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Gabrielle Vachon-Laurent, agente culturelle au Centre d’amitié autochtone de Trois-Rivières, a eu de la difficulté à trouver un logement pour sa famille.
Gabrielle Vachon-Laurent, agente culturelle au Centre d’amitié autochtone de Trois-Rivières, a eu de la difficulté à trouver un logement pour sa famille.

Trois-Rivières: manque de logements abordables et discrimination [ARTICLE AUDIO] 

Rosie St-André
Rosie St-André
Le Nouvelliste
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Des propriétaires qui ne veulent pas d’enfants, des loyers à prix excessifs, des milieux non sécuritaires, de la discrimination: l’agente culturelle au Centre d’amitié autochtone Gabrielle Vachon-Laurent et son conjoint ont eu de la difficulté à trouver un logement à Trois-Rivières depuis le début de leurs recherches en janvier.

C’est à travers Facebook, plus précisément Marketplace, que Mme Vachon-Laurent avait trouvé des logements qui correspondaient à ses besoins: avoir une école de quartier pour son fils et être près de l’hôpital pour des soins médicaux. «J’ai fait cinq ou six demandes de logements à deux propriétaires différents. Les réponses étaient toutes les mêmes, soit que le quartier n’était pas fait pour les familles et que les enfants n’étaient pas acceptés, en raison des étudiants qui ont besoin de tranquillité», a-t-elle expliqué.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé de convaincre les propriétaires. Elle connaissait le quartier et savait que les étudiants faisaient la fête, mais rien pour la déranger.

«J’ai insisté en lui disant que mon enfant avait un tempérament vraiment calme, qu’on ne l’entendrait pas courir à tout bout de champ. J’ai essayé de la convaincre en lui disant qu’on avait un bon revenu, mon conjoint et moi. Mais non, la réponse était la même ‘‘on n’accepte pas les enfants’’. C’est pas un animal que j’amenais avec moi, c’est un être humain. Je me demandais si c’était parce que j’étais Autochtone qu’ils ne m’ont pas acceptée», a confié l’Innue de Pessamit.

En travaillant au Centre d’amitié autochtone de Trois-Rivières, Mme Vachon-Laurent est témoin de ces situations discriminatoires au sein de la communauté. Elle raconte que lorsque des personnes des Premières Nations font des appels pour trouver un appartement, certaines se font raccrocher au nez ou se font dire que ce n’est plus disponible. «Après, on voit l’annonce du logement exact qu’elles voulaient deux ou trois semaines plus tard en disant qu’il est encore disponible. C’est assez impressionnant», a-t-elle spécifié.

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Selon elle, les locataires qui subissent ce genre de discrimination ou qui sont confrontés à des propriétaires incompréhensifs de leur réalité doivent dénoncer. «Il faut faire le ménage des gens malveillants. Il faut que les personnes aient recours aux organismes du milieu qui peuvent les aider avec les lois qui ne sont pas connues de tous. Aider les gens dans la recherche d’appartement aussi est important», a expliqué Gabrielle Vachon-Laurent.

À gauche, la porte-parole d’Infologis Mauricie, Carol-Ann Côté, accompagnée d’autres organismes communautaires pour demander au gouvernement d’agir en matière de logement social.

Aujourd’hui, sa famille et elle ont trouvé un endroit sécuritaire, avec un propriétaire accueillant recommandé par l’une de ses collègues au Centre d’amitié. «Il est même prêt à nous aider financièrement pour des rénovations, il nous a clairement dit qu’il n’était pas raciste», de soutenir Mme Vachon-Laurent. Au Centre d’amitié autochtone, les employés offrent du soutien quant aux questions d’injustice que vit cette minorité dans les recherches de logement.

Un manque de logement

En plus des propriétaires qui ne rendent pas la tâche facile aux jeunes familles pour se trouver un toit, le manque de logements abordables est également un facteur contraignant pour les personnes à faibles et à moyens revenus. Les organismes de la région se sont mobilisés mercredi après-midi au parc Champlain pour demander au gouvernement caquiste d’agir en matière de logement social.

«Ce qui nous inquiète le plus, c’est la population qui s’appauvrit en raison de la hausse des loyers. C’est un phénomène relativement nouveau en Mauricie, qui a pris une flambée depuis la pandémie. Les gens qui habitent la région n’ont pas les moyens de payer des prix comme à Québec ou Montréal», de dire le coordonnateur du Regroupement des organismes d’éducation populaire autonome de la Mauricie, Marc Benoit.

Selon les dernières données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), le taux d’inoccupation pour Trois-Rivières est de 1,3 %, alors que le seuil d’équilibre est de 3 %. «Le seuil d’équilibre permet de correspondre à l’offre et la demande en matière de logements. Ce qui fait qu’en ce moment, le choix est assez restreint. Pour les personnes à revenus moindres, les disponibilités sont presque nulles», d’émettre la porte-parole d’Infologis Mauricie, Carol-Ann Côté.

Ce qui est demandé est de développer des logements sociaux sur le plan communautaire, qui n’auraient aucun but lucratif, afin d’assurer la pérennité de cette offre abordable. Selon Infologis, le marché privé utilise des stratégies pour que les locataires qui rapportent moins d’argent finissent par quitter leur logement.

«Les familles nombreuses se retrouvent dans un taudis beaucoup trop petit pour les accueillir, les locataires sont confrontés à des évictions et à des rénovictions. Ce sont des drames humains qui sont en train de se dérouler», d’ajouter Mme Côté.

Afin d’améliorer cette situation, Infologis Mauricie et le FRAPRU demandent au gouvernement Legault d’instaurer un registre des baux afin que les locataires puissent s’y référer en cas d’augmentation de loyers excessive, un renforcement de la protection contre les évictions frauduleuses et des mesures pour aider à assurer un parc de logements locatifs abordable.

«Normalement, une personne ne devrait pas consacrer plus de 25 % à 30 % de son revenu annuel pour se loger. À Trois-Rivières, c’est plus de 1000 ménages locataires qui consacrent 80 % de leur revenu annuel médian pour se loger. Cette situation démontre la précarité extrême à laquelle les locataires sont confrontés», de dénoncer Carol-Ann Côté.