Patrick Bergeron est col bleu pour la Ville de Magog. Depuis le début de la pandémie, il a remarqué que le regard que les citoyens portent sur ses collègues et lui a changé. Et pour le mieux.
Patrick Bergeron est col bleu pour la Ville de Magog. Depuis le début de la pandémie, il a remarqué que le regard que les citoyens portent sur ses collègues et lui a changé. Et pour le mieux.

[AU FRONT] Patrick Bergeron, col bleu: nouveau regard, plusieurs sourires

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) poursuivent aujourd’hui une série de portraits de ceux pour qui il n’y a pas d’isolement à la maison. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

Patrick Bergeron fait partie de la soixantaine de cols bleus de la Ville de Magog qui sont toujours au travail malgré la pandémie pour assurer le bon fonctionnement des aqueducs et des égouts, l’entretien des bâtiments et de l’équipement, le nettoyage et les réparations de l’ensemble du réseau routier et aussi faire de la sensibilisation à la COVID-19 dans les parcs. Le représentant syndical raconte comment la pandémie a modifié les méthodes de travail des cols bleus, mais aussi le regard de la population à leur égard.

Q - Comment votre travail a été transformé par la COVID-19?

R - On a divisé les équipes de travail et les quarts de travail pour qu’on soit de plus petits groupes et qu’on se croise le moins possible. Tous les cols bleus permanents sont au travail alors que les temporaires sont au chômage. Maintenant, on désinfecte les camions, l’équipement et les outils tous les jours. Aussi, si une équipe travaille une portion de la semaine et une autre le restant, toutes les installations sont désinfectées que ce soit les poignées de porte ou les rampes de nos départements. La cafétéria a également été divisée en sections pour qu’on ne mange pas avec des gens avec qui on ne travaille pas et il y a des horaires pour les dîners. Les travailleurs ont chacun leurs sections, les départements chacun leurs camions. C’est une grosse gestion.

Q - Est-ce que les cols bleus ont peur d’entrer au travail?

R - C’est certain qu’il y a des craintes chez les travailleurs, mais ils savent qu’on est un service essentiel et ils n’entrent pas au travail à reculons. On est là pour la population. Il y a des gens qui m’appellent pour me dire qu’ils ne sont pas en sécurité et on essaie de trouver des solutions. À titre de représentant syndical, je suis le lien entre les employés et l’employeur. On a généralement une bonne collaboration de la Ville et on trouve des moyens d’aider les travailleurs. On met en place des solutions. Par exemple, le désinfectant. On en a pour chaque camion et chaque employé et on a aussi des gants et des masques à notre disposition.

Q - Est-ce que la pandémie a changé quelque chose dans la façon de percevoir votre travail?

R - Je pense que les citoyens nous apprécient davantage aujourd’hui. Parce que souvent les cols bleus, on a une réputation spéciale comme celle d’être accotés sur nos pelles et d’attendre nos gros fonds de pension. Mais présentement, tout le monde nous salue avec un grand sourire. On n’a jamais vu ça. Je ne sais pas si c’est parce qu’ils se rendent compte qu’on est vraiment essentiel. Comme moi, je suis aux égouts et aqueducs. S’il y a un refoulement, on est essentiel. Certains réalisent qu’ils peuvent manquer d’électricité pendant trois jours, mais leur toilette et l’eau potable, ils ne peuvent pas s’en passer. Je ne sais pas si ça fera changer la vision du monde sur bien des choses et si ces changements seront permanents, mais c’est ce que j’observe présentement.

On a même dû expliquer aux gens de garder leur distance, car il y a beaucoup de monde qui marche dans les rues et qui venait nous parler de près. Ça nous fait plaisir d’expliquer aux gens ce qu’on fait et pourquoi on le fait, mais au départ, les gens venaient trop près et, veux veux pas, on est à risque de contracter le virus.

Q - Quels impacts ce changement d’attitude a eu sur le moral des cols bleus?

R - C’est certain que cela a un effet positif. À condition d’être en sécurité, oui, les cols bleus sont contents d’aller travailler et sont fiers de leur travail. C’est sûr qu’on est à effectif réduit, mais on fait tout pour offrir le service du mieux qu’on peut. On sait, par exemple, que de passer le balai dans les rues, c’est important. Les gens marchent, font du vélo. Ils circulent et eux aussi doivent le faire en toute sécurité. On est très conscient de l’importance de notre travail et on veut le faire pour satisfaire tout le monde. On est là, on n’a pas le choix, on est essentiel et les citoyens s’en rendent davantage compte, je crois. Notre but premier est de les servir.