’échelle régionale, j’aime beaucoup mieux la façon de gérer de Michel Angers, à Shawinigan. Je suis d’avis que la Ville devrait prendre plus de place dans la région», a souligné le conseiller.

Questionné à ce propos, le maire de Trois Rivières assure être absolument en désaccord avec les affirmations de M. Bélisle. Pour lui, personne ne peut dire quoi que ce soit sur sa façon de prendre en charge les dossiers sans connaître précisément son emploi du temps.

«C’est dommage que François Bélisle ne soit pas au courant de ce qu’il y a dans mon agenda. Il faudrait qu’il m’appelle, je pourrais lui montrer tous les contacts que j’entreprends auprès des différents paliers gouvernementaux. Appelez les différents élus régionaux et vous verrez. Je suis très à l’aise avec ma façon de gérer les dossiers», a-t-il mentionné.

Rappelons qu’au cours des dernières semaines, des déclarations bien similaires avaient été faites de la part de l’ancien maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, ainsi que de l’ex-conseiller municipal et candidat à la mairie défait par Jean Lamarche, Jean-François Aubin.

Quelques jours plus tard, la conseillère municipale responsable du district des Forges, Mariannick Mercure, avait répliqué en affirmant qu’elle n’était pas d’accord avec les deux hommes. Selon elle, le maire Lamarche n’aurait absolument rien à se reprocher quant à son habileté à mener le bateau municipal trifluvien.

Ses propos ont d’ailleurs été corroborés, jeudi après-midi, par quelques-uns de ses collègues du conseil municipal. Notamment, Maryse Bellemare, du district Chavingy, et Michel Cormier, du district Saint-Louis-de-France, se sont dits en désaccord avec François Bélisle.

«Je ne crois pas qu’il manque de leadership. Comme partout ailleurs, il y a toujours place à l’amélioration au sein de la Municipalité, mais c’est ensemble qu’il faut qu’on discute et moi c’est vers cette direction que je travaille», a indiqué Mme Bellemare.

Certains conseillers de Trois-Rivières croient également que cette sortie publique du conseiller est une façon de «placer des pions en vue de la saison électorale qui approche à grands pas». C’est entre autres le cas de Denis Roy, conseiller responsable du district Marie-de-l’Incarnation.

«J’arrive de vacances et je vois tout ça, je constate que la campagne électorale semble s’amorcer très tôt pour 2021. Beaucoup de gens autour de la table veulent faire avancer la ville en faisant les choses comme il se doit, mais d’autres semblent se servir de prétextes pour se positionner mieux ou faire mal paraître les autres», soutient M. Roy.

«Je ne partage pas du tout le point de vue de François. Pour moi, c’est à la fois une façon de faire de la politique spectacle, à la fois un moyen de mettre la faute sur quelqu’un d’autre pour ce qui va mal. Je pense que c’est un vieux style de politique, et c’est en grande partie à cause de ce style-là que nos citoyens sont désabusés», a-t-il ajouté.

François Bélisle assure cependant qu’il ne souhaite aucunement mettre des bâtons dans les roues du maire. Pour lui, cette sortie médiatique ne visait qu’à faire état de la situation de manière «à ce que tout le monde travaille ensemble dans le but faire progresser la Municipalité».

«Je n’ai jamais eu d’ambitions de carrière politique. J’aime mon travail de conseiller, mais je suis aussi très bien dans mon autre emploi et j’ai besoin de temps pour mes jeunes enfants. Je ne suis donc pas sûr que ça m’intéresse d’être maire. Certes, un an et demi, c’est long, j’ai le temps de changer d’avis, mais ce n’est pas dans mes plans pour le moment. De toute façon, que je parle ou que je ne parle pas, on m’identifie toujours comme le chef d’opposition. Ça m’énerve un peu», a-t-il spécifié.

Enfin, le conseiller affecté au district du Carmel, Pierre Montreuil, ne s’est pas gêné pour complimenter le positivisme qu’apporte le maire Lamarche autour de la table du conseil. À ses yeux, le maire «a une grande capacité d’écoute et est capable de s’entourer de personnes fortes pour diriger la Ville», croit-il.

Il va sans dire que l’ambiance pourrait être plus tendue qu’à l’habitude lors de la prochaine séance du conseil municipal, qui doit prendre place mardi prochain à l’hôtel de ville de Trois-Rivières.