Jean-François Aubin
Jean-François Aubin

Jean-François Aubin: le regard tourné vers l'avenir

Trois-Rivières — La défaite électorale du 5 mai 2019, pour la mairie de Trois-Rivières, a fait mal à Jean-François Aubin, il ne s’en cache pas. C’est néanmoins un homme serein qui évoque cette expérience, un an plus tard. Celui qui est retourné à son rôle d’enseignant au Cégep de Trois-Rivières boucle actuellement une session hors de l’ordinaire, le regard résolument tourné vers l’avenir. Observateur attentif des affaires publiques, il perçoit la sortie de crise qui s’annonce comme une occasion à saisir.

Oui, la défaite a été difficile à avaler, d’autant que la mairie a semblé un moment à portée de main. Mais, «prendre ça comme un rejet personnel, ce n’est pas constructif», observe Jean-François Aubin. Le temps faisant son œuvre et ses points d’appui étant nombreux, il dit cependant être passé à autre chose avec le sentiment d’avoir malgré tout contribué au débat. «Le fait d’être bien entouré, d’avoir un vaste réseau, d’avoir plein de gens qui ont apprécié ce que j’ai fait là-dedans, ça aide à être résilient», soutient-il.

Au fait de l’actualité, M. Aubin ne s’est pas gardé d’exprimer ses idées sur la place publique depuis sa défaite. Bon prince, il dira que si celles-ci trouvent preneurs, ça sera tant mieux, sinon, il aura le sentiment d’avoir participé à la réflexion collective. «Dans la mesure de ce qu’on peut et de ce qu’on se sent à l’aise de faire, on doit contribuer au développement de notre société», maintient-il. «Le fait d’avoir été dans la politique pendant un certain temps, d’avoir un large réseau, de discuter avec plein de gens, qui m’amènent des idées, ça fait qu’il y a de la matière là, que je n’ai pas le goût de garder juste pour moi», fait-il valoir.

Bien sûr, en voyant les enjeux qui sont débattus, l’ex-conseiller convient qu’il aimerait parfois être plus près de la sphère décisionnelle. Il ne veut toutefois pas commenter les affaires courantes de la Ville. Jouer les gérants d’estrade ne l’intéresse pas, dira-t-il. En le poussant un peu, après un long silence, il consentira à se prononcer sur ce qui constitue pour lui l’enjeu de l’heure, nommément la relance qui devra bien suivre la crise sanitaire. «On est capable de ne pas juste revenir à ce qui était avant. On est capable de profiter de la crise pour innover, pour faire différent, pour faire plus écologique, plus environnemental. On est capable de prendre là un tournant majeur, mais on est aussi capable de juste revenir dans nos vieilles pantoufles», déclare-t-il.

De la gestion de crise, M. Aubin a peu à redire. Les choses ont été bien faites, dans les circonstances, considère-t-il. Même qu’il y voit une démonstration palpable, pour ceux qui en doutaient, que le politique a un rôle à jouer dans l’organisation sociale. Par contre, la sortie de crise constituera pour lui le vrai test pour les décideurs. Il constate que si l’on semble pour l’instant vouloir mobiliser des acteurs économiques autour de la relance, les aspects environnementaux et sociaux devront être au centre du processus. Pour lui, la crise sanitaire ne doit pas faire abstraction de la crise environnementale. «Si on ne fait pas un lien avec ça, on passe à côté, et on se tire dans le pied en plus», martèle-t-il.

Au plan social, il souligne que la crise est venue démontrer de manière magistrale le rôle prépondérant du secteur communautaire dans l’organisation sociale, et que des leçons doivent ici aussi être tirées de la situation. Dans l’urgence, on a beaucoup simplifié les mécanismes et allégé la bureaucratie, observe-t-il. «Des bonnes habitudes» qui devraient être intégrées de manière pérenne, espère-t-il. L’argent public doit être géré avec rigueur, mais la reddition de comptes ne doit pas rimer avec lourdeur administrative, croit Jean-François Aubin.

Le retour à l’enseignement

Le siège qu’il n’aura pas occupé à l’hôtel de ville aura permis à M. Aubin de retrouver son poste d’enseignant en travail social au Cégep de Trois-Rivières. «Rien de tel que l’action pour rebondir dans la vie et tourner certaines pages, résume-t-il, faire un travail qu’on aime, c’est gagnant». De plus, le contexte actuel donne un sens encore plus profond à la matière même qu’il livre à ses étudiants. Il en veut pour preuve qu’une importante partie de la cohorte de finissants, voire même des étudiants de deuxième année, viennent d’être recrutés par le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec pour prêter main-forte dans la lutte contre la pandémie.

«La communication, comprendre la personne dans son milieu, essayer de la soutenir, de faire le lien et les références vers les ressources nécessaires, tout ça, c’est du travail social», énumère le pédagogue. À l’image de ce qui a été fait dans le secteur infirmier, on aura pressé le pas pour faciliter le passage des étudiants vers un milieu de travail en cruel besoin de forces vives, explique M. Aubin. Encore ici, la crise aura eu le mérite de valoriser des professions qui avaient peut-être tendance à être sous-estimées dans l’imaginaire collectif, se réjouit-il.

La distanciation sociale aura permis de faire de grandes avancées dans l’éducation à distance, constate enfin Jean-François Aubin. S’il y voit un pas en avant, il souligne aussi que le face-à-face doit garder sa place dans nos rapports. «Autant dans le travail social que dans l’enseignement, il y a une partie importante qui passe par la relation avec les gens, ce qui veut dire, entre guillemets, par un contact physique, et ça, il ne faut pas perdre ça», plaide-t-il.

Est-ce justement ces contacts humains qui lui manquent, ou des relents de ses campagnes électorales passées? Mais l’ancien politicien dit s’ennuyer «d’une bonne poignée de main». D’ailleurs, la politique active, une page tournée pour de bon pour Jean-François Aubin? Il ne faut jamais dire «jamais», laisse-t-il tomber, avec la formule consacrée. On sent toutefois que pour l’instant, son enthousiasme est ailleurs.