François Villeneuve a vendu son entreprise à Patrick Villeneuve, Charles Villeneuve et Alexandre Philibert.

Transfert d'entreprise: «c’est un processus assez complexe»

LA TUQUE — Depuis déjà quelques années, les organismes de la Haute-Mauricie se préoccupent de la relève des entreprises. Plusieurs actions sont menées, par la Société d’aide au développement des collectivités (SADC) notamment, pour aider les entrepreneurs à mettre en place une planification efficace lors du transfert de l’entreprise pour la sauvegarde des emplois, des services et du développement de la collectivité. Pour l’entreprise Villeneuve et fils, il aura fallu près de 5 ans pour mener à terme la transaction entre l’acheteur et le cédant.

«Très peu ont déjà vendu une entreprise avant. Ce n’est pas aussi simple que de vendre une maison. C’est vraiment différent, il y a l’aspect fiscal, les employés, l’aspect humain, l’émotivité… Nous, on les dirige et on les accompagne en toute confidentialité», lance Tommy Déziel, directeur général de la SADC.

En 2016 et 2019, la SADC a aidé une dizaine d’entreprises avec des contributions non remboursables totalisant 37 921 $. Cette contribution leur a été remise pour permettre des interventions et accompagnements individuels provenant de consultants ou de professionnels afin d’amener les cédants à amorcer un processus de transfert d’entreprise, que ce soit pour évaluer la valeur des actions, pour déterminer la valeur des équipements de l’entreprise, pour des conseils fiscaux, etc.

«On a aidé, entre autres, à l’évaluation des entreprises. Parfois, c’est un point de départ important de savoir la valeur de l’entreprise. C’est un processus assez complexe et un aspect important», souligne Chantal Fortin, directrice des services aux entreprises à la SADC.

«On commence à intervenir au stade embryonnaire, c’est-à-dire quand la personne commence à penser qu’éventuellement elle voudrait vendre son entreprise. On donne des idées de grandeurs, comment ça va fonctionner dans les débuts, les étapes… Ça les enligne un peu pour le futur pour la vente ou le transfert d’entreprise. Notre objectif ultime, c’est que l’entrepreneur puisse profiter d’une retraite, mais qu’on puisse conserver les emplois qui sont dans l’entreprise à céder et garder le service pour notre collectivité».

Au cours des 3 dernières années, la SADC a rencontré une quarantaine de cédants différents et une vingtaine de repreneurs potentiels. L’équipe travaille de concert avec d’autres organismes de développement économique dans ces dossiers comme le Service de développement économique et forestier de la Ville de La Tuque (SDÉF).

«Le SDÉF va travailler davantage avec l’acquéreur pour développer un projet d’affaires. Pour notre part, on va travailler davantage avec le cédant pour la préparation. […] Il existe beaucoup d’aide dans le Haut Saint-Maurice. Ça peut être facilitant. C’est peut-être pour la relève que le bassin est moins grand», note Mme Fortin.

Il faut dire que le processus de relève peut prendre entre 3 et 5 ans en moyenne. Si on assure que le processus n’est pas plus difficile en région, on est lucide quant au bassin potentiel de repreneurs.

«Le défi c’est que les intentions d’entreprendre dans le Haut Saint-Maurice sont moindres qu’ailleurs au Québec. On va peut-être se retrouver avec un manque d’acquéreurs un moment donné. C’est pour ça qu’on travaille et qu’on croit beaucoup au développement de la culture entrepreneuriale dans le Haut Saint-Maurice pour que justement, les gens soient interpellés en leur donnant l’envie d’entreprendre à leur tour», note Tommy Déziel.

La SADC souligne qu’une dizaine d’entreprises a changé de main avec succès dans les cinq dernières années.

L’organisme continue d’être à l’affût et croit qu’une quinzaine d’entreprises pourrait avoir besoin de relève dans les cinq prochaines années.

Un exemple de succès

L’entreprise Villeneuve et fils a été vendue en août dernier. Charles Villeneuve, Patrick Villeneuve et Alexandre Philibert sont les nouveaux propriétaires.


« On est fier. L’entreprise est partie de rien, aujourd’hui on a une place d’affaires, des bureaux, des projets d’investissement. On est très fier. »
Charles Villeneuve

«C’est en 2014 que j’ai démontré de l’intérêt pour racheter l’entreprise familiale», souligne Charles Villeneuve, copropriétaire.

Entre 2014 et 2017, deux partenaires d’affaires se sont joints aux démarches puis les procédures de transfert ont réellement débuté.

«Il y a un gros processus qui s’est enclenché, ç’a été long… L’évaluation, la façon de racheter et tous les petits détails […] Entre-temps par contre, ça nous a permis d’acquérir de l’expérience en gestion d’entreprise», souligne Charles Villeneuve.

«J’ai été surpris par le long processus, mais on a eu du service partout. C’est une transaction qui ne se fait pas en claquant des doigts. Ça demande du temps, il faut des fiscalistes, des comptables, des institutions financières… C’est beaucoup de démarches», ajoute-t-il.

Dans ce long cheminement, l’aide de la SADC et du SDÉF a été vraiment importante aux yeux des nouveaux entrepreneurs.

«Yves Simard de la SDÉF nous a beaucoup aidés, il nous a coachés. Pendant plus d’un an, il a vraiment été bon pour nous […] Dans le processus, on a côtoyé des gens ultra compétents. Ce sont des gens qui connaissent leur domaine. On a été très bien encadré».

Charles Villeneuve avoue qu’il mentirait de dire que tout a été facile, et ce, pour les deux parties impliquées dans la transaction.

«Mon père, c’est son bébé comme il dit. C’est lui qui a monté l’entreprise. Il avait un attachement et c’est difficile des fois de couper le lien. Pour notre part, c’était de l’enthousiasme, on avait hâte. C’était nouveau. On voulait que ça se fasse vite», explique-t-il.

«Finalement avec du recul, c’est juste la meilleure affaire qui pouvait nous arriver que ce soit long comme ça. Ç’a permis à François de nous transférer ses connaissances. Oui en 2016, j’étais fringant et prêt à me lancer, mais en réalité je n’étais peut-être pas prêt à administrer la compagnie seul».

D’ailleurs François Villeneuve continue de travailler au sein de l’entreprise, pour assurer une transition en douceur.

«Je pensais que ça coulerait comme une autre transaction, mais j’ai pogné de quoi quand on est arrivé pour signer. C’est comme si je laissais mon bébé. Je suis très content d’avoir monté une entreprise respectée, mais de tout céder du jour au lendemain… c’est un deuil», avoue-t-il.

«Le côté personnel de la transaction, ç’a été beaucoup plus dur que je ne l’aurais imaginé au départ».

Après quatre mois, il assure qu’il commence à l’accepter davantage et il est fier de voir aller les trois jeunes entrepreneurs.

«Les petits gars travaillent fort et ils ont les mêmes préoccupations que moi, c’est-à-dire travailler le mieux possible, avoir des clients contents et donner un bon service», insiste celui qui a créé l’entreprise.

«Je les conseille seulement s’ils me le demandent. Je ne veux pas m’immiscer. S’ils me le demandent par contre, ça me fait plaisir», lance-t-il en riant.

Pour François Villeneuve, la longue procédure était un mal nécessaire et une façon de bien boucler la boucle.

«J’ai toujours aimé ça faire les choses correctement. Si tu n’es pas le meilleur dans un domaine, engage le meilleur. […] Ça s’est étiré dans le temps. C’est très long oui, mais je préférais prendre plus de temps et que ce soit fait comme il faut. Ç’a permis d’intégrer Alexandre et ça, c’est une bonne nouvelle. Au final, tout le monde a été gagnant dans ce processus-là».

L’entreprise qui emploie jusqu’à 12 personnes en haute saison se porte très bien depuis la transaction. Villeneuve et fils a presque doublé son chiffre d’affaires dans la dernière année.

«On a un projet d’investissement d’environ 100 000 $ dans notre entrepôt, plein de beaux projets… On a le vent dans les voiles, mais ce n’est jamais acquis à 100 %. Il ne faut pas lâcher et travailler fort pour que ça continue», a indiqué Charles Villeneuve.

«On est fier. L’entreprise est partie de rien, aujourd’hui on a une place d’affaires, des bureaux, des projets d’investissement. On est très fier», a-t-il conclu.