Pierre-Marc Doucet s’est temporairement converti en commis d’épicerie. 
Pierre-Marc Doucet s’est temporairement converti en commis d’épicerie. 

[AU FRONT] Joindre l’utile à l’essentiel

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison ni télétravail. Ces héros du quotidien qui montent la garde dans nos vies chamboulées.

Au lieu de regarder son entreprise asphyxier durant la pandémie, Pierre-Marc Doucet s’est temporairement converti en commis d’épicerie. Le copropriétaire de PM-Ö Terroirs et distinction, qui fabrique et distribue notamment les vinaigrettes Lökkö, n’a pas pu toucher l’aide gouvernementale pour les entreprises puisque la sienne n’était pas encore rentable quand la pandémie s’est déclarée. Par chance, l’entreprise de Pierre-Marc Doucet et de sa conjointe Odile Gagnon avait connu une bonne année avant que tous les évènements et les salons où ils vendent leurs produits soient annulés. Ces ventes représentaient le revenu principal de PM-Ö Terroirs et distinction. Maintenant, ce sont les 40 heures travaillées chez Maxi chaque semaine par Pierre-Marc Doucet qui permettent d’assurer le fonds de roulement de l’entreprise.

Q À quoi ressemblait votre quotidien avant la mi-mars ?

R Nos vinaigrettes Lökkö étaient vraiment devenues la locomotive de notre compagnie dans les dernières années. Je m’occupais autant de la production, de la vente que de la représentation de nos produits. On avait beaucoup de salons de cédulés et on faisait beaucoup d’aller-retour entre Québec et Montréal puisque Montréal demeure notre plus gros marché. 

Comment avez-vous pris la décision d’aller travailler dans un Maxi pour aider votre entreprise?

R On m’a élevé en me disant qu’il fallait se débrouiller et trouver une solution par soi-même. Le 13 mars, tout est tombé un peu mort pour nous. Nos principaux revenus sont en salons et tous les salons sont annulés jusqu’en septembre. J’ai donc décidé que pour préserver l’entreprise j’allais travailler. Je fais 40 heures par semaine au Maxi à côté de chez moi. J’avais commencé avec la livraison d’épiceries, puis finalement j’ai décidé d’être commis dans un Maxi. C’est bon que je travaille, ça me permet d’être dans le moment présent.

Q Pourquoi avoir préféré être commis d’épicerie plutôt que suivre votre idée initiale qui était d’être livreur d’épiceries ?

R Au début, vu la nature de mon entreprise, je me suis dit que je pouvais livrer des épiceries, c’était un peu complémentaire. J’ai travaillé une journée comme livreur. J’ai eu une super belle journée, mais j’ai préféré travailler au Maxi près de chez moi.

Je trouvais qu’il y avait beaucoup de frais associés au véhicule et que ce n’est pas nécessairement une source de revenu stable. Comme livreur, les horaires peuvent varier, ton salaire dépend du pourboire et des commandes. C’est 4 $ la livraison. Il faut en faire beaucoup pour faire un revenu qui a de l’allure. Tandis que comme salarié, mon salaire est assuré et je peux planifier mes paiements. Je trouvais que le poste de commis était plus stable et sécuritaire.

Q Êtes-vous inquiet de vous exposer au virus dans le cadre de votre emploi ?

R Ça ne m’inquiète pas. Mes parents oui, mes beaux-parents aussi, mais ce n’est pas quelque chose qui m’inquiète terriblement. Ça stresse plus mon entourage. En fait, je trouve cela moins stressant que si j’allais livrer des épiceries, parce que là on rentre vraiment dans les maisons pour personnes âgées. 

Q À quoi ressemble votre quotidien maintenant ?

R Je fais deux à trois heures pour mon entreprise le matin, après je vais travailler au Maxi. Je suis vraiment commis sur le plancher. Je fais une job de bras, ce que je ne suis pas habitué de faire. Je suis habitué au montage de salon, ce qui est quand même physique, mais là je compare ça à monter un salon pendant 8h durant une semaine. Je fais à peu près 18 000 pas par jour.

Mes journées de congé, je les passe à livrer ou à emballer les ventes en ligne. J’ai comme deux jobs en ce moment, mais Lökkö ne représente que 10 % de mon temps, admettons. Je tente de me reposer entre les deux.

Q Que fait l’autre copropriétaire durant la crise?

R C’est un peu plus compliqué pour elle. Elle souffre présentement. Elle fait de l’arthrite et de la fibromyalgie. Elle n’a pas accès à ses services habituels, alors physiquement c’est plus intense pour elle. Donc, elle a déjà à gérer cette partie-là, mais on travaille en équipe. Odile a aussi son entreprise de bijoux en origami, Ökibo. De la maison, elle s’occupe des commandes en ligne, elle cuisine et elle fait des commissions. Elle s’occupe de notre parenté, de ses parents et de mes parents; les vieux comme on les appelle. Elle fait un peu de tout. On travaille vraiment en équipe. 

Q Combien de temps pensez-vous continuer à travailler chez Maxi?

R Au moins jusqu’au mois de septembre. On évalue la situation chaque mois, parce qu’on ne sait pas s’il va y avoir une augmentation des ventes en ligne. 

Il faut aussi s’assurer d’avoir de la liquidité pour l’après-crise. Les magasins et les boutiques ne recommanderont pas du jour au lendemain et il faut avoir de l’argent pour pouvoir s’inscrire et participer éventuellement aux salons.

Avec le déconfinement, on va pouvoir repartir un peu les activités courantes. On a reçu les premières directives du MAPAQ et on commence à s’inscrire dans les marchés publics cet été. Ça va peut-être me permettre de travailler plus à temps partiel, mais c’est sûr que je vais avoir besoin d’une rentrée d’argent pour relancer l’entreprise.