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En raison de la pandémie, les Trifluviens ont accès gratuitement au parc de l’île Saint-Quentin cet hiver. Est-ce que cette gratuité pourrait être appliquée en tout temps?
En raison de la pandémie, les Trifluviens ont accès gratuitement au parc de l’île Saint-Quentin cet hiver. Est-ce que cette gratuité pourrait être appliquée en tout temps?

Gratuité à l’île Saint-Quentin: «Il y a des réflexions à avoir»

Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
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Trois-Rivières — Une grande majorité d’élus du conseil municipal de Trois-Rivières se disent ouverts à analyser la gratuité, en partie du moins, de l’accès au parc de l’île Saint-Quentin. La quasi-totalité des élus estime toutefois que des solutions devront être trouvées pour compenser la perte des revenus des droits d’accès si la gratuité complète est adoptée.

«L’accès gratuit aux Trifluviens serait envisageable, mais il faut compenser les pertes de revenus. On pourrait plutôt tarifer le stationnement», estime Pierre-Luc Fortin, le président de la Corporation pour le développement de l’île Saint-Quentin et conseiller municipal du district des Estacades, au lendemain de la publication dans Le Nouvelliste de la chronique Gratuité de l’île Saint-Quentin: le fruit est mûr de Paule Vermot-Desroches.

«Le stationnement est une menace au site. Il faut compenser avec du transport actif et du transport en commun. […] Et le coût réel de la gratuité est sûrement de plus de 400 000 $ (droits d’accès). S’il y a plus de monde, il y a plus de coûts pour préserver le site.»

La conseillère Mariannick Mercure a plusieurs fois incité ses collègues du conseil municipal à se pencher sur une gratuité des visiteurs du parc de l’île Saint-Quentin. Elle est toutefois d’avis que les espaces de stationnement devraient être payants. «Je suis pour la gratuité des visiteurs, mais pas pour les voitures», dit-elle.

Plusieurs conseillers ont d’ailleurs évoqué la possibilité d’imposer des tarifs de stationnement afin de compenser les pertes liées à un abandon des droits d’accès. Si le conseiller du district des Rivières, Claude Ferron, se dit ouvert à la gratuité des visiteurs, il croit aussi que tarifer le stationnement et ainsi favoriser le transport actif ou collectif serait envisageable.

«Le transport collectif ne se rend toutefois pas, ce qui représente des coûts supplémentaires», note-t-il. Il précise qu’il y a des enjeux de conservation des écosystèmes qui doivent aussi être considérés. «La gratuité amènerait plus de foules. Est-ce qu’on a pensé à la nuisance pour ce joyau écologique?»

La tarification du stationnement est aussi une option retenue par le conseiller du district de Sainte-Marthe, Daniel Cournoyer.

«On pourrait tarifer le stationnement et mettre l’accès gratuit. Je pense à la totalité des Trifluviens, à ceux qui ont un balcon au 3e étage. Pour plusieurs, 8 $ ce n’est pas beaucoup, alors que pour d’autres c’est beaucoup. Tous les grands parcs du monde sont gratuits», estime-t-il.

La gratuité abordée au conseil municipal

Signe que le débat sur la gratuité de l’île Saint-Quentin est bien relancé, la question a été ajoutée à l’ordre du jour de la prochaine séance de travail du conseil municipal le 16 mars prochain. La conseillère du district des Carrefours, Valérie Renaud-Martin, croit toutefois que la population devrait être interpellée au sujet de l’avenir de l’île Saint-Quentin.

«J’entends bien le souhait des gens d’avoir un accès plus facilitant à l’île Saint-Quentin. Quand on tient compte de l’ensemble des éléments, c’est complexe et ça mérite qu’on s’y attarde. C’est un beau dossier pour solliciter la participation des gens pour élaborer la vision qu’on veut de l’île. Ça serait dommage qu’on précipite les choses», note-t-elle.

Selon François Bélisle, conseiller dans le district Pointe-du-Lac, la solution réside dans une carte donnant des avantages aux Trifluviens, comme l’accès gratuit à l’île Saint-Quentin. «En plus d’un accès gratuit, cette carte pourrait donner certains rabais aux citoyens de Trois-Rivières à des endroits comme l’Amphithéâtre ou au Colisée. On le paye déjà avec nos taxes. Ça ne serait toutefois pas normal que des gens de l’extérieur aient le même tarif que nous», soutient-il.

Pour sa part, le conseiller du district Marie-de-l’Incarnation, Denis Roy, soulève les nombreux enjeux financiers que la gratuité amènerait. «C’est un joyau municipal qu’on gagne à faire découvrir et mettre en valeur. On doit trouver le point d’équilibre financièrement pour réaliser le plan directeur plus respectueux de la nature et de la qualité du cadre qu’on a», précise-t-il.

«Peut-être qu’on pourrait avoir une tarification minimale ou que les frais d’une carte citoyen compenseraient les revenus perdus de l’île. La manière qu’on va l’aborder, c’est déterminant dans la préservation de ce lieu.»

Cela rejoint aussi les propos des conseillères Ginette Bellemare (de Richelieu), Maryse Bellemare (Chavigny) et du conseiller Luc Tremblay (Châteaudun).

«Les citoyens de Trois-Rivières le demandent beaucoup. Je suis ouverte à ce qu’on analyse la question avec les fonctionnaires. Je suis ouverte à la gratuité. On pourrait trouver des moyens comme la carte citoyenne ou trouver d’autres partenaires ou d’autres avenues», estime la doyenne du conseil municipal, Ginette Bellemare.

«Il y a des réflexions à avoir. La gratuité complète ou un rabais au résident, c’est à étudier. On met la gratuité juste l’hiver ou tout le temps? C’est sûr qu’il faut se poser la question», renchérit la conseillère Maryse Bellemare.

«Cette idée d’une carte citoyenne qui donne des avantages aux citoyens, je suis pour. À commencer par l’île Saint-Quentin», précise quant à lui le conseiller du district de La-Vérendrye, Dany Carpentier.

La conseillère Sabrina Roy du district De la Madeleine soutient que les élus doivent obtenir davantage d’informations afin de prendre une décision éclairée. «On ne peut pas être en désaccord avec la gratuité d’accès. Mais, il faut voir les coûts réels. Oui, on peut le faire, mais à quel prix?», précise-t-elle.

«Avant de faire la gratuité, il faut évaluer les choses. C’est plaisant, mais il y a un prix à payer. Il faut calculer le coût», complète dans la même veine le conseiller du district de Saint-Louis-de-France, Michel Cormier.

À l’heure où la Ville investit dans la réfection de ses infrastructures, la gratuité de l’île Saint-Quentin imposerait des choix budgétaires. «Je suis en faveur, mais on a des contraintes budgétaires importantes. Les infrastructures ont été négligées sous l’ancien maire Yves Lévesque», soutient le conseiller Luc Tremblay.

Préserver le joyau naturel qu’est l’île Saint-Quentin

En expliquant leur point de vue, quelques conseillers ont rappelé la double vocation de l’île Saint-Quentin, qui est de préserver cette nature exceptionnelle située dans le delta du Saint-Maurice et donner l’accès au site à la population. «Une gratuité hivernale serait possible», soutient pour sa part le conseiller du district du Carmel et vice-président de la Corporation de développement de l’île Saint-Quentin, Pierre Montreuil.

«L’île Saint-Quentin est un joyau, c’est le Central Park de Trois-Rivières. Je pense qu’on doit y aller progressivement avec la gratuité l’hiver. Amener une grande quantité de personnes, ça serait peut-être une pression indue sur l’écosystème de l’île. Ma préoccupation, c’est qu’elle demeure un lieu de préservation.»

Les enjeux fiscaux de la gratuité

Le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche, mentionne en entrevue que la gratuité de l’île Saint-Quentin soulèverait quelques enjeux fiscaux. Comme l’ont souligné quelques conseillers municipaux lors des entrevues, le maire explique que le Parc de l’île Saint-Quentin a une vocation commerciale, ce qui lui permet de bénéficier de crédit de taxes sur certaines dépenses de la corporation.

«Le coût véritable de la gratuité n’est pas uniquement les pertes de revenus de l’accueil. Si on ne charge pas un tarif minimal, on doit éponger des pertes financières évaluées au total à 600 000 $, voire 700 000 $», soutient le maire Jean Lamarche.

«On étudie, notamment, la possibilité d’avoir un modèle de gratuité en hiver et avec un tarif en été, afin de respecter l’utilisation commerciale durant le 2/3 de l’année.»

Un document de travail sur l’île Saint-Quentin est actuellement en préparation et doit être présenté prochainement aux élus afin d’alimenter leurs réflexions.