L'intervention de samedi à Nicolet aura été particulièrement difficile pour tous les secouristes.
L'intervention de samedi à Nicolet aura été particulièrement difficile pour tous les secouristes.

Tragédie nautique de Nicolet: «une intervention à haut degré d'émotivité»

Sébastien Houle
Sébastien Houle
Le Nouvelliste
NICOLET — C'est une pénible scène que décrit Martin Provencher, directeur incendie à Nicolet, en relatant l'intervention de ses hommes, appelés en renfort dans l'accident nautique qui, en plus de faire deux blessés, a coûté la vie à un couple de Nicolétains et à leur fils, samedi après-midi, près du Club nautique de la Batture. Si les pompiers sous sa gouverne se forgent «une carapace» avec le temps, il n'en va pas nécessairement de même pour les citoyens qui sont intervenus en premier et qui ont retiré les corps de l'eau, indique M. Provencher. «Eux vont avoir besoin de soutien», avertit-il.

C'est aux environs de 15 h qu'une motomarine, avec à son bord un homme dans la quarantaine et une fillette de huit ans, aurait percuté un autre engin du même type. Ce dernier était monté par le couple et le garçon qui allaient perdre la vie, selon le récit de M. Provencher. L'impact a eu lieu à une très haute vitesse, près de l'embouchure de la rivière Nicolet et du fleuve Saint-Laurent, rapportaient samedi différents témoins. La Sûreté du Québec indique de son côté que les renseignements préliminaires laissent présager une fausse manœuvre due à un moment d'inattention du conducteur de la première motomarine.

Dès l'impact, des plaisanciers ont sauté à l'eau, d'autres se sont portés au secours des victimes à bord de bateaux ponton. Des manœuvres de réanimation ont été entreprises directement sur les embarcations, raconte Martin Provencher. Dès leur arrivée, les pompiers ont prêté main-forte à ceux qui tentaient de ramener quatre victimes à la vie.

Dans la communauté, où les liens sont serrés, le hasard aura fait qu'un des deux blessés comptait deux cousins parmi les pompiers. Grièvement blessé, il serait toutefois hors de danger, selon les autorités. Les aléas de la vie auront aussi fait qu'un médecin était sur les lieux pour prêter main-forte aux secouristes. Il aidera notamment à placer les victimes en position pour rejeter l'eau avalée. Pour trois d'entre elles, ça sera peine perdue.

«On a beau faire ça depuis des années, on ne s'attend jamais à des choses comme ça», relate le directeur incendie, qui compte 34 ans de service. La journée était en effet radieuse et rien ne laissait présager un tel drame. Pour les premiers intervenants, des passants et des plaisanciers qui profitaient d'une première fin de semaine d'été, les images de la tragédie seront difficiles à oublier.

Des ambulanciers ont dû être appelés jusque de Trois-Rivières pour voir au transport des victimes, indique pour sa part Jean-Robert Rupp-Nantel, directeur aux opérations à la Coopérative des ambulanciers de la Mauricie. «C'était une intervention à haut degré d'émotivité», confie-t-il.

La présence de très jeunes victimes, le nombre de patients à prendre en charge et la présence de nombreuses personnes qui avaient accouru au secours ont contribué à faire monter le niveau d'anxiété, explique M. Rupp-Nantel. Il se sera écoulé une longue heure entre le moment de l'accident et la fin de l'intervention, estime-t-on. Celle-ci aura fait l'objet d'une rétroaction exhaustive, tant du côté des ambulanciers que des pompiers, assure-t-on. On dit vouloir s'assurer que tous les intervenants verbalisent les émotions qu'ils ont vécues, voire le choc qu'ils auraient pu subir.

De leur côté, les premiers intervenants semblaient un peu laissés à eux-mêmes après le départ des services d'urgence, samedi après-midi. Si on souligne que du soutien peut leur être offert via le 811, on n'était pas en mesure de dire, dimanche, du côté des autorités, si une démarche formelle d'accompagnement avait été enclenchée. L'air décomposé qu'ils affichaient tous quand la poussière commençait à retomber laisse présager que le souvenir de l'après-midi du 20 juin 2020 à Nicolet sera lourd à porter.