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Julien-Pierre Léveillé déplore qu'Hydro-Québec ait fait raser les arbres le long de plusieurs terrains, dont le sien, dans l'Écodomaine des Forges.
Julien-Pierre Léveillé déplore qu'Hydro-Québec ait fait raser les arbres le long de plusieurs terrains, dont le sien, dans l'Écodomaine des Forges.

Abattage d'arbres par Hydro-Québec dans un écoquartier: les résidents en colère

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
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Les résidents de l'Écodomaine des Forges ne décolèrent pas, après qu'une entreprise d'émondage ait rasé de nombreux arbres en bordure de la piste cyclable sur la rue Maurice-Poulin, à Trois-Rivières, plus tôt cette semaine. Les arbres ont été coupés car ils se situaient à proximité de poteaux électriques, à la demande d'Hydro-Québec. Un geste qui fait grincer des dents les résidents, puisqu'il s'agit d'un quartier où la protection de l'environnement a une importance capitale.

Les résidents de l'Écodomaine des Forges ne décolèrent pas, après qu'une entreprise d'émondage ait rasé de nombreux arbres en bordure de la piste cyclable sur la rue Maurice-Poulin, à Trois-Rivières, plus tôt cette semaine. Les arbres ont été coupés car ils se situaient à proximité de poteaux électriques, à la demande d'Hydro-Québec. Or, il semblerait que la société d'État n'ait pas respecté la demande des propriétaires du quartier de ne pas couper ces arbres.

«Quand je suis revenue à la maison, c'était déjà fait. Je savais qu'une entreprise devait venir faire l'élagage des arbres, mais j'avais été rassurée quand on m'a dit qu'elle ne couperait pas les arbres. Mais il est arrivé exactement ce que je craignais», raconte Caroline.

Pour cette dernière et son conjoint, les dégâts sont immenses. Le couple avait planté huit saules japonais, des arbustes qui n'auraient jamais atteint une hauteur qui aurait été problématique pour les fils. Il ne reste plus rien des arbustes. Le couple déplore également le fait que des débris d'arbres ont volé jusque sur les fenêtres et la terrasse de leur maison. 

Celle-ci est d'ailleurs très visible de la piste cyclable, alors que Caroline et son conjoint chérissaient l'intimité que leur garantissait le couvert des arbres, même si ceux-ci étaient encore petits. 

Avec la coupe des arbres, des résidents se désolent d'avoir perdu l'intimité qu'ils chérissaient, puisque leur propriété est maintenant visible depuis la piste cyclable.

Julien-Pierre Léveillé, un autre résident de l'Écodomaine, dit être lui aussi être sidéré par le travail qui a été fait. Il croyait lui aussi que la question avait été réglée et qu'il pouvait dormir sur ses deux oreilles.

«La semaine passée, un employé de l'entreprise d'abattage m'a vu alors que j'étais à l'extérieur de ma maison. Il m'a parlé du mandat qu'il avait reçu d'Hydro-Québec de couper les arbres sur 16 pieds de largeur en dessous des lignes. Il trouvait ça étrange. Je lui ai dit: effectivement, parce qu'on est supposé garder cette section boisée. J'ai refusé qu'ils fassent ça, de couper sous les lignes», explique-t-il.

M. Léveillé dit avoir appelé le promoteur du quartier résidentiel, Steve Abran, pour lui expliquer la situation.

«Il m'a dit qu'il avait appelé Hydro et qu'il avait été convenu de ne pas couper les arbres, sauf ceux qui seraient menaçants pour le réseau électrique. Mais mardi, quand je suis revenu à la maison, j'ai vu les dommages. Je ne comprends pas», déplore-t-il.

Le promoteur en question, Steve Abran, confirme avoir appelé Hydro-Québec après avoir été informé par M. Léveillé de l'intention d'Hydro-Québec de couper des arbres.

«On m'a dit que ce serait seulement de l'élagage et que tout ce qui se rapprochait à trois mètres du fil le plus élevé serait coupé. À partir de là, j'ai écrit à l'ensemble des résidents, sur un site privé auquel ils ont accès, ce qui m'a été dit. Mais quelques jours après, les résidents sont arrivés chez eux et ont vu la coupe qui a été faite», explique M. Abran. 

Voici à quoi ressemble désormais la vue le long de la piste cyclable, au bout de la rue Maurice-Poulin.

Pas besoin de permission, dit Hydro

De son côté, Hydro-Québec affirme que bien qu'elle préfère couper les arbres qui pourraient représenter une menace pour ses fils électriques, avant de le faire, elle doit obtenir l'aval des propriétaires des terrains sur lesquels se trouvent lesdits arbres. L'élagage des branches peut être fait sans leur consentement, mais pas la coupe. Mais dans le cas de la rue Maurice-Poulin, la société d'État considère que le calibre des arbres était trop petit pour que le consentement des propriétaires soit requis.

«Des travaux pour éliminer la végétation sous la ligne avaient été faits au moment de sa construction, il y a quelques années. On revient au bout de quelques années pour faire des travaux de débroussaillage, on fait ça pour maintenir la sécurité de la ligne. On n'a coupé que ce qui avait repoussé», indique Marc-Antoine Ruest, porte-parole d'Hydro-Québec.

«Quand on parle de gros arbres, on va demander. Mais là, ce n'était pas le cas, puisque ces arbres-là n'étaient pas là quand on a construit la ligne il y a quelques années», poursuit-il.

M. Ruest ajoute que les propriétaires ont été avertis par courtoisie que ces travaux seraient effectués... en 2020. Invoquant des problèmes de manque de main-d'oeuvre et liés à la pandémie, ils ont cependant été reportés à 2021. Par ailleurs, seuls les propriétaires d'un terrain sur lequel se trouvait une résidence ont été avertis, mentionne le porte-parole.

«On est désolés de ce malentendu. On reconnaît qu'il y a eu un délai, mais c'est pour des raisons exceptionnelles. Et on a fait ça selon nos normes. Mais si des citoyens se sentent lésés, ils peuvent communiquer avec nous pour faire une plainte ou une réclamation», ajoute-t-il. 

Si la plupart des arbres coupés étaient de petite circonférence, certains poussaient à cet endroit depuis plus longtemps.

Et la spécificité du quartier?

Là où le bât blesse particulièrement, du côté des résidents de l'Écodomaine des Forges, qu'ils aient été prévenus ou non, c'est l'absence de respect pour la spécificité du quartier.

«On a fait tous les efforts possibles pour préserver la végétation et l'environnement. Le réseau électrique est sous terrain dans le quartier, justement pour éviter les cicatrices là où passeraient les lignes», souligne Steve Abran.

Caroline trouve enrageant pour sa part de voir qu'Hydro-Québec peut agir à sa guise alors qu'elle-même ne peut couper un arbre sans obtenir la permission de la Ville.

«Il y a deux ans, on a voulu faire couper quelques arbres pour avoir un peu plus de luminosité dans la maison. Quand l'émondeur est arrivé, il a dit: dans ce quartier, je n'ai pas le droit de faire ça, je dois vérifier avec la Ville avant», souligne-t-elle.

Pour Hydro-Québec, ce qui prime, c'est la sécurité de son réseau, peu importe la nature du quartier.

«Là où notre réseau passe, que ce soit un quartier normal ou un écoquartier, il faut assurer la sécurité des lignes, des travailleurs et des citoyens aussi. La majorité des pannes sont causées par des branches. Alors même si on est dans un quartier écologique, il y a des normes de sécurité à respecter tout le long du réseau», affirme M. Ruest.

La Ville n'a «pas un mot à dire»

Après vérification auprès du promoteur Steve Abran, il appert qu'une partie de la bande de terrain sur laquelle les arbres ont été rasés a été cédée à la Ville de Trois-Rivières, dans le but d'en protéger la végétation. Mais malgré cela, il semble que la Ville n'aurait rien pu faire pour exiger qu'Hydro-Québec procède autrement.

«J'ai demandé à l'interne et on m'a confirmé que c'est leur emprise (à Hydro-Québec) et qu'on n'a pas un mot à dire. Hydro aurait coupé dans sa servitude, ce qu'elle a le droit de faire», rapporte la conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure.

La conseillère, bien connue pour son engagement environnemental, déplore d'ailleurs elle aussi les façons de faire d'Hydro-Québec.

«C'est assez catastrophique. D'après les photos que j'ai vues, c'est assez désolant», a-t-elle commenté, mercredi.

Mme Mercure souhaite par ailleurs que la Ville travaille à avoir une meilleure communication avec la société d'État.

Pour sa part, la Ville a confirmé par courriel qu'elle «ne peut empêcher les travaux d'entretien des lignes électriques dans les zones de servitude de la société d'État». 

La piste cyclable a été endommagée par la machinerie qui a été utilisée pour le débroussaillage.

Dégâts sur la piste cyclable

En plus des arbres, les travaux menés sur la rue Maurice-Poulin ont fait d'autres dégâts, sur la piste cyclable qui passe à côté de la ligne électrique. L'asphalte a été creusée à de nombreux endroits par les chenilles de la machinerie et des morceaux se sont carrément cassés.

La Ville dit être en communication concernant cet incident avec Hydro-Québec, qui confirme être au courant des dégâts.

«On est déjà en communications avec l'entrepreneur qui s'est rendu compte des bris. On est aussi en communication avec la Ville de Trois-Rivières pour réparer éventuellement les bris causés par la machinerie», indique Marc-Antoine Ruest.