Dimanche, la grande marche pour le droit au logement organisée par le FRAPRU s’est arrêtée à Trois-Rivières.

Trois organismes interpellent le provincial

TROIS-RIVIÈRES — «Il faut donner un grand coup et régler les problèmes. Pour faire réellement une différence, nous avons besoin de 50 000 logements sociaux en 5 ans et une hausse du salaire minimum à 15 $ de l’heure», s’est exclamée Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU.

À une semaine des élections provinciales, le FRAPRU, le Collectif pour un Québec sans pauvreté et le Front commun des personnes assistées sociales du Québec unissent leurs voix pour demander aux partis qui aspirent à prendre le pouvoir de prendre des engagements ambitieux pour lutter contre la pauvreté. «Actuellement, les mesures en place sont comme une goutte d’eau dans l’océan. En plus, ce n’est pas parce que nous n’avons pas les moyens en tant que société, ce sont des choix politiques que nous faisons. Nous avons les moyens de venir en aide à ces gens», estime Diane Vermette du Comité logement Trois-Rivières.

Dimanche, la grande marche pour le droit au logement organisée par le FRAPRU s’est arrêtée à Trois-Rivières. Les marcheurs ont quitté Ottawa le 2 septembre dernier et compléteront leur périple de 550 km cette semaine lors de leur arrivée à Québec. Leur objectif est d’attirer l’attention des politiciens et leur rappeler la réalité quotidienne que vivent une bonne partie des électeurs.

«La région métropolitaine de Trois-Rivières présente un revenu médian des ménages-locataires parmi les plus bas au Québec. Selon les données du dernier recensement, 3235 ménages-locataires consacrent plus de 50 % de leur revenu en loyer et ce revenu médian n’est que de 10 411 $ par année», affirme Mme Vermette. Elle ajoute que c’est le comté de Maskinongé qui est le plus touché en terme de pauvreté et c’est également l’endroit qui affiche un taux d’analphabètes le plus élevé.

Devant près d’une centaine de personnes, Raymonde a expliqué ce que cela a changé pour elle d’avoir accès à un logement social.

Mme Vermette soutient que normalement, le coût du loyer ne devrait pas excéder plus de 30 % du revenu. «Il n’y a plus aucune construction de loyer à prix modiques (HLM) depuis 1994. Nous avons besoin de plus de logements sociaux hors du marché privé pour aider les gens. Les listes d’attente sont trop longues. Ça prend des années avant d’avoir une place et parfois, les familles qui auraient pu s’en sortir avec un coup de main se sont enfoncées pendant cette période d’attente», précise-t-elle.

Un logement social, ça change quoi?
Il y a dix ans, Raymonde a finalement eu accès à un logement social après quelques années d’attente et d’essoufflement financier. Dimanche, devant près d’une centaine de personnes, elle a expliqué ce que cela a changé pour elle. «Avoir la chance d’habiter dans une coopérative d’habitation m’a permis d’avoir des sous pour mieux manger, m’acheter un peu de vêtements et mettre quelques dollars de côté, pour mes vieux jours. Pas beaucoup, mais un peu», dit-elle fièrement juste avant de renchérir: «Je peux aussi gâter mon petit fils en l’invitant deux à trois fois par année à jouer un mini-golf avec moi. Ça le rend vraiment heureux!», s’est exclamée Raymonde, la voix empreinte d’émotion et de reconnaissance.

Le plein emploi?
Alors que le Parti libéral affirme que la Mauricie se porte bien et affiche un taux d’assurance emploi bas, les trois organismes sont d’un autre avis. «Des emplois, mais à quel salaire?», questionnent les organismes. En effet, les trois organismes estiment que les grands oubliés, ce sont les travailleurs qui œuvrent au salaire minimum. «Le travail ne tient pas sa promesse de sortir les gens de la pauvreté. Au salaire minimum, ce n’est pas facile d’arriver et nous avons plusieurs personnes qui travaillent et qui malgré tout, ont besoin des banques alimentaires pour nourrir leur famille», raconte Virginie Larivière, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté. C’est pourquoi les trois organismes militent pour une hausse du salaire minimum à 15 $ de l’heure.

Les trois organismes réclament également une hausse des prestations de l’aide sociale. «Lorsque nous connaissons les coûts des loyers, l’insuffisance de la prestation pour répondre aux autres besoins essentiels que de se loger devient particulièrement flagrante», a souligné Marie-Josée Tardif, coordonnatrice adjointe chez COMSEP.

Une affirmation incendiaire
Le 20 septembre dernier, Philippe Couillard, le premier ministre libéral sortant, avait soutenu en entrevue sur les ondes d’Énergie 94,3 qu’il était possible de nourrir une famille avec 75 $ par semaine. Une information qui a littéralement enflammé les réseaux sociaux et qui a choqué les trois organismes présents dimanche. «Il ne doit pas faire son épicerie ce premier ministre! Permettez-moi de dire que nous sommes en colère», a lancé Mme Tardif. «Est-ce qu’éplucher les circulaires et les spéciaux est un plan de lutte à la pauvreté? Non!», s’est enflammée Virginie Larivière.

Dimanche, les marcheurs ont quitté Trois-Rivières en direction du comté de Champlain. Ils arriveront à Québec le 29 septembre où se tiendra une manifestation de clôture. «Là, nous marchons, mais nous ne lâcherons pas le morceau», a terminé Mme Tardif avant de prendre part à la marche.