Les grands rassemblements comme le FestiVoix ont caractérisé le tourisme estival à Trois-Rivières au cours des dernières années, mais on devra s’en passer en 2020.
Les grands rassemblements comme le FestiVoix ont caractérisé le tourisme estival à Trois-Rivières au cours des dernières années, mais on devra s’en passer en 2020.

Trois-Rivières doit trouver une autre façon de se démarquer

À Trois-Rivières, la gifle du coronavirus résonne encore dans l’industrie touristique.

«Pendant les premières semaines, nous étions en mode sauvetage financier», raconte Daniel Rioux, coordonnateur à Tourisme Trois-Rivières. «Quand nous avons contacté les intervenants, j’en avais qui pleuraient au téléphone. C’était difficile.»

Lentement mais sûrement, le milieu se ressaisit. Pas question de mettre une croix sur l’été 2020 et d’attendre simplement le retour des grands rassemblements un jour.

Les premières rencontres par visioconférence se sont organisées cette semaine, dont une qui regroupait 27 personnes associées à divers événements.

«Il en reste quelques-uns dont on n’est pas certain, dont le Festival international de la poésie», indique M. Rioux. «Pour les autres, c’est pas mal réglé. On parle donc davantage de 2021 et même là, pour les plus gros rassemblements comme le FestiVoix, rien n’est assuré pour 2021...»

Devant cette terre brûlée, comment envisager la prochaine saison touristique dans la capitale régionale ?

M. Rioux s’attend à ce que l’offre muséale s’adapte au contexte et accueille les visiteurs au cours des prochains mois. La capacité d’accueil pourrait toutefois influencer les décisions. N’ouvrir les portes qu’à moitié pourrait en désenchanter quelques-uns.

Ce raisonnement s’applique aussi aux restaurants, particulièrement ceux du centre-ville pour qui la période estivale pèse très lourd sur les revenus annuels.

«S’ils ne sont pas capables d’engranger des surplus pendant l’été, les mois d’hiver seront extrêmement difficiles», prédit M. Rioux. «Nous essayons de trouver des solutions pour éviter qu’ils perdent trop de capacité d’accueil.»

L’une de ces idées consisterait à aménager une longue table communautaire sur une moitié de la rue des Forges, entre Royale et du Fleuve!

«Les gens pourraient commander dans les restaurants et manger à la grande table, avec les mesures de distanciation sociale», rêvasse M. Rioux.

«Si on dit aux gens de venir au centre-ville pour aider les restaurateurs et que le centre-ville est mort comme jamais, je ne suis pas certain qu’on marquera des points!», ajoute-t-il. «Il faut trouver des idées qui ne provoqueront pas de rassemblements. C’est ça qui complique tout! On se vire la tête à l’envers, on regarde le monde d’une autre façon pour se réinventer.»

Pourquoi pas une saison des sucres en plein été, réfléchit tout haut M. Rioux ?

«Tout le monde a raté les repas de cabanes à sucre», rappelle-t-il. «Je sais que la Cabane Chez Dany peut en faire à l’année...»

Et l’Amphithéâtre Cogeco, l’un des points de mire de la saison touristique mauricienne ? Peut-il être utilisé autrement ?

Steve Dubé, directeur général de la Corporation des événements de Trois-Rivières, siège sur le comité de relance économique annoncé cette semaine.

«Pour l’instant, on ne peut s’avancer sur rien puisque les règles gouvernementales ne nous permettent aucun rassemblement», rappelle-t-il. «Écoutez, actuellement, les gens n’ont pas le droit de recevoir des amis à souper...»

Stéphane Boileau, directeur général de Tourisme Mauricie, rehausse les épaules avec la reprise progressive de l’activité économique annoncée cette semaine. Il voit poindre une nouvelle collaboration régionale, des propositions de forfaits inédites qui laisseront sans doute des traces.

«Je suis assez optimiste d’assister à un déconfinement pour les attractions en nature», avance-t-il. «Les pourvoiries, la pêche, le parc national de la Mauricie, les réserves Mastigouche et Saint-Maurice, les zecs... Nous avons des avantages, en Mauricie. La nature est très, très présente et c’est probablement le premier secteur qui va repartir.»

Autrement

Tous les intervenants s’entendent sur le fait que cette réflexion permettra de bonifier l’offre touristique à long terme.

«Je suis certain qu’il ressortira des choses qu’on n’avait jamais imaginées avant», réfléchit M. Dubé. «Dans l’événementiel, les gens doivent être extrêmement créatifs.»

«On va s’en sortir», pense M. Rioux. «Ça va juste être différent. La ville de Trois-Rivières n’est pas moins belle cette année. C’est seulement que les événements qui l’enrobaient ne seront pas là. Mais la ville est la même. Nous sommes encore sur le circuit du chemin du Roy, qui devrait être très populaire cet été.»

Pour M. Rioux, il s’agit d’ailleurs d’un bel exemple d’attraits qui pourraient profiter du contexte particulier qui sévit. Habituée à une parure surtout festive, Trois-Rivières revêtira de nouveaux atours en 2020.

«Nous sommes forcés d’aller vers une transition que nous voulions faire de toute façon», avance M. Rioux. «Miser sur une seule carte, c’est toujours dangereux.»

Le milieu touristique s’attend à ce que ces nouveautés soient bien reçues. «Ça va être assez facile d’inciter les gens à aller dans les restaurants, parce que je pense qu’ils ont hâte de sortir!», sourit M. Rioux.

«Moi, j’ai le goût d’aller à la pêche», renchérit M. Boileau. «Il me semble que ça va me faire du bien... À un moment donné, on a besoin de sortir! En nature, je n’ai pas d’inquiétude. Ce n’est pas un lieu de rassemblement.»

Et qui sait, Trois-Rivières bénéficiera peut-être de retombées touristiques insoupçonnées en raison de ce qu’elle a construit au cours des dernières décennies.

«Que le Cirque du Soleil soit là ou pas, il reste que la ville a gagné en notoriété», croit M. Rioux.