Les larves de cet insecte font des ravages sous l’écorce des frênes, ce qui mène à leur mort.

Toute la région maintenant réglementée

TROIS-RIVIÈRES — Trois-Rivières, Mékinac, Maskinongé, Bécancour, la MRC de Nicolet-Yamaska, Shawinigan et la MRC des Chenaux font désormais partie de la zone réglementée à l’égard de l’agrile du frêne, cet insecte ravageur qui infeste et fait mourir les frênes.

L’élargissement de la zone réglementée est entré en vigueur le 24 janvier dernier. Il a été établi par l’Agence canadienne d’inspection des aliments à la suite de la détection de nouveaux cas dans le sud du Québec et dans la Ville de Québec en 2017.

Notons que plus près de chez nous, des cas ont été répertoriés à Berthierville, en septembre 2016 et à Drummondville, en août 2017.

Cette modification de la zone signifie qu’il est désormais interdit de déplacer tout produit de frêne, comme les billes, branches ou copeaux ainsi que toutes les essences de bois de chauffage hors de la zone réglementée, et ce, afin de ralentir la propagation de l’insecte dans de nouvelles régions. La collaboration de toute la population est demandée. Toute personne qui déplacerait des matières réglementées hors des régions assujetties à la réglementation sans l’autorisation préalable de l’ACIA s’expose à une amende.

Dès cette année, la Ville de Trois-Rivières mettra sur pied un plan d’action visant à limiter les dégâts dès que l’agrile du frêne sera trouvé sur son territoire.

Pour l’instant, cet insecte n’a pas encore été détecté. Depuis 2013, la Ville installe des pièges à prisme à divers endroits afin de le repérer.

Trois-Rivières a dénombré pas moins de 1890 frênes dans ses rues et dans les parcs municipaux. Ce nombre représente rien de moins que 9 % des arbres de tout son territoire.

Un recensement a aussi été amorcé en 2017 sur les terrains privés.

Trois-Rivières voit venir ce drame depuis plusieurs années si bien qu’en 2014, on a commencé à planter d’autres essences d’arbres à proximité des frênes afin d’assurer un couvert végétal en prévision de leur mort.

Près de Bécancour, la Nation Waban-Aki se prépare du mieux qu’elle peut à ce drame qui se joue dans les forêts nord-américaines. C’est que le frêne, en particulier le frêne noir, est employé de façon traditionnelle par les Abénakis pour la fabrication de paniers. Les Abénakis ont longtemps vécu de cet artisanat et allaient même vendre leurs produits de vannerie sur la côte est américaine, raconte Suzie O’Bomsawin, directrice du Ndakinna du Grand Conseil de la nation Waban-Aki.

Aujourd’hui, seules quelques familles fabriquent encore des paniers et en font un revenu d’appoint, mais les artisanes continuent néanmoins de transmettre ce savoir-faire complexe aux plus jeunes, dit-elle.

La fabrication des paniers est une opération fastidieuse et longue réalisée à partir d’éclisses de billes de frêne battues. La réaction de la matière ligneuse de cette espèce d’arbre serait unique en son genre, selon Mme O’Bomsawin et aucune autre espèce n’est donc employée pour la fabrication de la vannerie.

Cet art ne consomme pas beaucoup de bois tant et si bien que les Abénakis se sont fait des réserves d’éclisses en rouleaux qui leur permettront de poursuivre cet art traditionnel pendant environ 20 ans, dit-elle, en prévision de la crise qui sévit.

«Dans la communauté, on a l’impression qu’il y aura encore de la disponibilité plus tard. Les gens n’ont pas l’impression que les frênes vont complètement disparaître», dit-elle en se basant sur d’autres infestations qui ont décimé des arbres dans le passé. Il existe aussi des essences de frênes qui sont plus résistantes à l’agrile que d’autres, précise-t-elle. «On va peut-être aussi trouver une solution», espère-t-elle.

La Nation Waban-Aki travaille en effet en collaboration avec des experts dans divers domaines, dont l’environnement et la foresterie, afin de contribuer à trouver des solutions aux problèmes qui touchent la société et la communauté.

Du côté de Shawinigan, un recensement des frênes situés sur les terrains municipaux sera réalisé en 2018. Des vérifications visuelles des arbres sont aussi réalisées régulièrement, indique la responsable des communications, Véronique Gagnon-Piquès. Cette dernière invite les citoyens qui possèdent des frênes à contacter la Ville s’ils doutent que leur arbre soit malade. «Pour l’instant, aucun cas n’a été détecté», précise-t-elle.