Yvan Toutant

«C’est sûr qu’on crie à l’injustice»

Trois-Rivières — La Ville de Trois-Rivières déplore devoir payer la totalité des coûts de son service de police alors que les municipalités couvertes par la Sûreté du Québec sont aidées par le gouvernement. Elle aimerait aussi avoir sa part du gâteau.

«On trouve que c’est inéquitable. Inéquitable pour les villes qui ont une population plus élevée, et que le gouvernement oblige à avoir un service de sécurité municipale qui est financé à 100 % par les taxes foncières, et inéquitable pour nos citoyens qui se retrouvent d’une certaine façon à être taxés deux fois, parce qu’ils paient leurs taxes municipales, et parce que via leurs impôts, ils paient aussi pour la Sûreté du Québec. On paye pour des villes qui ont un service avec la Sûreté du Québec, et nous, on ne reçoit aucune compensation financière», dénonce Yvan Toutant, porte-parole du cabinet du maire. «Quand des villes voient presque 50 % de leur facture être remboursée par Québec, alors que pour nous, c’est zéro, c’est sûr qu’on crie à l’injustice. C’est juste une question d’équité, et présentement, on se sent lésé», ajoute le porte-parole.

En 2018, la police de Trois-Rivières a coûté 31 millions $ aux contribuables, soit près de 12 % du budget total de la Ville. À Shawinigan, qui est desservie par la Sûreté du Québec, les dépenses liées à la police représentent 5,6 % de son budget.

Pour ce qui est de Trois-Rivières, le coût de son service policier devrait augmenter en 2019, ce qui sera révélé lors de la présentation du budget vendredi. Mais à elle seule, la légalisation du cannabis a engendré des coûts supplémentaires, affirme M. Toutant. «Ça va approcher les 2 millions $.Formation de policiers, policiers additionnels, il y a un paquet de choses qu’implique le respect de ce nouveau règlement.»

Rappelons que Québec accepte de verser 33 millions $ aux municipalités desservies par la Sûreté du Québec et s’engage à ce que l’augmentation globale du coût des services policiers ne dépasse pas 3 pour cent en 2019.

Le monde municipal se plaignait de devoir, année après année, assumer une facture toujours plus salée pour obtenir la protection policière de la SQ.

Sans l’intervention du gouvernement, certaines villes auraient ainsi vu leur facture augmenter jusqu’à 30 pour cent, en raison des hausses salariales des policiers. La hausse moyenne aurait été de 15 pour cent à travers le Québec.

Actuellement, Québec assume 47 pour cent de la facture et les municipalités 53 pour cent.

La facture totale des services de la SQ pour les municipalités en 2019 sera ainsi de 323 millions $ au lieu de 356 millions $.

Trois-Rivières n’est pas la seule ville avec un corps de police municipal qui aimerait recevoir de l’aide de Québec. Elle déplore d’ailleurs cette situation depuis plusieurs années. «Ce qu’on veut c’est que si le gouvernement du Québec aide des municipalités, eh bien, qu’il les aide toutes dans le cas des services de police», note M. Toutant.

Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, avait déclaré, en décembre 2014, que la Ville diminuerait ses dépenses liées au service de police de 11,3 millions $ annuellement si elle était desservie par la Sûreté du Québec (SQ) plutôt que par son service de police. Yves Lévesque réclamait alors avoir le choix du service de police ou bien être dédommagé pour les coûts supplémentaires.

Pour l’instant, il semble que passer à la Sûreté du Québec ne soit pas dans les plans de Trois-Rivières. «Est-ce que ce serait plus avantageux avec la SQ? Il faudrait commencer par voir si elle est en mesure de nous donner un service aussi impeccable que notre service de police. C’est une question de sécurité pour nos citoyens», fait valoir M. Toutant.

Sauf les grandes villes de plus de 50 000 citoyens, les municipalités du Québec, pour la plupart (92 pour cent), comptent sur la SQ pour assurer leur sécurité.

Avec la Presse canadienne