Valérie Delage et Javier Escamilla font partie du groupe signataire d’une lettre ouverte ce matin, dénonçant la possible disparition d’un boisé sur le boulevard des Chenaux.
Valérie Delage et Javier Escamilla font partie du groupe signataire d’une lettre ouverte ce matin, dénonçant la possible disparition d’un boisé sur le boulevard des Chenaux.

Boisé à vendre, citoyens inquiets

TROIS-RIVIÈRES — Après le Boisé des Estacades, voilà que le sort d’un autre boisé soulève des questionnements chez des citoyens de Trois-Rivières, qui s’inquiètent de voir que le terrain a récemment été mis en vente et pourrait y voir se développer de nouvelles constructions résidentielles. Le boisé, situé sur le boulevard des Chenaux entre la rue Vincent-Bélanger et la Côte Rosemont, est par ailleurs bordé par la rivière Milette, ce qui interpelle d’autant plus ce groupe.

Dans une lettre ouverte qui paraît ce matin dans nos pages, le groupe déplore notamment que, malgré qu’il s’agisse d’un terrain privé, de nombreux citoyens s’y rendent quotidiennement pour se ressourcer et profiter d’un espace vert en ville. Parmi ces promeneurs, ils dénombrent aussi les enfants fréquentant le Centre de la petite enfance voisin, de même que des élèves de l’Institut secondaire Keranna.

«Ça fait des années qu’on travaille très fort pour mettre en valeur l’aire écologique de la rivière Milette. Ce serait la perte d’une richesse écologique et sociale que de voir ce boisé disparaître», estime Valérie Delage, l’une des signataires de cette lettre qui a participé, au fil des années, aux projets entourant l’aire écologique de la rivière Milette.

Selon la fiche parue sur le site de ReMax de Francheville, le terrain d’un peu plus de 38 000 mètres carrés serait actuellement zoné résidentiel pour les usages unifamilial, jumelé et multilogements jusqu’à 6-9 logements. La construction y est donc permise par la Ville. Le propriétaire actuel demande 550 000 $ plus taxes pour s’en porter acquéreur.

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Joint par téléphone, le courtier immobilier responsable de la vente a expliqué au Nouvelliste que le propriétaire actuel souhaitait d’abord et avant tout vendre son terrain, et se disait ouvert à une transaction avec la Ville si cette dernière se montrait intéressée.

Les citoyens se disent inquiets de voir un développement être permis dans ce qu’ils indiquent être un milieu humide. «Il suffit d’ailleurs de se rappeler que le secteur HLM Adélard-Dugré a fait l’objet d’une reconstruction complète il y a quelques années en raison de sa localisation sur un milieu humide», peut-on lire dans cette lettre ouverte.

Ce plan montre l’emplacement du terrain visé par la contestation. Il s’agit de toute la partie en jaune.

Le groupe rappelle par ailleurs que l’aire écologique de la rivière Milette a fait l’objet d’une vingtaine de corvées de nettoyage pendant six ans, permettant d’éliminer 55 tonnes de déchets de cette zone. L’aire écologique a officiellement vu le jour en 2016, avec notamment des aménagements et des installations faites par la Ville de Trois-Rivières, la Fondation Trois-Rivières durable et divers organismes pour y faciliter un accès sécuritaire. Les efforts mis en place pour aménager l’aire écologique ont été l’objet de récompenses, reconnaissances et prix, dont le prix Action de la Fondation David-Suzuki.

«Dans un contexte d’urgence climatique, de lutte aux îlots de chaleur en milieu urbain, de préservation des milieux humides, alors que la tendance semble plutôt à vouloir planter beaucoup d’arbres, comment imaginer qu’un boisé d’une telle valeur écologique et sociale pourrait être en bonne partie mutilé pour faire place à des condos», ajoute-t-on dans la lettre.

Selon Valérie Delage, le groupe se mobilise actuellement afin de s’adresser tant à la Ville de Trois-Rivières qu’à la Fondation Trois-Rivières durable ainsi qu’à la Commission sur le développement durable et l’environnement pour savoir si des actions ne pourraient pas être posées afin de préserver ce boisé. «On est conscient qu’il s’agit d’un terrain privé. Quel pouvoir peut avoir la Ville? C’est ce qu’on va demander parce qu’on croit réellement qu’il y a là un intérêt écologique», ajoute Valérie Delage, qui indique par ailleurs que la Commission sur le développement durable et l’environnement a accepté de mettre ce point à l’ordre du jour de sa prochaine réunion.

Ville

La conseillère municipale de ce secteur, Valérie Renaud-Martin, a tenu à se faire rassurante lorsque questionnée sur le sujet. Elle note toutefois qu’il s’agit d’un terrain privé et que la Ville ne peut pas empêcher la vente si une transaction devait avoir lieu demain matin.

«On est conscient qu’il y a une préoccupation, et je veux rassurer les gens. Ce n’est pas non plus n’importe quoi qui peut aller là. La Direction de l’aménagement accompagnerait un promoteur qui voudrait y faire un développement», indique-t-elle.

Depuis la saga du Boisé des Estacades, le conseil municipal a amorcé une réflexion sur la valeur écologique des boisés de la Ville, et ce boisé en fait partie, indique Mme Renaud-Martin.

«Nous sommes à évaluer les potentiels environnementaux des boisés versus les potentiels de développement. Sur ce terrain, il y a bien un milieu humide donc un potentiel environnemental et il y a des contraintes au développement comme le fait qu’il soit enclavé. Il y a un paquet d’éléments à évaluer avant de pouvoir dire que nous sommes rendus à un projet domiciliaire», ajoute celle qui n’exclut pas de s’adresser à la Fondation Trois-Rivières durable pour vérifier son intérêt à poser une action dans ce secteur.

«On comprend qu’il peut y avoir une volonté des gens. Mais comme il s’agit d’un terrain privé, cette volonté a un coût. Ça aussi, c’est à évaluer», considère-t-elle.