À Trois-Rivières, les étangs d’épuration du secteur Sainte-Marthe reçoivent de nouveau des eaux usées de la Ville depuis la fin du déversement.
À Trois-Rivières, les étangs d’épuration du secteur Sainte-Marthe reçoivent de nouveau des eaux usées de la Ville depuis la fin du déversement.

Eaux usées: près de 60 000 déversements chaque année au Québec

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Le récent déversement de plus d’un milliard de litres d’eaux usées dans la rivière Saint-Maurice et le fleuve Saint-Laurent à Trois-Rivières avait peut-être quelque chose de spectaculaire, mais il n’en était pas un événement unique au Québec. La Fondation Rivières a publié, lundi, un outil interactif qui recense l’ensemble des déversements d’eaux usées dans chaque municipalité du Québec, et ce, de 2011 à 2019. Une carte interactive qui permet de réaliser que près de 60 000 déversements surviennent chaque année, et que la situation de Trois-Rivières est loin d’être exceptionnelle.

L’outil, développé en collaboration avec l’école des médias de l’Université du Québec à Montréal et le professeur de journalisme Jean-Hugues Roy, a permis de colliger l’ensemble des données publiées par le ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques pour en faire une base de données facile à consulter pour les citoyens et les élus qui souhaitent prendre connaissance de l’ampleur du phénomène. Un travail de moine, quand on sait que 9,5 millions de lignes de données ont dû être traitées entre 2011 et 2016, en plus de colliger les données maintenant répertoriées électroniquement dans toutes les villes du Québec depuis 2017.

POUR VOIR LA CARTE INTERACTIVE: https://deversements.fondationrivieres.org/map.php

Ainsi, non seulement peut-on consulter le nombre de déversements survenus pour chacune des années dans chaque ville et municipalité, mais également évaluer la durée de ces déversements et leur intensité relative en fonction de la capacité des postes de pompage et du nombre de citoyens. L’outil permet en outre de visualiser si la situation s’est améliorée ou aggravée d’une année à l’autre dans chaque municipalité.

Ainsi, si on constate dans cet outil qu’entre 2011 et 2019, il y a eu plus de déversements à Shawinigan (10 405) qu’à Trois-Rivières (10154), leur intensité relative était moins élevée à Shawinigan qu’à Trois-Rivières. Cette même intensité relative s’est d’ailleurs améliorée à Trois-Rivières entre 2017 et 2019, baissant de moitié. Un chiffre qui pourrait cependant remonter en 2020 avec l’énorme déversement vécu il y a deux semaines.

«Jusqu’à ce jour, l’information était disponible, mais souvent réservée aux experts. Les élus et les citoyens ne pouvaient pas prendre connaissance de l’ampleur du problème», résume André Bélanger, directeur général de la Fondation Rivières.

Ce dernier parle d’ailleurs de la situation de Trois-Rivières comme étant particulière, puisque la Ville partait de très loin pour améliorer son réseau d’eaux usées, ce qui expliquerait pourquoi l’intensité relative des déversements est calculée comme étant plus élevée que plusieurs autres municipalités.

«À Trois-Rivières, on a progressé, mais on partait de tellement loin qu’il y a encore beaucoup d’efforts à mettre. Mais entre 2017 et 2019, on constate effectivement que l’intensité relative a baissé de moitié», constate M. Bélanger.

La Fondation Rivières fait par ailleurs remarquer que plusieurs subventions ont été demandées et obtenues récemment à Trois-Rivières, laissant comprendre que la Ville met les efforts pour améliorer le réseau. D’ailleurs, indique M. Bélanger, les trois bris survenus de manière consécutive et qui ont mené au déversement récent sont survenus alors que la Ville travaillait à justement améliorer la capacité de son poste de pompage principal.

Pour la Fondation Rivières, la mise en ligne de cet outil devient donc une façon à la fois pour les élus de constater le travail qu’il y a à faire, mais également pour les citoyens de demander aux municipalités que la gestion des eaux usées devienne une priorité. En outre, la Fondation est d’avis que le ministère des Affaires municipales de même que le ministère de l’Environnement devront mieux soutenir les municipalités dans les années à venir pour rendre ces améliorations possibles.

«La carte illustre le symptôme d’une maladie inquiétante et surtout, elle permet de dresser une liste des municipalités où il faut intervenir de toute urgence pour colmater les brèches. Les citoyens ont maintenant l’outil qu’il leur faut pour exiger que leurs municipalités et le MELCC s’attaquent au problème», conclut André Bélanger.

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Nombre de déversements survenus entre 2011 et 2019


Les dix plus grandes villes

  • Saguenay: 22 758
  • Québec: 16 805
  • Laval: 13 781
  • Montréal: 12 923
  • Lévis: 11 527
  • Trois-Rivières: 10 154
  • Sherbrooke: 9901
  • Gatineau: 7779
  • Longueuil: 7231
  • Terrebonne: 3366

Dans la région

  • Shawinigan: 10 405
  • Trois-Rivières: 10 154
  • La Tuque: 2561
  • Nicolet: 1326
  • Bécancour: 243