L’édifice voisin de la salle J.-Antonio-Thompson pourrait être racheté par la Ville afin d’agrandir la salle de spectacle.

La salle Thompson agrandie?

TROIS-RIVIÈRES — Les travaux de mise aux normes de la salle J.-Antonio-Thompson devraient se traduire par un agrandissement de la salle de spectacle par l’intérieur. Un avis de réserve foncière a en effet été émis vendredi par le comité exécutif de la Ville de Trois-Rivières sur le bâtiment adjacent à la salle Thompson, en vue des travaux qui demanderont des investissements de plusieurs millions de dollars. Une nouvelle qui n’a pas forcément réjoui les locataires de cette bâtisse en partie à vocation commerciale.

Le bâtiment sur lequel la Ville a jeté son dévolu est situé du 390 au 398 rue des Forges, au centre-ville, soit le bâtiment voisin de la salle de spectacle, une bâtisse qui abritait autrefois la bijouterie Paul Bellemare, notamment. Les plans de la Ville en ce qui concerne les travaux de mise aux normes de la salle de spectacle font en sorte que ce bâtiment pourrait lui être utile afin de procéder à un agrandissement par l’intérieur. Selon nos informations, cet agrandissement servirait principalement à l’amélioration du service à la clientèle et à l’aménagement d’espaces administratifs. Les plans des travaux prévus sont toutefois très sommaires à ce moment-ci.

Le comité exécutif a donc émis un avis d’imposition d’une réserve foncière pour fins publiques. Cette démarche signifie que la Ville se réserve le droit, pour deux ans, d’acquérir le bâtiment de gré à gré, ou encore par expropriation si une entente à l’amiable avec le propriétaire n’est pas conclue. Entre-temps, l’avis signifie au propriétaire que toute amélioration ou toute rénovation apportée à la bâtisse ne serait pas prise en compte par la Ville dans le prix offert lors d’une éventuelle transaction.

«Ça a été signifié par huissier à la propriétaire actuelle. De ce qu’on comprend, l’immeuble était sur le point d’être vendu, mais ça n’avait pas encore passé chez le notaire. Nous avons donc aussi avisé l’agent d’immeuble afin qu’il puisse faire le suivi en conséquence. L’avis nous permet d’imposer une réserve foncière pour deux ans, avec possibilité de prolonger deux années supplémentaires», explique le porte-parole au cabinet de la mairesse suppléante, Yvan Toutant.

Le vice-président du comité exécutif, le conseiller municipal François Bélisle, explique qu’il était important pour la Ville d’agir rapidement afin de préserver les intérêts de la Ville en prévision d’une éventuelle transaction. En outre, la fenêtre d’opportunité pour aller chercher des subventions au provincial et au fédéral pour permettre la réalisation de cette mise aux normes a également motivé la Ville à prendre une action rapidement.

«Nous avions visité la salle Thompson en 2013 et, déjà, on nous avait fait la démonstration de l’importance de la mise aux normes. Sauf que le projet a toujours été repoussé depuis. Là, on choisit d’aller de l’avant, et ça va en parfaite concordance avec la vision du nouveau conseil, qui est d’entretenir d’abord nos acquis», évoque M. Bélisle.

Jointe par téléphone, la propriétaire de la bâtisse, Marcelle Bellemare, a confirmé avoir été avisée par la Ville de l’avis de réserve foncière, et indique être en discussions actuellement. «C’est en marche» s’est-elle contenté de dire, ajoutant qu’il était déjà dans son intention de vendre mais qu’aucune transaction n’avait été officialisée chez le notaire.

«Dans tous les cas, notre intérêt premier est toujours d’en arriver à une entente de gré à gré avec le propriétaire. Mais en dernier recours, la procédure prévoit aussi des démarches pour une expropriation», mentionne Yvan Toutant.

Un choc

Si la propriétaire de l’immeuble semblait ouverte à négocier avec la Ville de Trois-Rivières, les locataires des locaux commerciaux de ce bâtiment ne partageaient pas forcément cet enthousiasme. C’est d’ailleurs par le biais du Nouvelliste qu’ils ont appris la possibilité de perdre leur local commercial.

«C’est un choc pour moi, car j’avais des rêves, des projets ici et ça vient vraiment me couper l’herbe sous le pied», explique Elvire Benedicte Toffa, propriétaire du commerce Casafriq. Son projet comprend notamment le développement d’un véritable carrefour d’intégration pour les femmes nouvellement arrivées ici par le biais de l’entrepreneuriat.

«Oui, il y a d’autres locaux au centre-ville, mais ma vision était en fonction de la place que j’occupe en ce moment. Je ne veux pas interrompre mon rêve», a-t-elle indiqué, assurant qu’elle suivra l’évolution de ce dossier de près.

Propriétaire du commerce voisin, le Inking Tattoo, Yannick Ruel explique avoir trouvé dans ce local commercial l’emplacement idéal, alors qu’il occupe ces locaux depuis trois ans maintenant.

«J’ai fait plusieurs investissements ici, nous sommes vraiment bien situés. Nous avions déménagé justement parce qu’on pouvait avoir un local deux fois plus grand, avec une meilleure visibilité, et ça se ressent beaucoup sur la clientèle qui a fortement augmenté depuis que nous sommes ici», explique M. Ruel, qui ne cache pas qu’il envisage de consulter un avocat pour faire valoir ses droits si le projet de la Ville devait se concrétiser et qu’on lui demandait d’abandonner son local commercial.