Les policiers doivent régulièrement intervenir auprès de personnes en détresse psychologique.

Trois-Rivières: hausse de 25 % en cinq ans des interventions policières en santé mentale

TROIS-RIVIÈRES — Les policiers de Trois-Rivières doivent intervenir auprès de personnes éprouvant des problèmes de santé mentale sur une base quotidienne. Ces interventions délicates ont connu une hausse de près de 25% en cinq ans, selon des données obtenues par la Loi sur l’accès à l’information.

De 2014 à 2018, leur nombre est passé de 635 à 792. Depuis deux ans, c’est plus de deux interventions par jour! «C’est en constante progression, et on pense que ça va continuer à augmenter au fil des prochaines années», note le sergent Luc Mongrain, porte-parole de la Direction de la police de Trois-Rivières.

La plupart ne nécessite pas forcément le déploiement de toute la cavalerie. «Plusieurs appels sont en lien avec cette problématique. Ce n’est pas nécessairement parce que c’est une personne qui en train de démolir son logement. Parfois, on se rend à un endroit pour un autre sujet et on se rend bien compte que la personne ne va pas. C’est pourquoi on fait appel au 811, on demande l’assistance d’un intervenant social qui vient tenter de négocier avec cette personne un transport [au centre hospitalier].»

Cette problématique englobe donc une multitude de cas, par exemple des disputes, des personnes intoxiquées sur la voie publique, etc. «Ce sont plusieurs situations différentes. Ce sont souvent des gens qui sont démunis. Les gens ont été laissés à eux-mêmes, poursuit le sergent Mongrain. Ça peut être, par exemple, une personne itinérante ou une personne qui se fait arrêter pour vol à l’étalage et dont l’état ne lui permet peut-être pas de juger la portée de ses actes.»

Toutefois, certains appels entraînent un important branle-bas policier. Ce fut le cas le mardi 8 janvier alors qu’un individu a tenu les policiers en haleine pendant environ huit heures sur la rue De La Vérendrye. La circulation a dû être déviée en raison de l’établissement d’un large périmètre de sécurité et un voisin a dû être évacué. Le poste de commandement a été déployé et une dizaine de policiers se sont rendus sur place. Quelques jours plus tard, l’homme de 42 ans récidivait. Les résidents de l’immeuble ont dû être évacués. Le suspect a lancé des objets dans son logement et a défoncé un mur. Les policiers l’ont maîtrisé avec du poivre de Cayenne et ils ont procédé à son arrestation. C’était leur quatrième intervention en quelques semaines à cet endroit.

Ce genre d’intervention demande du temps et de la patience que ce soit de la part des policiers, mais aussi des personnes évacuées ou des résidents du quartier qui doivent faire un détour pour accéder à leur domicile. «Ce sont des interventions plus longues. On privilégie la désescalade. C’est ce que tous les patrouilleurs ont reçu comme formation à Nicolet, ce qui veut dire qu’on prend notre temps», explique le sergent Mongrain.

Par exemple, si l’individu a consommé de la drogue, le temps est efficace pour en dissiper les effets, et ultimement, les policiers peuvent espérer être en mesure d’entrer en contact avec le suspect. «Le but, c’est d’avoir une reddition, ce qui veut dire qu’on ne veut pas avoir d’effusion de sang ou user de force physique. C’est prouvé selon certaines études que le temps fait son œuvre», note le porte-parole.

Ces cas ont évidemment un impact sur le corps de police. «Ce sont des appels qui s’étirent, on appelle du personnel en supplémentaire. On voit que les interventions sont beaucoup plus longues d’année en année. On a beaucoup de ces appels, donc oui, ça a un impact sur notre service.»

Plusieurs personnes ont critiqué le fait que les policiers aient été obligés de retourner quatre fois chez le même individu pour des situations similaires. Mais ils ne peuvent rien faire de plus que de le remettre entre les mains du réseau de la santé. «Notre travail, c’est de récupérer cette personne qui est en détresse, assurer sa sécurité et la diriger vers les ressources que requiert son état. Lorsqu’on le laisse aux bons soins du milieu hospitalier, on n’a plus de contrôle sur la suite des événements, donc ce sont des médecins et des spécialistes qui vont décider ce qu’ils vont faire.»

Certains individus sont des habitués. «Lorsqu’il y a un transport [au centre hospitalier], il n’est pas rare qu’après quelques heures, ladite personne revenue. On a l’impression qu’on vire en rond.»

La multiplication des interventions auprès de personnes éprouvant des problèmes de santé mentale est loin d’être unique à Trois-Rivières. «C’est un problème de société et ce n’est pas juste à Trois-Rivières. Il y a eu beaucoup de désinstitutionnalisation. Ça fait en sorte que les gens qui devraient prendre leur médication ne la prennent pas, et au final, ils vont consommer d’autres substances, ce qui fait un mélange assez explosif.»

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) assure travailler de concert avec les policiers. Un intervenant social est disponible 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Si les policiers le jugent nécessaire, ils peuvent le contacter. «L’intervenant va soit donner des conseils aux policiers sur la façon d’intervenir ou il va parler directement à la personne. Parfois, ça se règle par téléphone. Parfois l’intervenant psychosocial de garde se rend sur place», explique Caroline Paquin, porte-parole du CIUSSS MCQ.

Les statistiques du CIUSSS confirment aussi une hausse des cas. Ainsi, l’équipe de crise est appelée à intervenir plus souvent sur le terrain. Pour ce qui est uniquement des interventions les soirs et les fins de semaine, elles sont passées de 1064 en 2014 à 1350 en 2018, soit une hausse de 27%. Ces statistiques n’incluent pas les cas de DPJ ou ceux de déficience intellectuelle.

Si l’individu est conduit à l’urgence, il va être vu par l’urgentologue et au besoin par le psychiatre de garde. S’il représente un danger grave et immédiat pour lui-même ou pour autrui, il peut être gardé de façon préventive à l’hôpital durant une période qui ne peut pas excéder 72 heures. Après, il peut quitter s’il le désire. La seule manière de prolonger l’hospitalisation du patient après les 72 heures, c’est de demander une ordonnance du tribunal. «Souvent, s’il décide de le garder en établissement pendant 72 h, un psychiatre va aller négocier avec le patient, le rencontrer, l’écouter pour essayer de le convaincre de se faire soigner et de rester à l’hôpital si besoin est. Sinon, si le médecin ou le psychiatre juge qu’il n’a pas les motifs requis pour le garder contre son gré, il a son congé et il peut même refuser l’ensemble de nos services. Il peut refuser d’aller à Domrémy s’il a des problèmes de consommation, il peut refuser les services pour la santé mentale en collectivité», explique Mme Paquin.

Cette dernière souligne que tous les CLSC sont dotés d’équipes spécialisées en santé mentale. «Ils évaluent le profil de la personne et décident l’intensité des services qui est requise. Il y en a pour qui une rencontre par semaine au CLSC est suffisante et il y en a d’autres chez qui on se rend jusqu’à deux fois par jour pour leur donner la médication, pour les soutenir.»

Le service info-social est disponible pour toute personne qui en ressent le besoin. Il suffit de composer le 811. «Autant pour nos partenaires que pour la population, c’est une réponse immédiate. Quelqu’un de l’équipe de crise répond. C’est vraiment la porte d’entrée. L’intervenant fait immédiatement des interventions au téléphone et on peut se déplacer si c’est jugé requis. En plus, après, on fait le lien avec nos services en CLSC pour offrir à la personne d’autres services en continu. C’est vraiment une porte d’entrée excellente pour tous», précise Mme Paquin.