Claude Vaugeois se pose bien des questions sur les dépassements de coûts dans le secteur Lac-à-la-Tortue.

Travaux à Lac-à-la-Tortue: que de questions sans réponses...

Shawinigan — Même si la Ville de Shawinigan avait déjà expliqué en long et en large les raisons des dépassements de coûts pour le chantier d’assainissement des eaux usées et d’aqueduc autour du lac à la Tortue, même si le maire avait déjà exprimé son mécontentement, le sujet a monopolisé 25 minutes lors de la période de questions à la dernière assemblée publique du conseil municipal, mardi soir. Un ingénieur est venu soumettre ses réflexions aux élus, alors que le conseiller du district, Martin Asselin, s’est fait demander par un autre citoyen comment pouvait-il appuyer les nouveaux règlements d’emprunts pour éponger cette facture, qui atteint maintenant près de 52 millions $.

Claude Vaugeois, ex-président de l’Association pour la protection du lac à la Tortue et militant pour la réalisation de cet important projet d’infrastructures, vit maintenant dans le secteur Saint-Jean-des-Piles. Selon sa lecture, les explications de la Ville de Shawinigan au sujet de ces dépassements de coûts, le mois dernier, soulèvent autant de questions qu’elles ne fournissent de réponses.

M. Vaugeois possède une longue expérience comme ingénieur civil dans le domaine municipal. Le maire, Michel Angers, lui a donné beaucoup de latitude lors de son intervention, qui a duré 14 minutes.

Lorsqu’il décortique les éléments pour expliquer l’augmentation de cette facture, les imprévus de chantier, qui représentent à eux seuls 3,1 millions $, attirent son attention. Après avoir été rassuré par le maire au sujet du déplacement des stations de pompage, effectué sur papier et non pendant les travaux, il a paru étonné par le fait que des différences sur le terrain entre la réalité et les anciens plans municipaux aient gonflé les coûts.

«Dans mon temps, quand j’avais un mandat, je faisais un relevé complet du site où des travaux devaient être faits et j’étais responsable si je passais à côté de quelque chose», relate-t-il. «Je ne me fiais pas sur les anciens plans de la Ville!»

M. Vaugeois glisse n’avoir jamais assisté, au cours de sa vie professionnelle, au dépôt d’un millier de directives de changements pour un chantier comparable. Il déplore également l’ajout de près de 2,5 millions $ de demandes du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques après l’approbation des travaux.

«C’est un projet vraiment exceptionnel...», glisse l’ingénieur.

Ce dernier partage l’étonnement du maire aux frais supplémentaires de 3,65 millions $ sur des erreurs ou omissions observées lors de la planification et l’exécution des travaux. «Il n’y a pas de ponceaux ou d’arbres qui ont poussé entre l’appel d’offres et la réalisation...»

M. Vaugeois observe également qu’en 2017, le projet était évalué à 40 815 000 $ pour les travaux, un montant qui s’établit maintenant à 47 110 000 $. Il s’agit d’une hausse de 15,4 %. Or, les frais pour les honoraires professionnels, eux, sont passés de 3,65 millions $ à 4,8 millions $ au cours de la même période, un bond de... 32 %. Le maire indique que la prolongation des travaux et les nombreuses directives de changements expliquent sans doute cette différence.

«Tout est une question de planification», convient M. Angers. «Quand on embauche une firme d’ingénieurs pour qu’elle soit nos yeux et nos oreilles, elle doit être en mesure de planifier, d’organiser, de voir au nombre d’équipes... Je vous le donne en mille, on a vu que ce n’est pas tout à fait ce qui est arrivé.»

En séance publique, la firme en question, Pluritec, a obtenu un montant supplémentaire de 447 000 $ pour couvrir le temps de surveillance du chantier du 1er avril au 15 août 2019. Ce montant est inclus dans le nouveau budget de 4,8 millions $ pour les honoraires professionnels, dont le règlement a été adopté mardi, tout comme celui de 47,1 millions $ couvrant l’ensemble des travaux.

Conseiller interpellé

Le maire répète que la Ville souhaite récupérer des sommes d’argent dans cet épineux dossier. Ces nobles intentions ne convainquent toutefois pas Robert Houle, outré par ces coûts supplémentaires alors que le maire avait passé l’automne à rassurer la population sur le respect du budget prévu. Il a interpellé le conseiller du district des Boisés, Martin Asselin, pour savoir si, à son avis, les résidents du secteur devaient assumer ces frais supplémentaires de 6,8 millions $.

«Dans votre suivi des travaux, avez-vous questionné ou êtes-vous resté sourd et muet?», a-t-il lancé. M. Asselin assure qu’il travaillera aussi à récupérer des montants d’argent, mais avant tout, il souhaite que le chantier se termine.

M. Houle a fait la liste des ajouts annoncés lors de diverses séances publiques en 2018 et il ne comprend pas comment le conseil municipal a pu avaler ces couleuvres sans soupçonner une explosion des coûts. «Et nous, les gens du secteur Lac-à-la-Tortue, on devrait juste dire: bof?», questionne-t-il. « Une série de personnes devraient être imputables. Vous nous demandez de prendre ça et de fermer notre boîte?»

M. Angers rappelle que les élus ne sont pas des ingénieurs et qu’ils étaient rassurés tout au long de l’année dernière. «À notre avis, nous avons fait le meilleur de nous-mêmes», avance le maire.