Le maire de Trois-Rivières Yves Lévesque reproche à certains conseillers municipaux de faire de la microgestion.

De la «microgestion» au conseil

TROIS-RIVIÈRES — Le nouveau conseil municipal de Trois-Rivières, du moins certains de ses conseillers, font-ils de la microgestion? C’est ce que croit le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, qui estime désormais qu’il règne une lourdeur administrative à la Ville en raison de cette microgestion, et que le rôle du conseil de ville devrait davantage être celui de donner les grandes orientations.

Le maire a fait cette déclaration à l’occasion d’une entrevue donnée à l’émission Trip à Trois-Rivières diffusée sur le web et animée par Alain Gaudet. Il répondait du même coup à une question d’un membre du public, qui demandait si un conseiller municipal devait travailler à temps plein.

Le maire estime que la tâche d’un conseiller municipal n’en est pas une à temps plein, mais que présentement, elle l’est «parce que les gens font beaucoup de microgestion». «Quand tu fais ça, c’est soit que tu ne sais pas c’est quoi ton rôle, ou soit que tu as engagé les mauvais fonctionnaires», estime Yves Lévesque, qui croit que ce n’est pas le rôle d’un conseiller d’agir de la sorte.

Des propos qui ont grandement fait réagir autour de la table du conseil, spécialement chez les nouveaux conseillers municipaux qui ne cachent pas travailler à instaurer de nouvelles façons de faire au conseil municipal.

«C’est plutôt l’inverse à mon avis. Nous tentons présentement de nous éloigner des tâches cléricales qui nous étouffent et qui ne nous laissent pas le temps de travailler à élaborer une vision globale de ce qu’on voudrait que la Ville devienne», indique Mariannick Mercure, conseillère du district des Forges, qui dit trouver particulier d’entendre cela de la bouche d’Yves Lévesque, lui que l’ancien greffier Gilles Poulin avait qualifié de champion de la microgestion.

«Si ce qu’on veut, c’est le statu quo, alors oui on va être à temps partiel. Mais si on souhaite un changement de culture, ce qui est mon cas, et aller vers une nouvelle vision, alors il faut y mettre le temps», déclare-t-elle.

Claude Ferron, pour sa part, a quitté son emploi lorsqu’il a été élu pour se consacrer à temps plein à la Ville. «Oui, je pose beaucoup de questions, c’est mon rôle. Si faire de la microgestion veut dire s’assurer que l’intérêt des citoyens est préservé et que les politiques élaborées respectent les désirs des citoyens, alors je plaide coupable», lance-t-il. Un avis partagé par son collègue Pierre-Luc Fortin, qui estime que les propos tenus par Yves Lévesque étaient réducteurs, démagogues et qu’il s’agissait de désinformation.

«On s’en mêle, on pose des questions, on va au bout des choses. C’est ma job de poser des questions. Si la réponse me satisfait, alors je laisse aller les fonctionnaires. Mais comme élus, nous sommes imputables et redevables», croit M. Fortin. «Ce qui semble être dérangeant, c’est que ce n’est plus business as usual. Oui, les fonctionnaires ont peut-être plus de travail parce que par nos façons de faire, nous avons mis de la pression sur l’appareil municipal. Mais en aucun moment, aucun de nous n’a remis en question la compétence des fonctionnaires», renchérit Denis Roy. «Si ça signifie qu’on s’implique davantage, tant mieux! Parce que c’est le mandat qui nous a été donné par nos citoyens», ajoute François Bélisle.

Pour sa part, Sabrina Roy estime qu’avec deux conseillers municipaux en moins depuis novembre de même que l’ajout de nombreux comités à la charge des conseillers outre les présences au conseil municipal, elle travaille à temps plein comme conseillère municipale. «Ça dépend toujours du nombre de comités sur lesquels tu sièges, et les horaires sont différents d’une semaine à l’autre. Mais non, je ne considère pas que l’on fait de la microgestion», déclare-t-elle.

Maryse Bellemare se consacre elle aussi à temps plein à ses fonctions. «C’est normal que les nouveaux posent beaucoup plus de questions au début. Certains veulent avoir des réponses plus rapidement que les autres. Mais on a ajouté beaucoup de sous-comités qui se sont créés par des processus qui étaient déjà entamés avant nous», évoque-t-elle.

«Je considère qu’on veut être des ambassadeurs de notre Ville, alors on doit avoir confiance en l’appareil. La confiance, ça se bâtit et ça se gagne. De ne pas se poser ces questions, c’est de ne pas bien jouer son rôle», estime Dany Carpentier.

Lourdeur
Certains conseillers estiment tout de même que le maire disait la vérité, et qu’il y a vraiment une lourdeur administrative en ce moment. «C’est lourd. Quand on cherche toujours à savoir le pourquoi du pourquoi, ça alourdit la tâche, spécialement sur certains comités. C’est correct qu’ils posent des questions, mais je n’accepte pas que l’on doute de la parole des fonctionnaires ou des autres élus», laisse entendre Michel Cormier.

«Je le ressens que c’est lourd, et à mon avis ce n’est pas nécessaire. Moi, je ne suis pas urbaniste, je ne suis pas policière... Je pose des questions mais je dois aussi faire confiance aux gens en place. Les dossiers n’avancent pas si on questionne pendant cinq heures et qu’à chaque pas que l’on fait, on gratte et on gratte», ajoute Valérie Renaud-Martin, qui a décidé elle aussi de se consacrer à temps plein à ce travail, «parce que lorsque j’ai été élue, je ne voulais pas faire le travail à moitié», ajoute-t-elle.

Daniel Cournoyer ressent lui aussi cette lourdeur administrative. «Moi aussi, quand j’ai commencé mon premier mandat, je fouillais beaucoup les dossiers parce que j’apprenais. Mais présentement, ça n’a rien de drôle. Nous avons parfois des réunions qui peuvent durer 5 ou 6 heures. C’est lourd. Un moment donné, il faut aussi faire confiance aux employés. Nous avons d’excellents fonctionnaires, d’excellents cadres aussi. Je n’ai pas une confiance aveugle, mais une très grande confiance quand même», constate le conseiller municipal de Sainte-Marthe.