On voit ici le propriétaire et promoteur Gilles Dion en compagnie de la designer Caroline Thibeault qui ont donné quelques trucs et conseils aux étudiantes en design d'intérieur du Cégep de Trois-Rivières, dont Roxanne Gaudette et Kéane Martel.

Des chips aux condos luxueux

Un bâtiment industriel et historique du centre-ville de Trois-Rivières est actuellement en train de subir une véritable métamorphose digne des plus belles émissions de décoration. La bâtisse de la rue Sainte-Angèle, qui a abrité pendant des dizaines d'années des industries de toutes sortes, deviendra bientôt un immeuble de quatre condominiums contemporains et luxueux, dont le cachet reflétera une partie des souvenirs liés à cette bâtisse.
L'immeuble abritait autrefois l'entreprise Chips Laviolette. Puis, avec les années, sa vocation s'est transformée et les lieux ont été utilisés pour accueillir un atelier de couture. Pendant près de 35 ans, Confection Courcel a pu accueillir jusqu'à 350 ouvrières par jour.
Or, avec l'arrêt des activités de l'entreprise à cet endroit et le déménagement des dernières machines à coudre dans un autre atelier de la rue Hertel, le bâtiment devenait intéressant pour quiconque souhaitait y mettre du temps, de l'énergie et évidemment quelques sous.
Le nouveau propriétaire, Gilles Dion, a acquis le bâtiment de l'ancien propriétaire de Confection Courcel, Gérard Courchesne, et avec l'aide du programme Rénovation Québec, administré par la Ville de Trois-Rivières, transforme actuellement le bâtiment en condos allant de
1550 à 2100 pieds carrés. Hier matin, il a offert une visite guidée des lieux aux étudiants en design d'intérieur du Cégep de Trois-Rivières. «Je me suis souvent lancé dans des projets de rénovation, mais celui-ci est spécial, d'une ampleur inégalée. La Ville souhaitait qu'on ramène le volet résidentiel à cette bâtisse, et on a travaillé avec le défi de conserver le cachet, dont la hauteur des fenêtres de l'atelier de couture», raconte M. Dion.
Ce dernier s'est entouré de nombreux collaborateurs, dont la designer Caroline Thibeault, qui a donné quelques trucs aux étudiantes venues visiter les lieux. «C'est un projet difficile à faire et très spécial. Mais en tant que designer, on ne peut pas tout connaître, d'où l'importance de s'entourer de gens qui connaissent ça, en qui on a confiance et avec qui la communication est facile», a-t-elle indiqué aux étudiantes comme conseil principal.
Mémoire collective
Depuis le moment où le chantier a commencé à se mettre en marche, de nombreux curieux sont venus voir les transformations apportées à ce bâtiment qui a marqué l'histoire du quartier Sainte-Cécile. Parmi ces curieux, quelques anciennes ouvrières de Confection Courcel. «Elles sont venues voir ce que devenait leur ancien lieu de travail. Je leur ai fait faire le tour», confie Gilles Dion en souriant.
Car si ce projet en est un technique pour les promoteurs, il en est aussi un de mémoire collective. C'est du moins l'avis de Marc-André Godin, coordonnateur à la Gestion des programmes et projets de redéveloppement à la Ville. «Le vécu de l'immeuble a évolué, mais certains éléments ont perduré. La partie gauche de l'immeuble a été refaite dans un style très contemporain, mais on a conservé la brique d'origine sur la partie droite. C'était le défi, de créer un maillage entre le contemporain et l'ancien», convient-il.
À travers le programme Rénovation Québec, accessible à l'ensemble des premiers quartiers, ainsi que le programme de redéveloppement des premiers quartiers, en vigueur sur la rue Hertel, Marc-André Godin voit un moyen de conserver l'appartenance aux quartiers anciennement ouvriers. Il fait d'ailleurs le parallèle avec le phénomène connu sur le Plateau Mont-Royal à Montréal.
«C'était un quartier ouvrier et industriel, mais une fois que les industries quittent, on fait quoi? Ces programmes ont été mis en place pour permettre aux propriétaires d'entretenir leurs immeubles, puisqu'ils n'avaient pas les moyens considérant les coûts des loyers très bas. Depuis, le quartier a aussi connu une certaine forme de gentrification. C'est important de donner un second souffle. Sans ça, je crois que la vie du centre-ville y perdrait beaucoup», mentionne M. Godin.
Pour ce projet, Gilles Dion a pu compter sur une contribution financière de 53 000 $ assumés à part égale entre la Ville et le gouvernement du Québec. Par ailleurs, le projet a pu bénéficier d'une enveloppe supplémentaire de près de 10 000 $ pour avoir cherché à respecter le cachet historique du bâtiment.