L’auteur trifluvien Guillaume Morrissette.
L’auteur trifluvien Guillaume Morrissette.

[AU FRONT] D’auteur à livreur... à créateur d’une chaîne de générosité

TROIS-RIVIÈRES — Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui le quotidien continue. Des personnes qui permettent d’offrir quelques sourires dans nos vies chamboulées. 

Au début du confinement, l’auteur Guillaume Morrissette a commencé à donner du temps pour livrer l’épicerie à des gens qui ne pouvaient pas quitter la maison. Celui qui a publié sept romans dont L’affaire Mélodie Cormier, s’est rapidement rendu compte que son temps pouvait être mis à profit pour aider des centaines de personnes en ces temps de confinement. Depuis, l’auteur, qui est aussi chargé de cours à l’Université du Québec à Trois-Rivières, a créé une véritable chaîne de générosité en amassant plus de 5000 $ et en fournissant près de 1000 repas à des gens dans le besoin, un «travail» qui le tient occupé six jours sur sept depuis le début de la pandémie.

Q Comment cette chaîne de générosité a débuté?

R Le directeur de l’épicerie IGA Jean-XXIII où je faisais des livraisons bénévolement a voulu m’offrir une épicerie pour me remercier. Je n’étais pas à l’aise d’accepter parce que je savais que d’autres en avaient plus besoin que moi. Ma conjointe et moi on a donc contacté Tandem Mauricie (NDLR: une ressource destinée notamment aux personnes vivant avec le VIH). On a envoyé cette épicerie-là à leur cuisinière qui a cuisiné pour les bénéficiaires.

Ça a été une révélation. J’ai donc lancé un appel à tous dans mon réseau et on a pu amasser près de 5000 $ à ce jour pour faire d’autres épiceries. Le directeur du IGA nous a aussi donné 500 $. Dans nos amis proches, une famille s’est offerte pour cuisiner 50 repas pour Tandem. Ils ont à leur tour lancé un défi à leur réseau, celui de cuisiner. D’autres familles ont levé la main pour cuisiner elles aussi. C’est une véritable chaîne de solidarité qui est née, c’est parti de pas grand chose et grâce à tous ces gens, ça a fait boule de neige. Après avoir rempli le congélateur de Tandem Mauricie, on a pu aussi fournir plusieurs plats aux Artisans de la paix. On devrait avoir atteint le 1000 plats très bientôt.

Q Vous faites aussi rayonner la littérature à travers le projet?

R J’ai contacté la Société des écrivains de la Mauricie de même que plusieurs auteurs que je connais et on a reçu des livres qui sont tous «coronavirus-dédicacés» par les auteurs. Quand je fais les livraisons d’épicerie, j’essaie d’inclure un livre pour certaines personnes, en prenant en considération leurs goûts ou encore en incluant un roman jeunesse quand il y a des enfants dans la famille. On fait connaître les auteurs d’ici du même coup, c’est génial!

Q Pourquoi avez-vous senti le besoin de vous impliquer de la sorte?

R Je ne me sentais pas capable de rester chez moi, il fallait que je fasse quelque chose. En même temps, c’est du bénévolat qui va parfaitement avec ma personnalité. Je suis une personne super efficace, super organisée, mais à une seule condition: que je ne m’enfarge pas dans les détails bureaucratiques. Ce qu’on fait présentement, c’est un fonds d’investissement de bonheur pour lequel j’ai carte blanche. L’autre jour, en allant livrer les plats chez Tandem, j’ai pris deux plats et je suis allé me promener au centre-ville. Je les ai remis à une fille et sa mère qui étaient dans le besoin. C’est ça que j’aime, c’est qu’on peut faire ce qu’on veut de cette chaîne de générosité. Il n’y a pas de limites.

Q Il y aura pourtant une fin un jour, lorsque vos occupations professionnelles reprendront. Croyez-vous qu’il sera difficile pour vous d’arrêter le projet?

R Oui, ça va être difficile. En même temps, la structure normale de ces organismes est différente que lors du confinement. Normalement, ils peuvent avoir un contact quotidien réel avec les usagers. Ce contact, il va revenir. Ce qu’on fait, c’est utile surtout parce que ce contact n’est pas possible en ce moment. Le besoin que l’on comble, il ne sera pas toujours là, alors ça me consolera aussi de savoir que les choses sont rentrées dans l’ordre.

Q Comment croyez-vous que cette expérience va influencer votre travail d’auteur dans le futur?

R Sur le plan de l’inspiration, je crois bien qu’il n’y aura plus jamais rien de pareil pour aucun auteur. Le coronavirus nous a appris très concrètement que pour l’humanité, tout peut réellement basculer en l’espace de quelques semaines. Pour les auteurs de fiction, ça vient d’élever le niveau d’un cran (rires).