Le nouveau réseau d’égout autour du lac à la Tortue n’a pas fini d’alimenter les discussions à Shawinigan.
Le nouveau réseau d’égout autour du lac à la Tortue n’a pas fini d’alimenter les discussions à Shawinigan.

Travaux autour du lac à la Tortue: les réponses viendront un jour

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Bien qu’il ne veuille pas donner trop de détails sur l’évolution des négociations en cours, le maire de Shawinigan, Michel Angers, assure que des réponses seront données un jour à la population pour mieux comprendre le dernier droit du chantier pour l’installation d’un nouveau réseau d’égout et le prolongement de l’aqueduc autour du lac à la Tortue.

En assemblée publique mardi soir, il laissait plutôt entendre que ces détails relevaient de la régie interne et qu’il ne souhaitait pas les étaler sur la place publique. Il répondait alors aux questions de Robert Houle, qui rappelait qu’à peu près à pareille date l’an dernier, la Ville reconnaissait que les coûts de ce chantier surpasseraient finalement le budget de 6,8 millions $. Un an plus tard, les dernières estimations s’établissent plutôt à 52,5 millions $, soit environ 600 000 $ de plus que ce qui avait été annoncé en mars 2019.

À ce moment, M. Angers avait assuré que la lumière serait faite au sujet de cette escalade subite. Bien que les grandes lignes de cette facture supplémentaire aient été dévoilées, on ne sait toujours pas comment la Ville a pu être bernée de la sorte. M. Angers avait passé l’automne 2018 à rassurer les citoyens sur le respect des estimations, avant d’être confronté à une surprise de 6,8 millions $ à la mi-décembre. Trois mois plus tard, il dévoilait publiquement le pot aux roses.

M. Houle souhaitait savoir si la Ville avait terminé son enquête à l’interne pour en savoir un peu plus sur les dessous de ces événements.

Sur le coup, M. Angers n’a pas démontré beaucoup d’ouverture. En entrevue, il mentionne que les citoyens finiront par obtenir des réponses, mais pas pendant les négociations qui s’enclenchent pour récupérer des sommes.

«J’ai déjà identifié les fautifs pour les mauvaises évaluations qui ont été faites», indique M. Angers. «Nous avons à discuter avec la firme d’ingénieurs (Pluritec) et l’entrepreneur (Allen) pour voir comment on va s’en sortir. Ces négociations se feront à l’interne.»

Le maire de Shawinigan a rencontré récemment le sous-ministre du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire et le directeur général des infrastructures. Il a appris que si Québec avait reçu une demande de soutien pour un projet de 52,5 millions $, les citoyens seraient vraisemblablement demeurés avec leurs fosses septiques. «On n’aurait rien eu», comprend le maire. «À 43 millions $, on était accoté au maximum. Ça a tout pris pour l’avoir.»

«Quand tout sera réglé, vous aurez les détails» ajoute-t-il. «Mais tant que les négociations ne seront pas finies, on n’en parlera pas.»

L’un des enjeux des prochains mois consistera à rapatrier un montant de 1,8 million $, qui représente la différence entre l’aide financière annoncée en janvier 2017 par Ottawa et Québec et la subvention finale. La différence s’explique par des contrats accordés à des montants moins élevés que prévu. Il ne s’agissait toutefois que d’un écran de fumée, puisque les innombrables directives de changement ont finalement fracassé le budget initial.

En assemblée publique mardi, les élus ont adopté deux résolutions pour obtenir l’autorisation de prolonger le délai pour produire la réclamation finale de dépenses admissibles de ce projet et le rapport d’audit au MAMOT. Normalement, ces documents auraient dû être fournis trois mois après la fin des travaux, soit vers la fin mars. La Ville demande que cet échéancier soit repoussé au 31 octobre 2020.

Curieux départ

Rappelons qu’en pleine crise l’an dernier, le directeur des Services techniques, Claude Larocque, quittait ses fonctions à la Ville de Shawinigan. Il représentait alors un élément important du lien entre l’hôtel de ville et le projet du secteur Lac-à-la-Tortue, de sorte que son départ ne pouvait que susciter des questions.

Les deux parties n’ont jamais voulu établir de lien entre ce chantier et cette retraite inattendue. En fait, M. Larocque a quitté son emploi le 6 mars, soit le lendemain de la conférence d’information confirmant le dépassement de coûts de 6,8 millions $. En raison de congés et de vacances accumulés, son lien d’emploi avec la Ville de Shawinigan s’est terminé le 29 juin 2019.

À la suite d’une demande d’accès à l’information, Le Nouvelliste a constaté que M. Larocque avait touché une «indemnité de départ» de 30 000$ à la suite de cette séparation. La plus grande partie de cette entente est caviardée.

Il s’agissait du septième cas d’allocation versée à un cadre après une fin d’emploi à Shawinigan depuis la fusion municipale. Habituellement, ces montants ne sont pas accordés en vue d’une retraite.

La Ville a versé près de 600 000 $ en indemnités à ces hauts fonctionnaires, dont 218 400 $ à Marc Beaulieu, l’ex-directeur général sorti de l’hôtel de ville avec du goudron et des plumes en 2004.

«La version que j’ai donnée au sujet de M. Larocque demeure la même: il a pris sa retraite», réitère le maire. «Je n’entrerai jamais dans les détails des montants versés au fil du temps. C’est de la régie interne.»