Céline Galipeau a livré un témoignage dans le cadre d’une conférence présentée au festival de l’Assomption.

Festival de l'Assomption: témoignage intime et généreux de Céline Galipeau

Trois-Rivières — Moment fort du festival de l’Assomption, qui bat actuellement son plein au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, la chef d’antenne du Téléjournal de Radio-Canada, Céline Galipeau, a livré une conférence en forme de conversation devant une salle de quelques centaines de personnes, visiblement captivées par les propos de la journaliste. Suivant la thématique de la présente édition du festival, «l’avenir entre nos mains», il aura notamment été question d’environnement, de conflits dans le monde, du travail des médias et de la condition des femmes, un thème de toute évidence cher à la conférencière du jour.

C’est Mgr Pierre-Olivier Tremblay, évêque auxiliaire de Trois-Rivières et recteur du Sanctuaire, qui a d’abord présenté Mme Galipeau au public, en parlant d’une personne «qui inspire la bienveillance». Pendant plus d’une heure, avec beaucoup de générosité et une humilité qui détonne avec l’importance des fonctions qu’elle occupe à la société d’État, celle-ci s’est confiée à Sylvain-Alexandre Lacas, coordonnateur à la santé, à la création artistique et au mieux-être, au Sanctuaire.

La riche carrière de la journaliste, qui s’est d’ailleurs amorcée en Mauricie pour le groupe Cogeco, a servi de toile de fond à la discussion. Cette dernière s’est déployée en une sorte de bref tour du monde et des enjeux de l’heure. Le public attentif en aura presque oublié qu’il était massé au sous-sol d’une cathédrale trifluvienne, tant les récits de celle qui a longtemps été correspondante à l’étranger étaient vivides.

D’entrée de jeu, Céline Galipeau a salué le courage des jeunes «qui montent au front» pour défendre l’environnement. Elle affirme trouver fascinant que des jeunes de 12 à 15 ans se mobilisent actuellement pour une cause qui leur tient à cœur et qui disent aux dirigeants qu’ils n’en font pas assez. «Je trouve ça très inspirant de les voir aller», déclare-t-elle, en soulignant que les changements nécessaires ne se feront pas sans heurts.

Les différentes guerres, celles qu’elle a couvertes comme celles qu’elle présente chaque soir, sont aussi porteuses de leçons, fait valoir Mme Galipeau. Sur le terrain, devant les pires atrocités, elle relate avoir été témoin de beaucoup de dignité chez les gens qu’elle a rencontrés et dont elle avait pour mission de raconter l’histoire. «Dans les conflits ou les catastrophes, on voit le pire des gens et l’on voit le meilleur», soutient-elle.

Celle dont le père était aussi journaliste, dont plusieurs années à l’étranger, a évoqué son travail au Pakistan. Elle aura parfois eu à revêtir un gilet pare-balles ou à se couvrir la tête d’un voile. «Une autre forme de gilet pare-balles», dira-t-elle de ce voile qui «a beaucoup fait jaser». Elle explique avoir porté celui-ci pour se protéger, cette région du monde étant très conservatrice et son statut de femme qui travaillait détonnait déjà beaucoup.

Elle convient que le geste en a choqué plusieurs. Une situation qu’elle peinait à pleinement saisir, vue de là-bas. Pour elle, ce qui importait était d’abord de raconter le conflit et la souffrance qu’il engendrait. Elle se demandait bien à l’époque ce que ses patrons attendaient d’elle quand il la poussait à témoigner de ce choix ou cette nécessité de porter le voile, alors qu’elle ne cherchait qu’à faire son travail en sécurité.

Si elle a éventuellement dû se plier à l’exercice de parler du port du voile à l’auditoire québécois, elle maintient que pour les femmes pakistanaises le voile demeure anecdotique. Pour elles, la répression se vit au quotidien, relate la journaliste. Les femmes de cette région du monde rêvent davantage d’aller à l’école ou de travailler que de se découvrir la tête, observe-t-elle.

«C’est dur d’être femme dans certaines régions du monde», laisse tomber Céline Galipeau. Et les difficultés ne sont pas l’exclusivité des pays musulmans, souligne-t-elle. «Les deux tiers des analphabètes dans le monde sont des femmes. Les femmes sont 9 fois sur 10 les victimes de décès de violence conjugale. Quand il y a des restrictions alimentaires, la mère va d’abord nourrir son fils avant de nourrir sa fille. Puis il y a des millions de petites filles manquantes parce qu’on élimine des fœtus féminins dans certains pays», commente la journaliste.

Céline Galipeau se réjouit toutefois d’avancées «extraordinaires» quant aux droits des femmes à certains endroits dans le monde, notamment au Québec. Elle cite cependant sa collègue, la journaliste Francine Pelletier, qui soulignait encore récemment, en évoquant le drame de Polytechnique, où 14 femmes étaient tombées sous les balles de Marc Lépine, que les luttes ont toutes leur prix et que certaines restent à faire.

Par ailleurs, qu’elle évoque le million d’invalides en Syrie, dans la foulée d’une guerre qui s’éternise, ou la vente d’esclaves en Libye, Céline Galipeau avoue être parfois découragée par ce qu’elle voit et ce dont elle doit témoigner. Elle confie que pour arriver à faire son travail, quand elle était à l’étranger, il fallait à l’occasion «pleurer un bon coup» avant d’entrer en ondes.

La conversation avec la journaliste s’est terminée sur une note plus personnelle. Moins habituée à livrer des pans de sa vie privée, Mme Galipeau s’est néanmoins prêtée au jeu lorsque le public a été invité à lui poser des questions.

On aura appris que la femme a grandi en Afrique. Qu’elle est mère de quatre enfants, dans une famille reconstituée. Qu’elle est mariée à un collègue journaliste depuis plus de 20 ans et qu’elle est aussi grand-mère. Qu’elle vit dans une grande maison multigénérationnelle, près de sa mère. Cette mère vietnamienne, qui pensait voir sa fille opter pour une vie plus traditionnelle, dédiée à sa famille et à son foyer.

Céline Galipeau, qui dit ne pas avoir la même confiance en elle que la plupart de ses collègues, soutient finalement que son métier de correspondante est le prolongement naturel de son enfance. Une enfance métissée, vécue aux quatre coins du monde.

Le festival se poursuit

Après Mme Galipeau, c’est Marie-Élaine Thibert qui se chargeait de l’animation en soirée, tandis que la chanteuse revisitait le répertoire d’Édith Piaf. La 10e édition du festival de l’Assomption se poursuit jusqu’au 15 août. De nombreuses activités, culturelles et religieuses, sont encore au programme. Rappelons notamment que Mgr Tremblay présentera à son tour une conférence, sur l’avenir des sanctuaires, le 14 août prochain. Toutes les informations sur la programmation du festival sont disponibles à l’adresse suivante: www.sanctuaire-ndc.ca/evenements/festival-de-lassomption/