Les Artisans de la paix préparent une grande fête pour leur 30e anniversaire. On voit sur la photo Vicky Trudel, superviseure de la friperie Nouveau départ, et Robert Tardif, directeur général des Artisans.

Trente ans d’entraide

TROIS-RIVIÈRES — Difficile de se faire une idée de la pauvreté à Trois-Rivières. Mais imaginez 673 enfants. C’est beaucoup d’enfants. Ça remplit une école. Six cent soixante-treize, c’est le nombre d’enfants de 12 ans et moins qui se trouvaient sur la liste des paniers de Noël des Artisans bénévoles de la paix l’année dernière.

Le visage de la pauvreté, les Artisans bénévoles de la paix le connaissent. Ils le côtoient depuis maintenant 30 ans. Trente ans que cet organisme vient en aide aux plus démunis. Un anniversaire qui sera souligné, vendredi, de 10 h à 14 h, au 700 rue Sainte-Cécile, à Trois-Rivières, par de nombreuses festivités aux accents de fête foraine.

«Les Artisans font de l’entraide depuis 30 ans. Malheureusement, on va en faire encore. Je dis malheureusement parce que l’idéal, ce serait qu’il n’y ait plus de pauvreté dans notre communauté, mais malheureusement, il y en a encore. Et nous, on va être encore là pour aider les gens, pour les accueillir», mentionne Robert Tardif, directeur général des Artisans.

Musique, jeux gonflables, maquillage pour enfants, barbe à papa et maïs soufflé sans oublier un rallye, de nombreuses activités sont planifiées. Sur l’heure du midi, un méchoui est prévu. De plus, en matinée, une dame va venir témoigner de l’impact de la maladie mentale dans sa vie. Un autre usager va parler de ce qui l’a conduit sur le chemin de la pauvreté et présenter une prestation musicale. Toute la population est la bienvenue et une invitation spéciale est lancée aux anciens employés et bénévoles.


« Les Artisans font de l’entraide depuis 30 ans »
Robert Tardif, directeur général

Cette fête d’anniversaire sera l’occasion de revenir sur les activités et les réalisations de l’organisme. La mission des Artisans de la paix est de combler les besoins de base des personnes en difficulté. «On aide les gens à aller rechercher leur dignité. Souvent, ils sont au fond du baril. Ils n’ont plus rien. On les aide à cheminer vers une autonomie accrue», explique M. Tardif. Les Artisans les appuient grâce à divers services, dont la tablée populaire, des friperies, le magasin de meubles et d’articles ménagers, etc.

Et depuis les 30 dernières années, la pauvreté n’est pas en perte de vitesse. Même si le marché de l’emploi roule à plein régime, elle est loin de diminuer au même rythme que le taux de chômage.

«Au cours des dernières années, la situation s’est détériorée. On faisait environ 1500 paniers par année quand je suis arrivé ici (il y a 10 ans, NDLR). On est rendu à 1700, et on est même déjà monté à 1760. Là, je dirais que c’est resté élevé, mais c’est stabilisé. On a aussi environ 150 familles qui viennent chaque semaine chercher de la nourriture, et ça c’est resté stable, ça ne diminue pas», indique le directeur général.


« Il y a beaucoup de familles, de jeunes ou de travailleurs au salaire minimum qui n’arrivent pas et qui viennent nous voir »
Nicole Bélanger, adjointe administrative

Les Artisans de la paix ont aidé plusieurs milliers de personnes depuis leur fondation. Juste l’an dernier, dans le cadre des différents services qu’ils offrent, ils ont servi quelque 70 000 repas. Si la pauvreté ne disparaît pas, elle change. «Je trouve que le visage de la pauvreté en général évolue. On voit beaucoup de jeunes familles qui veulent travailler, des travailleurs, mais qui, au bout du compte, n’arrivent pas plus à remplir leur réfrigérateur», déplore Vicky Trudel, superviseure de la friperie Nouveau départ. «On a beaucoup de familles, de jeunes étudiants, ce qu’on ne voyait pas avant», ajoute-t-elle. «Il y a beaucoup de familles, de jeunes ou de travailleurs au salaire minimum qui n’arrivent pas et qui viennent nous voir pour qu’on leur donne un coup de main», renchérit Nicole Bélanger, adjointe administrative.

Mme Bélanger travaille aux Artisans de la paix depuis 25 ans. Au cours de ces années, elle a vu croître une grande entraide entre les organismes. Elle se réjouit aussi de l’implication grandissante des bénévoles qui viennent de toutes les sphères de la communauté. Et les jeunes ne font pas exception. «Les jeunes sont de plus en plus intéressés à participer, à aider leur prochain.»

Elle a aussi remarqué que la pauvreté n’est plus l’apanage des premiers quartiers. «Avant la pauvreté était plus concentrée dans Sainte-Cécile, maintenant on s’aperçoit qu’il y en a partout; au Cap, à Saint-Louis-de-France, à Pointe-du-Lac, à Trois-Rivières-Ouest. Il y a de la pauvreté dans toutes les paroisses maintenant.»