André-Philippe Côté est caricaturiste au journal Le Soleil depuis plus de 20 ans.
André-Philippe Côté est caricaturiste au journal Le Soleil depuis plus de 20 ans.

[AU FRONT] André-Philippe Côté, caricaturiste: «Les gens ont besoin d’humour»

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui le quotidien continue. Des personnes qui permettent d’offrir quelques sourires dans nos vies chamboulées.

André-Philippe Côté est caricaturiste au journal Le Soleil depuis plus de 20 ans. Un nombre incalculable d’événements de l’actualité a influencé ses dessins, parfois des moments positifs, d’autres un peu plus négatifs. Une pandémie, c’est une première. Depuis que le confinement est ordonné, le caricaturiste permet aux lecteurs de sourire tous les jours. Aussi sérieuse que la situation puisse être, il faut bien se permettre de rire un peu.

Q  Cette crise sanitaire dure depuis plusieurs semaines, les nouvelles du monde entier tournent autour de ce même virus. Comment le confinement change-t-il votre travail?

   La vie est la même, je sors peu, je dessine à la maison et j’envoie mes dessins à la rédactrice en chef par courriel. Au niveau professionnel par contre, être pendant six semaines sur le même sujet, c’est une pression supplémentaire. Il faut se démarquer, il faut se distinguer des autres, ne pas faire ce qui a déjà été fait, ça devient un long marathon, il faut avoir du souffle longtemps. Il arrive que je fasse un dessin et ensuite je vois que quelqu’un l’a déjà fait et je recommence. Tout le monde a des idées originales, pas juste les caricaturistes.

Il y a des fois où j’ai une petite panique, je cherche des idées et j’ai l’impression de ne rien trouver. Mais ça continue, c’est plus stressant.

Q  La première caricature avec le coronavirus comme thème est parue dans Le Soleil le 24 février. On y voit le célèbre Petit Prince sur une nouvelle planète : «Dessine-moi un vaccin». Le dessin a d’ailleurs connu une ampleur incroyable, même en France et partout dans le monde. Est-ce qu’on avait imaginé une telle tournure des événements?

R    Non! C’est l’événement le plus important, surtout par son amplitude. Ça fait six semaines que je travaille 100 % sur le sujet, je n’ai jamais vu ça. Je ne pensais pas que c’était possible, je n’aurais jamais imaginé quelque chose comme ça. On en parlait, mais on ne se sentait pas du tout menacés. Les gens partaient en voyage. Je suivais la situation quand même, c’était majeur en Chine. Finalement on est dedans, et ce n’est peut-être pas la dernière pandémie.

J’ai essayé de parler d’autres choses, mais ça ne marche pas. J’ai beau essayer, mais on dirait que je ne suis pas sur la même planète. Je prends quelque chose d’extérieur et je le ramène toujours à la pandémie, les gens ne parlent que de ça.

Q    Dans vos dessins, on laisse beaucoup de côté la politique, mis à part quelques exceptions. Vous mettez en scène les familles, les gens qui vivent leur confinement. Et ça semble bien fonctionner, pourquoi?

   J’ai toujours fait ça. Ça me plaît parce que j’ai toujours privilégié une démarche plus sociologique, entrer dans le quotidien des gens plutôt que de s’attaquer aux politiciens. La pandémie, elle touche le quotidien des gens dans leurs relations, leurs déplacements, leur vie. Il n’y a pas meilleur angle. Je l’ai dessiné une fois, le docteur Arruda. C’est un gars bien, il fait une belle job, mais je n’ai pas insisté là-dessus. Ça devient facile un dessin en hommage à Arruda.

Je suis assez étonné de la réponse, ce que je perçois, c’est que les gens veulent rire, ils ont besoin de l’humour. C’est incroyable le nombre de blagues que je reçois chaque jour. Il ne faut pas rire des gens qui ont la maladie ou des choses comme ça, mais on a besoin de respirer, l’humour amène un nouveau souffle.

Le nombre de lecteurs a explosé, le nombre de commentaires et de réactions sur ma page Facebook, et de courriels... Ça a augmenté de 50 %, je dirais, depuis la crise. L’effet est que ça fait du bien, ce n’était pas nécessairement recherché de ma part. Je voulais faire le portrait de la pandémie à travers la réaction des lecteurs. Il y a de l’angoisse par rapport à ça, c’est un ennemi invisible et on a besoin de s’échapper.

Q    La caricature montrant des employés de la SAQ parmi les héros du Québec a suscité beaucoup de réactions. Est-ce que les gens se montrent plus sensibles par rapport aux blagues?

   C’est probablement la caricature qui a créé le plus de débats. C’est assez comique que l’alcool soit un besoin essentiel au même titre que la nourriture. Je voulais tourner vers la dérision... On ferme tout sauf l’alcool et les hôpitaux. Il y en a qui ont pris ça au premier degré, c’est correct, ça n’arrive jamais qu’un dessin soit unanime. On le sait quand un dessin va être plus limite, on le voit venir et on ne peut pas l’éviter. Je sens quand même ce besoin d’humour, mais un humour consensuel, on doit sentir qu’on le partage. On a besoin de se sentir solidaires.

Mon recueil de caricatures de l’automne, ça va pratiquement être un spécial COVID-19, à part les membres du Soleil, il y a plein de dessins qui n’ont jamais été vus. 

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La caricature de Côté du 24 février 2020, Le Petit Prince