La traditionnelle prière du cow-boy qui fut prononcée le 13 septembre dernier par la ministre Julie Boulet lors du Festival western de Saint-Tite ne fait pas l’unanimité

Plainte contre la «prière du cow-boy»

Le Mouvement laïque québécois (MLQ) s’insurge contre le gouvernement Couillard en raison de la traditionnelle prière du cow-boy qui fut prononcée le 13 septembre dernier par la ministre Julie Boulet lors du Festival western de Saint-Tite, en ouverture du rodéo Bullfighting. Malgré ses propos, Mme Boulet assure qu’elle poursuivra dans le même sens l’an prochain, elle qui effectue cette prière depuis plus de 20 ans.

«C’est inacceptable. Ça l’a toujours été. Elle est là au nom du gouvernement. C’est vraiment l’État qu’elle représente. C’est exactement la même situation pour laquelle on a obtenu un jugement de la Cour suprême concernant la prière à Saguenay. Peu importe les circonstances, c’est toujours une atteinte à la neutralité religieuse de l’État», a confié au Nouvelliste le vice-président de l’organisme, Daniel Baril.

La prière en question se lit comme suit: «Notre Père qui est aux cieux, permets-moi quelques instants de réflexion, afin d’apprécier ta bonté. J’implore ta présence tout au long de cette compétition et je te prie de guider mes pas dans l’aréna de la vie. Je ne te demande aucune faveur spéciale, mais aide-moi, Seigneur, lors de la grande finale de la vie où tu seras le dernier juge. Car, Seigneur, j’aimerais t’entendre dire que mon entrée est faite pour le paradis. Amen».

La neutralité religieuse en jeu

«Alors que le gouvernement du Québec s’apprête à adopter dans les prochains jours le projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État, la ministre du Tourisme et responsable de la région de la Mauricie, Julie Boulet, se livre à des récitations de prière dans les activités touristiques et de loisirs. Elle a accepté de se livrer à une activité religieuse dans le cadre de ses fonctions ministérielles», dénonce le MLQ.

Une situation qui a toutefois surpris la première intéressée, mercredi, lorsque le Nouvelliste s’est entretenu avec elle. «Je ne comprends pas. Il y a tellement des enjeux plus importants en ce moment à aborder. En plus, c’est la première fois que j’entends une telle remarque, alors que je prononce cette prière depuis plus de 20 ans», soutient celle qui a été présidente du Festival western de Saint-Tite en 1997.

Ayant obtenu un enregistrement vidéo de la récitation de la prière «d’inspiration nettement chrétienne» par la ministre Boulet, le Mouvement reproche donc au gouvernement Couillard d’agir à l’encontre du jugement de la Cour suprême du Canada qui, dans l’affaire de la prière de la ville de Saguenay, a interdit une telle pratique de la part des représentants de l’État, et ce, au nom de la neutralité religieuse de l’État.

Malgré les reproches à son endroit, Mme Boulet soutient ne pas avoir l’intention de se plier aux demandes du MLQ. «C’est évident que je vais continuer l’an prochain à faire la prière, car ça fait partie de mes convictions et je trouve que c’est un geste significatif pour les cow-boys qui risquent leur vie. En plus, plusieurs citoyens sont favorables à la prière, car ils nous mentionnent qu’ils aiment la prière que je fais chaque année», soutient-elle.

Jugement de la Cour suprême du Canada

La Cour a en effet déclaré ce qui suit : «L’État peut porter atteinte à la liberté de conscience et de religion notamment par l’adoption d’une loi ou d’un règlement, ou lorsque ses représentants, dans l’exercice de leurs fonctions, se livrent à une pratique qui contrevient à son obligation de neutralité.

En premier lieu, l’État ne peut, en raison de l’obligation de neutralité religieuse qui s’impose à lui, professer, adopter ou favoriser une croyance à l’exclusion des autres. Il est évident que l’État lui-même ne peut se livrer à une pratique religieuse; celle-ci doit donc être celle d’un ou plusieurs de ses représentants, dans la mesure où ils agissent dans le cadre de leurs fonctions. Quand, dans l’exercice de leurs fonctions, les représentants de l’État professent, adoptent ou favorisent une croyance à l’exclusion des autres, les deux premiers critères de la discrimination mentionnés plus haut, soit l’existence d’une exclusion, distinction ou préférence fondée sur la religion, sont établis».

Partisan d’une loi qui porterait plutôt sur la laïcité, M. Baril s’interroge sur la valeur de la loi sur la neutralité religieuse «alors que des ministres récitent des prières dans des activités de loisirs».

«Nous vous demandons de faire en sorte que ce jugement soit intégralement respecté non seulement dans les municipalités, mais également au sein de vos ministères. Nous nous attendons également à ce que vos ministres donnent l’exemple de ce que sera la neutralité religieuse sous votre gouvernement», a réclamé la présidente du MLQ, Lucie Jobin, dans une lettre adressée au premier ministre Philippe Couillard.

En collaboration avec Amélie Houle