Antoine Belisle-Cyr, président de l’AGEUQTR.
Antoine Belisle-Cyr, président de l’AGEUQTR.

Tricherie: l’AGEUQTR se questionne sur les affirmations des professeurs

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — L’Association générale des étudiants de l’UQTR se dit consciente que la tricherie est un phénomène qui existe bel et bien dans les universités. Sans en banaliser les conséquences, toutefois, l’AGEUQTR pense que le Syndicat des professeurs, qui a fait état de la situation dans nos pages, tout récemment, «jette le bébé avec l’eau du bain».

«On déplore que face à la situation qui est vraiment anxiogène et qui touche encore plus la population étudiante il y ait ce genre de procès d’intention envers les étudiants la veille de la semaine des examens et des travaux de fin de session», indique Antoine Belisle-Cyr, président de l’AGEUQTR.

«On a remarqué qu’il y a un climat de suspicion, de paranoïa même qui est palpable. Les étudiants dénoncent des mesures abusives de la part des professeurs», réplique M. Belisle-Cyr.

Ce dernier raconte notamment que lors d’un examen virtuel, un professeur a demandé que la caméra soit ouverte, et «c’est normal», dit-il, mais il a aussi exigé «d’avoir un miroir installé derrière l’étudiant pour bien vérifier qu’il ne triche pas sur son écran d’ordinateur».

«On aurait vraiment voulu que ça reste un cas isolé, mais on remarque que le climat de suspicion est réel», dit-il. «Aucune étude ne démontre qu’il y a plus de tricherie à distance qu’en présentiel. Ce n’est pas une variable qui a été mesurée», affirme-t-il.

L’AGEUQTR reconnaît que ce sont les agissements de «quelques profs», ajoute Antoine Belisle-Cyr. «On aimerait ça que les profs reconnaissent aussi que ce sont quelques étudiants qui trichent et non l’ensemble.»

Le président du Syndicat des professeur(e)s de l’UQTR, Gilles Bronchti, soulignait récemment qu’il avait constaté une hausse de 10% dans les notes lors des examens à distance. Le président de l’AGEUQTR estime que ce phénomène «peut être relié à plein d’enjeux autres que la tricherie», comme le soupçonnent les professeurs. «Il y a des étudiants qui, dans le confort de leur propre environnement de travail, performent mieux. Il y a des étudiants pour qui une salle de classe bondée d’étudiants ne représente pas un climat favorable à la concentration lors d’un examen. Il y a des étudiants pour qui, du fait qu’ils ont étudié chez eux et qu’ils font leur examen chez eux, c’est plus facile», dit-il.

Avant d’affirmer que les notes sur les examens à distance grimpent parce qu’il y a de la tricherie, l’AGEUQTR croit qu’une étude s’impose pour analyser la situation dans l’ensemble des groupes-cours.

«En recherche, on se base toujours sur des faits, pas sur des présomptions. Donc, ça nous amène à nous questionner sur les réelles motivations du Syndicat à faire ces déclarations-là», fait valoir le président de l’AGEUQTR.

«Est-ce qu’il met sur la place publique un doute sur la formation à distance? Est-ce que les professeurs ont réellement adapté leurs cours, incluant les modalités d’évaluations qui ont été données par l’UQTR? Les formations aux professeurs que l’Université a faites sont-elles mises à profit? Est-ce que le financement supplémentaire qui a été donné aux départements sert réellement à l’embauche d’auxiliaires en enseignement pour alléger la tâche de correction des évaluations lorsqu’il y a des questions à développement?» se questionne l’AGEUQTR.

«On considère que l’utilisation de logiciels de surveillance n’est pas une bonne avenue parce qu’il y a beaucoup de risques reliés aux données personnelles et au respect de la vie privée», ajoute M. Belisle-Cyr. Depuis quelques années, rappelle-t-il, on s’aperçoit que «les données personnelles ne sont jamais protégées». À ce chapitre, il rappelle ce qui est arrivé avec le vol des données chez Desjardins.

«Les acteurs de l’Université vont devoir faire un travail d’autocritique et tirer des constats lorsque la crise va être derrière nous et faire un travail de sensibilisation auprès des personnes concernées», prévoit-il.