Les élus de Trois-Rivières ont pris le vote mardi soir à propos d’un projet privé qui ne respectera pas la nouvelle réglementation sur les bandes de protection des milieux humides.
Les élus de Trois-Rivières ont pris le vote mardi soir à propos d’un projet privé qui ne respectera pas la nouvelle réglementation sur les bandes de protection des milieux humides.

«Le bien commun contre la richesse privée»: le conseil municipal trifluvien divisé sur un projet près d’un milieu humide

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — La construction d’une piscine sur un terrain privé situé à proximité d’un milieu humide a divisé le conseil municipal de Trois-Rivières, mardi soir. Alors que les élus favorables au projet ont choisi de s’en remettre aux recommandations des fonctionnaires et du Comité consultatif d’urbanisme, les opposants y ont vu davantage une entorse aux principes qui avaient été votés par le conseil municipal en 2019, mais également un précédent inquiétant sur le plan du développement durable. Le conseil a voté en faveur du projet à huit voix contre six.

«Piscine: 1, milieu humide: 0», a imagé la conseillère municipale Mariannick Mercure, opposée à l’adoption de ce projet particulier. Selon elle, la question dépassait largement ce simple projet de piscine, et positionnait la Ville sur la place qu’elle accorde au bien commun et à l’environnement, par rapport à celle qu’elle accorde à la richesse privée.

Le projet concerne un terrain de la rue des Tamias, dans le secteur Pointe-du-Lac. Ce terrain borde un milieu humide situé dans le secteur du Lac-des-Pins. Le terrain, actuellement à vendre, sera acheté par un nouveau propriétaire qui souhaite y construire une piscine à un peu plus de trois mètres de la zone humide.

Or, en 2019, le conseil municipal a voté une série de règlements en lien avec le développement durable, dont l’un concerne l’extension de trois à dix mètres de la bande de protection d’un milieu humide.

Plusieurs conseillers en faveur, dont Luc Tremblay, Daniel Cournoyer, Michel Cormier et Valérie Renaud-Martin ont indiqué que le projet avait été présenté au Comité consultatif d’urbanisme, et avait reçu une recommandation favorable des fonctionnaires de la Ville de Trois-Rivières. Le projet était par ailleurs assujetti à une série de conditions qui doivent être respectées, dont certaines dictées par les spécialistes en environnement de la Ville.

Mariannick Mercure a toutefois rétorqué que, bien que cette série de mesures apparaissait à la recommandation, la Direction de l’environnement aurait tout de même mentionné «que la bande de protection de 10 mètres était importante et devrait être respectée».

«La bande de protection, elle ne sert pas juste à éviter d’empiéter sur le milieu humide, elle est en relation directe avec lui. Elle l’alimente, elle se classe parfois elle-même milieu humide un an suite à la caractérisation. La dégrader, ça a un impact direct sur le milieu humide. En 2019, on a aussi modifié notre organigramme et on a placé le développement durable tout en haut, pour que nos décisions soient guidées par nos valeurs environnementales. J’espère qu’on n’a pas adopté ces améliorations environnementales-là pour bien paraître, pour faire du green washing. J’espère qu’on va respecter notre nouveau règlement, notre nouvel organigramme et surtout, nos valeurs», a-t-elle indiqué en demandant le vote.

Pour sa part, Daniel Cournoyer a rappelé que le CCU avait été unanime sur la recommandation, un comité qui est formé oui d’élus, mais aussi de citoyens de la Ville de Trois-Rivières, qui ont placé leur confiance envers les fonctionnaires de la Ville qui allaient dans le sens d’une recommandation.

Les conseillers François Bélisle, Sabrina Roy, Ginette Bellemare et Maryse Bellemare ont également voté en faveur. Outre Mariannick Mercure, Dany Carpentier, Claude Ferron, Pierre Montreuil, Denis Roy et Pierre-Luc Fortin se sont montrés en désaccord.

M. Fortin, en prenant le vote, a indiqué qu’il était convaincu qu’un compromis était envisageable. La résolution a toutefois été votée à la majorité telle quelle. Le projet pourra aller de l’avant.