L’entreprise Chemise Empire de Louiseville a été vendue à une entreprise montréalaise.

Transaction... et expansion pour Chemise Empire de Louiseville

Louiseville — Rarement il est question de croissance dans le domaine manufacturier du textile. C’est pourtant ce que Chemise Empire de Louiseville peut se vanter de viser avec la transaction qui a été scellée la semaine dernière avec une entreprise montréalaise qui œuvre dans la mode masculine. D’ici 18 mois, les objectifs de cette transaction sont de faire passer la production de 100 000 chemises annuellement à 300 000. Une cinquantaine d’emplois seront ainsi créés au terme du processus.

«Cette alliance stratégique permet à une entreprise manufacturière (Chemise Empire) et une entreprise de mode masculine (Au noir) de mettre en commun les forces des deux organisations afin de subir une croissance commune», se réjouit l’ancien propriétaire François Lizotte qui demeurera toujours en poste. «Oui, on a fêté nos 125 ans cette année, mais, si on veut être encore là pour 5, 10 ou 20 ans, on avait des décisions à prendre et cette décision nous place avantageusement comme leader au niveau de la confection de chemises au Canada et en Amérique du Nord. Ce qu’on veut faire avec cette alliance, c’est qu’on veut devenir le manufacturier de chemises le plus reconnu en Amérique du Nord. Pour obtenir ce modèle d’affaires, cette transaction était inévitable pour permettre l’achat d’équipements, investir dans le développement du produit et, ultimement, consolider les emplois à Louiseville et en créer de nouveaux.»

«Chemise Empire est une entreprise qui fait des chemises d’uniforme et là on se dirige vers le prêt-à-porter, c’est quand même différent. C’est pour cette raison qu’on a besoin d’acheter de nouveaux équipements, modifier des équipements existants et former des employés. Ça prend un certain temps, je dirais une période de six mois pour s’ajuster et faire la transition. Lorsque tout ça sera rodé, nous serons en mesure de transférer de la production et de faire des annonces majeures pour des nouveaux produits et des partenariats avec des réseaux de distribution.»

L’usine sise sur la rue Saint-Laurent au centre-ville de Louiseville n’est donc nullement menacée par cette transaction. «C’est une continuité. Chemise Empire continue d’être autonome. Présentement les chemises d’Au noir sont faites en importation, en Turquie et en Chine. Dans son désir de croissance, il [Jonathan Sibony, le nouveau propriétaire] veut rapatrier ça au Canada. Il va à contresens. Il est venu à Louiseville voir l’usine et il est tombé en amour.»

Plusieurs facteurs sont à l’origine de ce coup de foudre du nouvel acquéreur. Du nombre, la possibilité d’expansion de l’usine sur les terrains adjacents. «Il y a plusieurs années, on avait acheté des terrains autour de la bâtisse donc, il y a des possibilités d’agrandissement de la bâtisse. On va être capable de produire plus de chemises mais on aimerait également être capable de produire notre propre tissu à Louiseville également. Toute cette intégration verticale de l’entreprise va demander ça. C’était important lorsque M. Sibony s’est porté acquéreur d’avoir des possibilités de grandir.»

Ainsi, Chemise Empire sera prochainement en mode recrutement pour combler la cinquantaine d’emplois qui seront nécessaires pour atteindre les objectifs de production. «Notre priorité est de recruter ces gens localement et de les former à l’intérieur de l’entreprise mais, si on n’est pas capable d’atteindre le volume requis pour la production, c’est certain qu’on va pouvoir, comme d’autres entreprises, se tourner vers la main-d’œuvre étrangère. Jusqu’à maintenant, on est fier de pouvoir dire que localement on est capable de combler l’ensemble de nos besoins.»

De son côté, le nouveau propriétaire, Jonathan Sibony, avait visité plusieurs usines autour de Montréal, en Beauce et même à Toronto avant de repérer celle de Louiseville qui lui permettra de produire au Québec un produit d’une grande qualité, empreint de fierté. «Leur qualité de travail et le fait qu’ils sont up to date dans leurs équipements, c’est la seule opération comme ça que j’ai vue.»

«À la première rencontre, je leur ai dit que j’allais faire un deal avec eux d’une manière ou d’une autre», raconte le Lavallois d’origine. «Au début, on essayait de trouver un terrain d’entente pour qu’ils produisent pour moi, comme contracteur, mais ils n’étaient pas certains que ça allait marcher. Je leur ai mentionné que d’une manière ou d’une autre, il fallait que ça marche parce que c’était ici que je voulais que ça se passe», raconte l’homme d’affaires. «Je voulais trouver une usine locale qui pouvait produire nos produits. On est le plus fort dans notre type de gamme au Canada mais aussi aux États-Unis et un peu partout dans le monde. Il y a plein de pays hors Canada qui aiment les produits faits ici. Comme on est une marque canadienne et québécoise, les détaillants qu’on rencontrait voulaient savoir si on était produit au Canada alors, on a réalisé que c’était important.»

Jonathan Sibony ne cache pas sa sensibilité pour les produits faits au Québec et sa volonté de faire les choses différemment. «J’adore l’équipe. Je ne suis pas seulement tombé en amour avec François [Lizotte] et les équipements. Ils ont une équipe exceptionnelle. Ils ont du staff loyal. Il y a un sentiment de fierté. Quand on produit un item, si on a une fierté dans la production, on va le sentir dans la finition», souligne le nouveau propriétaire qui œuvre dans l’industrie textile depuis près de 30 ans.

L’année des 125 ans

Cette transaction survient en pleine année de célébration des 125 ans de l’entreprise. Après discussion avec les descendants du fondateur Joseph-Édouard Béland, François Lizotte confirmait que la famille était très fière et satisfaite de constater la vision de croissance que partagent l’ancien et le nouveau propriétaire. «C’est pour ça que j’ai accepté de vendre l’entreprise. Je voulais lui donner un second souffle. Pendant 125 ans, l’entreprise a eu un modèle d’affaires qui lui a permis d’avoir un succès mais pour être capable d’être encore là pour les années à venir, il fallait prendre certaines décisions.»

Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies, se réjouissait de cette transaction même si ça impliquait de voir passer l’usine à des intérêts montréalais. «C’est un fleuron qui va rester. Au même titre que Choisy lorsque ç’a été vendu. C’est la même chose. On m’avait dit à ce moment de ne pas m’inquiéter, que c’était des gens de la France qui allaient acheter mais que les jobs allaient rester et que ça allait même grossir. Effectivement, ce sont les informations que j’ai de Choisy, ça va très bien avec la compagnie française. Ce sera la même chose pour Chemise Empire. On parle même que les terrains autour pourront servir pour un agrandissement», se réjouit le maire.