Le père Noël a remis des cadeaux au enfants nouvellement arrivés au Québec et installés à Trois-Rivières.

Trois-Rivières, terreau fertile pour l’intégration

Trois-Rivières — Le Service d’accueil des nouveaux arrivants (SANA) de Trois-Rivières organisait dimanche une fête de Noël pour les nouveaux arrivants au Centre Landry, une tradition de longue date pour l’organisme. L’événement était aussi l’occasion de raffermir les liens entre ces néo-Trifluviens et leur communauté d’accueil et de tourner la page sur une année marquée par les débats sur l’immigration au Québec.

Entre les manifestations de la Meute, l’arrivée de migrants par la frontière canado-américaine et l’élection de la Coalition avenir Québec (CAQ), favorable à une diminution du nombre de nouveaux arrivants accueillis au Québec, l’immigration était au cœur de l’actualité. Plus récemment, la CAQ a d’ailleurs annoncé son intention de réduire de 24 % le nombre d’immigrants accueillis au Québec dès l’an prochain.

«Depuis que ç’a été annoncé, on pense beaucoup aux réfugiés qui sont en situation de guerre et qui attendent l’aide humanitaire, confie Yvan Suaza, directeur général du SANA de Trois-Rivières. Malheureusement, le discours politique n’aide pas ces gens qui attendent. Mais on ne doit pas penser que les immigrants vont contre l’identité nationale, comme ç’a sorti à plusieurs reprises. Ici [au Centre Landry], la plupart des gens ne parlent pas français, mais ils vont l’apprendre. Tous leurs enfants, d’ici trois ou quatre mois, vont parler français et vont commencer à avoir une vie à Trois-Rivières comme n’importe quel autre enfant.»

Le député de Trois-Rivières et ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale du Québec, Jean Boulet, élu le 1er octobre dernier sous la bannière de la CAQ, a fait acte de présence à la fête de Noël du SANA. Il s’est montré impressionné par la capacité des nouveaux arrivants à apprendre rapidement une nouvelle langue et à s’adapter à leur nouvelle vie au Canada.

«Il nous a dit qu’on faisait du bon travail», remarque Yvan Suaza.

«Ils ne viennent pas faire du trouble»

C’est d’ailleurs en prêchant par l’exemple que M. Suaza croit que les nouveaux arrivants finiront par montrer à ceux qui sont réfractaires à leur endroit qu’ils ont eux aussi leur place au Québec et qu’ils peuvent avoir un impact positif sur la société.

«Ils ne viennent pas ici avec l’intention de faire du trouble, parce qu’ils sont déjà dans un pays qui est bon et libre. Ils savent qu’on attend beaucoup d’eux aussi. On ne vient pas ici pour rester dans notre petit coin sans rien faire, on sait qu’on a des enfants et qu’on doit faire des choses pour nos enfants», souligne-t-il.

Une centaine de jouets remis aux enfants à la fête de Noël du SANA ont été offerts par Réno-jouets, qui donne une seconde vie aux jouets usagés.

Malgré les remous dans l’actualité, le directeur du SANA ne sent pas que les familles accompagnées par son organisme s’inquiètent des débats entourant l’immigration qui ont fait surface depuis déjà quelques années. «Les personnes immigrantes ont confiance, affirme M. Suaza. Elles savent qu’elles peuvent faire les choses correctement. Alors les gens qui disent ‘‘on ne veut plus d’immigrants’’, on va pouvoir leur dire: ‘‘mais pourquoi vous n’en voulez plus si on fait les choses comme il le faut?’’»

Terreau fertile pour l’intégration

Yvan Suaza est convaincu que Trois-Rivières est un endroit rêvé pour faciliter l’intégration des nouveaux arrivants. D’une part en raison de la qualité de son accueil, tant avec la présence d’organismes comme le SANA qu’avec l’ouverture qu’il sent naturellement chez les Trifluviens, mais également grâce au fait qu’apprendre le français n’est pas une option si on veut y vivre et s’épanouir. Ce faisant, les néo-Trifluviens seront d’autant mieux outillés pour devenir des atouts pour leur société d’accueil.

«Ma fille parle espagnol à la maison, mais est-ce que c’est une richesse seulement pour elle? Moi je pense que c’est une richesse pour la société. Je pense qu’on y gagne quand on voit des enfants arriver ici qui parlent arabe et qui vont parler français, puis apprendre l’anglais. On va être bien positionnés face à la mondialisation.»

Trois-Rivières a d’ailleurs bonne réputation... jusqu’au Congo! C’est de là que sont arrivés Sosthene et sa famille, cette année. Si elle a d’abord élu domicile à Laval, en février dernier, cette famille a choisi de déménager à Trois-Rivières en septembre dernier.

«Avant de venir au Canada, je me suis renseigné auprès d’amis qui vivent ici, relate Solsthene. Trois-Rivières me convenait comme ville parce que c’est bon pour élever les enfants et c’est une ville qui facilite l’intégration.»

Premier Noël au Québec

Les débats sur l’immigration étaient cependant le cadet des soucis des quelque 200 personnes réunies au Centre Landry, qui avaient pour seul but de profiter des festivités organisées pour eux par une quarantaine de bénévoles, dimanche. Les nombreux enfants présents ont reçu un cadeau des mains du père Noël, qui a bénéficié d’un coup de pouce de Réno-jouets, un organisme de la région de Québec qui donne une seconde vie à des jouets usagés. Petits et grands se sont également régalés avec la prestation du chanteur et policier à la retraite Michel Letarte, accompagné d’une chorale d’enfants de l’école Saint-Paul.

«On leur montre un peu comment ça se passe ici pendant le temps des Fêtes, décrit M. Suaza. On invite les familles, dont plusieurs sont arrivées il n’y a pas longtemps, notamment une famille de 11 personnes. Ce sont des gens qui, en arrivant, vont voir toute la qualité d’accueil qu’on a ici à Trois-Rivières. Et je ne parle pas d’urbanisme, mais des gens.»

Plusieurs Trifluviens se sont d’ailleurs invités à la fête pour rencontrer leurs nouveaux concitoyens et concitoyennes. «On a des gens qui sont arrivés ici et nous ont demandé s’ils pouvaient rencontrer les nouveaux arrivants et leur parler, relate Yvan Suaza. On leur a dit oui!»