Jean Lamarche
Jean Lamarche

Trois-Rivières et la rive sud en zone rouge: «on s’y attendait»

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Le passage d’une partie de la région au palier d’alerte le plus élevé (rouge) n’a pas été une grande surprise pour plusieurs intervenants de la région. Il n’en demeure pas moins qu’ils sont préoccupés par les conséquences économiques de cette seconde fermeture en moins d’un an de nombreux commerces et entreprises.

C’est le cas du maire de Trois-Rivières Jean Lamarche, qui voyait arriver ce changement de palier, selon les discussions qu’il dit avoir eues avec des responsables du CIUSSS et de la Santé publique dans la région. Il assure qu’il ne restera pas les bras croisés devant la situation, notamment pour soutenir les entreprises trifluviennes.

«On est déjà en train de voir comment on va pouvoir venir en aide aux différents commerces. J’ai parlé avec le directeur d’Innovation et développement économique Trois-Rivières pour parler des mesures existantes et de comment en faire bénéficier les entreprises régionales», mentionne-t-il.

Quant à l’équipe des travaux publics, elle sera aussi mobilisée vendredi pour faire retirer la signalisation qui a transformé la rue des Forges en rue piétonne. Cette action devrait permettre de favoriser les restaurants qui se tournent à nouveau vers les commandes à emporter, comme au printemps dernier, indique M. Lamarche. Celui-ci implore par ailleurs ses citoyens de respecter «avec rigueur et sévérité» les mesures imposées par la Santé publique, notamment de limiter leurs déplacements.

Jean-Guy Dubois: «il faut prendre des moyens drastiques»

Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, n’était lui non plus guère surpris. Il aurait bien sûr préféré que la MRC demeure en zone orange, puisque le nombre de cas de COVID-19 depuis le 12 juillet demeure peu élevé (16 en date de jeudi), mais croit que le rehaussement du niveau d’alerte «est ce qu’il faut faire».

«Si on veut fêter Noël ensemble, il faut prendre des moyens drastiques et on est rendu là. Même en étant en zone rouge, il y en a encore qui vont trouver le moyen de ne pas être sérieux», craint-il. Selon lui, la proximité géographique avec Trois-Rivières et Drummondville, également devenues zones rouges, a aussi pu jouer un rôle dans la décision de la santé publique.

Jean-Guy Dubois

Le premier magistrat indique qu’une réunion spéciale sur la situation aura lieu vendredi «pour s’assurer que tout le monde est sur les mêmes ondes» et penser aux façons de soutenir les entreprises affectées.

Geneviève Dubois craint la désolidarisation

Geneviève Dubois, mairesse de Nicolet, s’attendait aussi au passage de la MRC de Nicolet-Yamaska au plus haut palier d’alerte.

«J’aurais volontiers pris quelques jours ou une semaine de sursis, mais on savait que notre courbe épidémiologique est en croissance. Mais c’est une déception, les gens ont travaillé fort et ont respecté les consignes», indique-t-elle.

Geneviève Dubois

Mme Dubois s’inquiète bien sûr des conséquences des fermetures temporaires de plusieurs PME, mais aussi pour les employés de la Ville de Nicolet, qui sont «fatigués par la suradaptation des derniers mois». La fracture sociale qu’elle dit constater la préoccupe également. «Les gens sont irritables, ils sont peut-être en train un peu de se désolidariser. Les mots pour les encourager à continuer sont plus durs à trouver. Les commerçants m’en ont parlé, que les clients sont moins patients. Je le vois aussi sur les réseaux sociaux et c’est quelque chose qui m’inquiète», confie-t-elle.

«Un signal important» pour Shawinigan

Pour sa part, le maire de Shawinigan, Michel Angers, se réjouit que la Santé publique ait accepté de diviser la région en secteurs, puisque sa ville demeure en zone orange, comme les autres MRC de la Mauricie.

«On a vécu la situation inverse au printemps, quand il y a eu énormément de cas et de décès à Shawinigan, je trouvais ça malheureux que les autres territoires soient pénalisés», souligne-t-il.

Le premier magistrat considère cependant le changement de situation au sud de Shawinigan comme un «message clair».

«Il faut multiplier les mesures pour s’assurer autant que possible que le nombre de cas n’augmente pas chez nous, sinon on va passer en zone rouge. C’est un signal important», croit-il.

M. Angers dit par ailleurs ne pas être inquiet outre mesure de la circulation qui va continuer à se faire entre Shawinigan et Trois-Rivières, puisqu’un nombre important de Mauriciens vivent dans une ville, mais travaillent dans l’autre.

Michel Angers

«Je sais que les gens de Trois-Rivières sont responsables et respectueux. Je leur fais confiance et je fais aussi confiance à ma population qui va avoir à travailler en zone rouge. C’est à elle aussi de faire attention», relève-t-il.

Les restaurateurs résignés

À Trois-Rivières, les responsables de restaurants contactés par Le Nouvelliste jeudi soir prenaient relativement bien la nouvelle, même si elle fera mal à leur industrie déjà fragilisée par la première vague.

«On est très positif, on a mis en place des commandes à emporter pour les clients qui continuent à vouloir manger chez nous. Mais on reste dans l’incertitude, on ne sait pas quand ça va finir. On espère que ça ne va pas durer trop longtemps», dit Maria Gutierrez, gérante de l’Archibald Microbrasserie.

L’équipe du Buck – Pub Gastronomique était elle aussi prête à cette nouvelle fermeture de la salle à manger. On se tournera aussi vers les commandes à emporter pour en atténuer les impacts financiers.

«Dans notre cas, on sera en mesure de passer au travers, mais je sais que ce ne sera pas le cas de tous mes collègues au Québec. Le ‘’take-out’’ ne couvrira jamais les ventes en restaurant ni le nombre d’employés habituel», prévient Martin Bilodeau, directeur général.

Au Faste Fou, on ne sait pas encore si une formule de commandes pour emporter sera offerte aux clients. Cela n’avait pas été le cas au printemps. Un sondage a été fait par les propriétaires du restaurant cette semaine, mais la gérante ignore la décision qui en découlera.

«On est inquiet. On a beaucoup d’employés qui sont étudiants, mais pour ceux à temps plein, c’est sûr que c’est un stress. C’est sûr que ce n’est pas agréable, mais il faut ce qu’il faut. Plus les gens feront ce qu’ils ont à faire, plus vite on va retourner à la normale», mentionne Amélie Bouchard.

«On est assommé»

Joël Côté, copropriétaire du cinéma Le Tapis Rouge, vit plus difficilement le passage de Trois-Rivières en zone rouge.

«On est assommé, même si on s’y attendait. On a été des joueurs exemplaires, sans aucun cas, aucune contamination. On a été rigoureux et je déplore que la santé publique ne le prenne pas en compte», souligne-t-il.

Joël Côté

M. Côté rappelle que sa salle de cinéma ne bénéficie d’aucune subvention gouvernementale et ne bénéficiera pas, à priori, du soutien promis récemment par la ministre de la Culture aux salles de spectacle. Il considère aussi que les PME qui sont contraintes de fermer sont victimes d’une grande injustice, alors que des multinationales comme Costco et des sociétés d’État comme la SAQ demeurent ouvertes. Il rappelle également que contrairement à d’autres entreprises, il est difficile pour Le Tapis Rouge d’adapter ses activités en fonction de la situation.

«On va fermer et on va essayer de rouvrir quand on le pourra. On est inquiets pour l’avenir, mais Paul Langevin (l’autre propriétaire du cinéma) et moi, on est des gars positifs, on a une équipe qui aime le cinéma, qui en mange autant que nous. On ne va pas lâcher, mais aujourd’hui, on se retrouve les deux genoux à terre», reconnaît-il.

Les salles d’entraînement font aussi partie des entreprises qui doivent fermer temporairement. Comme M. Côté, la directrice d’Énergie Cardio Trois-Rivières, Viviane Fiset, trouve cette décision injuste alors que de nombreux efforts ont été faits pour que les lieux soient sécuritaires pour sa clientèle.

«On est déçu parce qu’on a tout mis en place pour que les clients s’entraînent dans un espace sécuritaire, pour que les employés travaillent dans un espace sécuritaire. On fait du nettoyage aux 15 minutes depuis le 22 juin. C’est sûr que c’est difficile pour nous, alors qu’on voyait enfin la clientèle revenir. C’est triste, mais on n’a pas le choix», se résigne-t-elle.

La CCI3R en mode aide

Le président de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières (CCI3R), Jean Pellerin, voyait lui aussi l’inéluctable se profiler à l’horizon.

«C’est sûr que ce n’est pas une bonne nouvelle, on en convient. Mais est-ce que c’est une surprise? Non, on en entendait parler. Et beaucoup d’entrepreneurs avaient hâte d’être fixés. C’est la seule bonne nouvelle: ils vont arrêter d’être entre deux», rapporte-t-il.

Jean Pellerin

M. Pellerin est évidemment inquiet pour la survie de plusieurs entreprises, en particulier dans les secteurs du tourisme, de la culture et de la restauration. Il promet que la CCI3R sera présente pour les soutenir du mieux qu’elle peut.

«On va rapidement se pencher pour voir quoi faire pour leur venir en aide et les diriger au bon endroit s’il le faut. On demeure confiant. On redoutait ça, mais les entrepreneurs et les commerçants ont fait la preuve qu’ils sont résilients et résistants. J’espère que ce sera le cas encore dans les prochains mois», conclut-il.