Valérie Lalbin
Valérie Lalbin

Tourisme Shawinigan souhaite que la vie continue autrement

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Avant de balancer la haute saison par-dessus bord, Tourisme Shawinigan veut se donner la chance de réfléchir à des projets innovateurs pour garder la ville en vie. Un défi considérable, duquel pourraient toutefois surgir des trésors cachés.

La directrice générale de Tourisme Shawinigan, Valérie Lalbin, considère que ce tableau représente une opportunité inouïe pour explorer de nouvelles possibilités. Le genre de réflexion qui ne s’imposerait pas d’elle-même avec une Cité de l’énergie, une Maison Francis-Brisson et les habituelles animations estivales rodées au quart de tour.

«Les gens doivent comprendre qu’ils pourront faire des choses pour se divertir», explique Mme Lalbin. «Ils pourront les faire, mais pas comme d’habitude. Nous avons réfléchi pour être inventifs, pour montrer que la vie peut continuer.»

«Nous avons un rôle important pour maintenir une animation minimale», ajoute-t-elle. «Il faut développer des offres, des microaventures et on souhaite qu’elles soient pérennes.»

La directrice générale est visiblement stimulée par cette nécessité de réfléchir autrement pour en arriver au même objectif, soit celui de donner l’envie aux gens de continuer à vivre et à consommer, malgré les contraintes de distanciation physique.

Qui sait si des idées ne permettront pas d’ajouter un cachet durable à l’offre touristique shawiniganaise? Pourquoi pas une nouvelle animation à la Place du marché? Des parcs publics équipés autrement? Une chasse aux trésors à travers la ville?

Ou même, pourquoi n’assisterions-nous pas au retour des cinés-parcs? Aussi, comment intégrer la nouvelle Marina de Grand-Mère à l’offre touristique dans le contexte actuel? Peut-on repenser des spectacles dans les limites imposées par la distanciation physique? Développer une «boîte à apéro» signée Shawinigan conçue de produits locaux? Des idées s’enfilent ainsi sur des pages et des pages, sourit Mme Lalbin.

«En période de crise, on peut changer nos indicateurs de performance», croit-elle. «Par exemple, un organisme ne peut pas se dire qu’il n’organisera pas de spectacles parce qu’il ne fera pas l’argent escompté. Moi, je dirais qu’il faut faire le spectacle. Ça donnera l’occasion aux gens de sortir, de voir une activité et de consommer dans les commerces de proximité.»

«C’est bien beau une campagne d’achat local, mais il faut donner des occasions aux gens. Si on reste tous dans notre cour arrière à jardiner et à se faire venir l’épicerie, ça ne fera pas tellement tourner nos commerces!»

Ces nouvelles initiatives s’ajouteront à certaines bases de l’offre qui seront peut-être un peu moins touchées par la pandémie.

«Si on peut avoir la confirmation que le parc national de la Mauricie, qui fête son 50e anniversaire en 2020, peut rouvrir en gérant les flux, ce serait un atout extraordinaire pour Shawinigan, que d’autres régions n’auront pas.»

Opportunité

Valérie Lalbin a visiblement beaucoup réfléchi sur la façon d’aborder les prochains mois.

«Pour moi, un plan de relance, c’est mettre de l’argent dans ce qu’on faisait avant, comme on le faisait avant», explique-t-elle. «Si on fait ça, on se plante. Nous avons aussi le droit de voir la crise comme une opportunité de transformation dans nos entreprises et nos organisations, pour repenser non seulement nos produits, mais nos façons de faire. C’est un moment extraordinaire dans l’histoire de notre économie.»

Mme Lalbin reconnaît qu’elle puise sa réflexion du célèbre essai d’Ernst Friedrich Schumacher, Small is beautiful, publié en 1973.

«Pour moi, une économie durable ne repose pas sur le seul indicateur de performance comptable. Il ne faut pas perdre de vue cette dimension, évidemment, mais on ajoute la valeur que l’activité apportera aux citoyens, aux paysages, à l’environnement. De quoi a-t-on envie?»

«Je sais que fondamentalement, le confort prime chez l’humain», ajoute-t-elle.

«On ne peut pas changer du jour au lendemain un modèle économique. Mais s’il y a un moment où les gens seront beaucoup plus ouverts à des éléments de changement plus importants que d’habitude, c’est maintenant.»

Sollicitation

Mme Lalbin reconnaît que la mise en marché de la prochaine saison touristique s’effectuera surtout au plan local et régional.

«Nous serons dans du tourisme de proximité», explique-t-elle. «On sait qu’il y aura une volonté de se retrouver en famille. Pas pour organiser des fêtes de 150 personnes, mais pour envisager des activités qu’on peut faire à l’extérieur, avec le gîte et le repas, tout en respectant les mesures sanitaires.»

Les maisons de sondages s’attardent habituellement sur les intentions des Québécois pour l’été à venir en mai ou en juin. Celles de cette année pourraient déprimer le milieu touristique.

«Ça ne servira à rien de faire de grosses campagnes publicitaires à l’échelle du Québec», croit Mme Lalbin. «C’est sûr que ce ne sera pas une saison touristique qui marquera l’histoire en terme d’impact économique. Mais comme me disait Sonia (Tremblay, propriétaire de l’Auberge Gouverneur), entre rien et 25 % d’occupation, je préfère 25 % d’occupation!»

En général, cet appel à la créativité et à l’innovation est bien accueilli chez les partenaires sollicités, selon Mme Lalbin.

«Nous ne sommes pas des futurologues du tourisme», prévient-elle. «Mais en même temps pour moi, c’est hors de question de faire le dos rond en attendant que la tempête passe.»