Des dizaines d’employés du CHSLD Saint-Maurice sont venus manifester devant l’établissement, lundi midi.
Des dizaines d’employés du CHSLD Saint-Maurice sont venus manifester devant l’établissement, lundi midi.

Travailleurs de la santé: la CSN hausse le ton

SHAWINIGAN — Les travailleurs de la santé n’acceptent plus le double discours du gouvernement caquiste, qui les qualifie d’anges gardiens un jour avant de suspendre certaines conditions de travail le lendemain.

Cette semaine, la Confédération des syndicats nationaux effectue une tournée de manifestations jusqu’à jeudi. L’exercice de sensibilisation a débuté lundi midi, devant le centre d’hébergement Saint-Maurice de Shawinigan. Le Centre hospitalier affilié universitaire régional de Trois-Rivières et les centres d’hébergement et de soins de longue durée Frederick-George-Heriot de Drummondville et Le Roseau et du Chêne de Victoriaville seront également visités cette semaine.

«Le gouvernement utilise divers arrêtés ministériels qui briment nos conditions de travail», déplore Pascal Bastarache, président du Syndicat pour le personnel paratechnique, les services auxiliaires et les métiers (CSN).

«Nous trouvons complètement inacceptable que M. Legault exprime sa gratitude envers ses anges gardiens et qu’en même temps, il nous force à travailler obligatoirement à temps complet, à annuler nos vacances, bref, à brimer nos conditions de travail, dans un contexte où ça fait des années que nous sommes surchargés, épuisés.»

M. Bastarache profite de l’occasion pour inviter le gouvernement à «respecter sa propre loi sur l’équité salariale pour certains types d’emplois, comme les auxiliaires aux services de santé et sociaux, les préposés aux bénéficiaires, les assistantes techniques seniors en pharmacie» et à accorder des hausses de salaire supérieures à l’inflation à ces travailleurs, afin d’éviter que leur pouvoir d’achat s’effrite.

Le représentant syndical assure que la tournée de cette semaine ne représente que la pointe de l’iceberg. «Nous avons énormément de demandes, à travers la région, de nos membres qui veulent se faire entendre», observe-t-il.

Au centre d’hébergement Saint-Maurice, M. Bastarache confie qu’il s’agit d’une situation d’autant plus particulière qu’aucun cas de COVID-19 n’a été décelé depuis le début de la crise. L’établissement compte 165 lits.

«Pourtant, le gouvernement s’autorise à rehausser la charge des personnes de façon obligatoire ou d’annuler des congés», déplore M. Bastarache. «C’est vraiment une aberration. Malgré les intentions louables du gouvernement, on épuise le personnel.»

La députée de Laviolette - Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, a dû défendre la gestion de son gouvernement auprès notamment de Pascal Bastarache de la CSN.

«Les irritants portent sur l’obligation de travailler cinq jours, même si, par exemple, des mères monoparentales travaillaient trois ou quatre jours», explique Éric Landry, délégué syndical CSN à Shawinigan et préposé aux bénéficiaires. «Des gens en préretraite sur quatre jours reviennent sur cinq jours. Travailler avec les masques nous amène aussi plus de pression avec nos aînés. C’est plus difficile.»

«En ce qui concerne les vacances, nous sommes sur le qui-vive», ajoute M. Landry. «Nous sommes supposés avoir deux semaines, mais on se demande si nous les aurons vraiment. Ça amène un stress de plus.»

M. Bastarache recense environ 650 membres en arrêt de travail à l’heure actuelle en Mauricie et au Centre-du-Québec, sans compter les démissions qui s’accumulent.

«Des personnes sont forcées, en raison des gestes du gouvernement, de choisir entre la vie familiale et leur passion», constate M. Bastarache. «C’est vraiment un choix déchirant. Avant que ça s’aggrave, on demande le gros bon sens.»

Comité d’accueil

La députée de Laviolette - Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, s’est déplacée sur les lieux de la manifestation peu avant midi. Elle a été accueillie par M. Bastarache, mais aussi par Paul Lavergne, président du Conseil central du Coeur du Québec (CSN) et Marie-Line Séguin, vice-présidente régionale de la Fédération de la santé et des services sociaux.

Mme Tardif considère que dans un contexte de manque de personnel, il faut s’attendre à ce que des employés à temps partiel soient davantage sollicités. Par contre, elle assure que le gouvernement demeure sensible aux préoccupations des travailleurs de la santé en cette période exceptionnelle.

«Un décret a été imposé parce que c’est une situation de crise» rappelle-t-elle. «Il faut s’en sortir tous ensemble. Nous sommes conscients que nous leur en demandons beaucoup, mais malgré ce qui est véhiculé, il n’y aura pas d’arrêté ministériel pour les vacances. Les gens pourront en prendre et ils en auront besoin.»

«L’éventail de semaines sera plus large que l’éventail normal», convient-elle. «On veut éviter une rupture de services. C’est certain que si tout le monde voulait prendre ses vacances en juillet, vous comprendrez que ce ne sera pas possible. Des ajustements seront nécessaires.»

Mme Tardif a profité de cette mêlée de presse pour glisser que les problèmes structurels en santé remontent à plusieurs années.

«Depuis 18 mois, malheureusement, on ramasse les pots cassés», laisse-t-elle tomber. «Ces demandes remontent à 2010. C’est à nous, à la CAQ, de régler ces problèmes. Aucun gouvernement n’aurait pu être aussi efficace en gestion de crise, mais ça demande des efforts de tout le système de santé et des employés en particulier. On les remercie! Est-ce que c’est parfait? Non, ce n’est pas parfait.»