Dre Catherine Hamelin et la directrice de la Santé publique en Mauricie et au Centre-du-Québec, Dre Isabelle Goupil-Sormany, ont plaidé pour la fluoration de l'eau, vendredi matin, lors d'une conférence de presse.

Fluoration: plaidoyer de la Santé publique

La directrice de la Santé publique en Mauricie et au Centre-du-Québec, Dre Isabelle Goupil-Sormany, a tenu à faire le point hier matin dans le dossier de la fluoration de l'eau potable. Devant la controverse soulevée par les arguments des opposants à la fluoration, Mme Goupil-Sormany estime que le débat actuel ne se fait pas sur les vrais enjeux.
D'un ton convaincu, la directrice de la Santé publique s'est employée à répondre à chacun des arguments soulevés par les opposants à la fluoration, dans le but, dit-elle, de recentrer le débat.
«Je ne pense pas que le débat doit se faire sur le fluor mais sur le réel enjeu qui est la protection de notre ressource, l'eau. On nous dit qu'on va fluorer l'eau à 99 % pour rien. Au Québec, on utilise l'eau potable à d'autres fins que ce pourquoi elle devrait servir. Donc ce n'est pas un problème de fluoration, c'est un problème d'utilisation de la ressource. L'enjeu c'est: veut-on toucher à la ressource eau? Alors faisons le débat là-dessus», signale d'entrée de jeu Mme Goupil-Sormany.
«Le fluor n'est pas toxique. Vous en avez dans votre vin rouge, dans votre thé, il suffit de deux tasses de thé pour dépasser largement la dose qu'il y aura dans votre eau potable. La dose fait le poison, mais à la dose qui est donnée, ce n'est pas toxique. Et sachez que si on avait eu une étude sérieuse qui présentait un danger, on vous l'aurait remis sur papier. Je l'attends encore, cette étude», lance-t-elle.
Par contre, l'ajout de fluor dans l'eau potable a fait ses preuves d'un point de vue de santé publique, ajoute-t-elle. «J'ai besoin du fluor pour préserver la santé dentaire des adultes, des personnes âgées et des enfants. J'ai pu observer les ravages d'absence de fluor. J'ai exercé comme médecin en cabinet. Un enfant qui se fait diagnostiquer un déficit d'attention et qu'en bout de ligne, c'est un problème de carie dentaire, j'en ai vu», signale-t-elle.
Les données de la Santé publique sont à l'effet que les écoliers au Québec ont de 40 % à 50 % plus de caries que les autres écoliers nord-américains, où l'eau est fluorée à 45 % au Canada et 70 % aux États-Unis. Rappelons que dans la province, c'est à peine 3 % de la population qui boit de l'eau fluorée.
En ce qui concerne le fait que le produit utilisé pour fluorer l'eau potable ne soit pas homologué par Santé Canada, la dentiste-conseil de l'Agence de santé, Catherine Hamelin, a rappelé que le produit n'était pas un médicament et n'avait donc pas besoin d'être homologué.
«Ça relève de la réglementation de l'eau et du Laboratoire de santé publique du Québec. C'est une certification, mais pas une homologation, puisque ce n'est pas un médicament. Cette certification est rigoureuse, stricte, de qualité et assure que le produit qu'on ajoute à l'eau est conforme et n'a pas d'effet néfaste. Le produit est testé une fois dilué parce que c'est comme ça qu'il est consommé, et les tests prouvent qu'il n'a pas d'impact sur la santé ou l'environnement», signale Catherine Hamelin.
Par ailleurs, Isabelle Goupil-Sormany évoque qu'il s'agit là d'une mesure équitable, ajoutant que les soins buccodentaires sont la deuxième dépense la plus importante des ménages canadiens en soin de santé, après les maladies cardio-vasculaires. Avec la fluoration, qui revient à environ 2 $ par citoyen par année, une famille de quatre personnes pourrait économiser jusqu'à 320 $ en soins dentaires par année. Au Québec, plus de 3 milliards $ sont dépensés par année en soins buccodentaires.
«Même en fluorant l'eau et en ayant 99 % de pertes, ça demeure la mesure la plus rentable pour les coûts et l'efficacité dans toutes les études», note-t-elle.
La directrice de Santé publique espère ainsi que les élus sauront faire la part des choses au moment de prendre la décision.
«Personne d'autre ne peut se prononcer que nos élus dans notre démocratie, et les réseaux d'eau sont dévolus aux exploitants, soit les municipalités. Si on veut changer les lois et les rapports de pouvoir, qu'on en fasse le débat. Moi, je ne referai pas la démocratie sur l'argument du fluor. Il y a une commission parlementaire qui a tranché en ce sens, et tout le monde a eu l'occasion de se faire entendre. Au Québec, le doute est souvent une occasion de ne pas prendre de décision, et semer le doute est aussi une façon de ne pas prendre de décision», remarque-t-elle.