La route s'est affaissée sous le poids de cette pelle mécanique transportant des sacs de sable.

Toujours sur un pied d'alerte en Mauricie-Centre-du-Québec

Bien qu'elles aient été un peu moins importantes que prévu, les précipitations des derniers jours combinées à la fonte des neiges en Haute-Mauricie ont malgré tout fait augmenter les niveaux des cours d'eau.
La rivière Saint-Maurice préoccupe particulièrement les autorités depuis dimanche, alors que l'eau se rapproche de la route 155. Le bilan des sinistrés s'est aussi alourdi ce week-end. On compte maintenant en Mauricie et au Centre-du-Québec plus de 300 résidences touchées par les inondations.
Le directeur régional de la Sécurité civile, Sébastien Doire, a dressé dimanche le portrait de la situation dans la région. Il rappelait que 19 municipalités sont toujours touchées par les inondations et les glissements de terrain. 
«Le secteur que nous surveillons surtout est celui de La Tuque, où nous voyons les répercussions de la pluie et de la fonte des neiges. Le ministère des Transports surveille attentivement la route 155», affirmait-il dimanche en précisant que la situation évolue constamment en fonction des conditions météorologiques. 
«Le débit de la rivière Saint-Maurice devrait atteindre dans la nuit de dimanche à lundi celui que nous avons eu le 30 avril, lorsque l'eau se rapprochait à plusieurs endroits de la ligne blanche de la route 155. Lundi, l'eau va monter davantage. Là, on ne sait pas. Est-ce qu'il y aura de l'eau sur la route à certains endroits et quelle sera sa hauteur?»
Inéluctablement, le niveau de la rivière Saint-Maurice devrait continuer à monter jusqu'à mardi. «On devrait atteindre cette journée-là le plus haut de la crue sur la rivière Saint-Maurice», ajoutait M. Doire. 
Le maire de La Tuque, Normand Beaudoin, ne cachait pas son inquiétude dimanche. Il connaît toute l'importance de la route 155 pour sa population et les entreprises de sa ville. 
«Il faut être inquiet quand arrivent des situations comme celles-là. On ne peut pas faire grand-chose contre la nature. On doit surveiller. Nos équipes sont en place, on est bien organisé. Je suis inquiet oui, mais on est en mesure de rassurer la population», soulignait-il. «Ce qui m'inquiète, c'est après. Est-ce qu'il y a eu de l'érosion? Il va falloir faire attention à ça.»
Le ministère des Transports surveille la situation de très près. Son porte-parole régional, Jean Lamarche, affirme que la fermeture complète de la route n'est une option que de dernier recours.
Si l'eau empiète sur la chaussée, les autorités pourraient fermer une voie et permettre la circulation en alternance. La 155 est après tout le seul lien routier entre La Tuque et Shawinigan. Cette route est importante pour le transport de patients ou de marchandises. 
«On peut aussi procéder à une diminution de la vitesse où à l'assignation de signaleurs qui indiqueront aux véhicules de différentes dimensions s'ils peuvent circuler. Il y a quelques étapes avant de penser à la fermeture complète», assurait Jean Lamarche. 
Le Saint-Maurice devrait connaître une hausse aussi dans le secteur de Shawinigan, mais cela ne devrait toutefois pas se traduire, estime la Sécurité civile, par des inondations. «Ça va monter à Shawinigan, mais pas autant que ce que nous avons vu dernièrement», précisait Sébastien Doire qui avouait que cela correspondait au scénario le plus positif. 
Les autorités ont également à l'oeil le fleuve Saint-Laurent. Les spécialistes de la Sécurité civile s'attendent à ce que son niveau près de Trois-Rivières et dans le lac Saint-Pierre continue d'augmenter.
Toutefois, il ne devrait pas atteindre les quatre mètres comme envisagé samedi. «Nous avons eu de bonnes nouvelles des spécialistes. Si la hausse continue au cours des prochains jours, nous allons atteindre un sommet d'environ 3,6 mètres au lieu de 4 mètres», notait Sébastien Doire.
Bordés de part et d'autre par l'eau, certains tronçons de l'autoroute 40 en direction de Montréal inquiètent bien des automobilistes. Transports Québec assure toutefois que, même si cela peut sembler très impressionnant, les ponceaux de l'autoroute permettent à l'eau du lac Saint-Pierre de déborder dans les champs au nord de la route. 
La Sécurité civile, les municipalités et surtout les résidents sinistrés ont retenu leur souffle tout le week-end. Les bulletins météo laissaient présager trois jours d'intenses pluies. Heureusement, elles ont été bien moins importantes que prévu.
En trois jours, près d'une trentaine de millimètres ont atteint la région, confirme Environnement Canada, tandis que les prévisions envisageaient à l'origine presque le double. «Si on avait eu les mêmes précipitations qu'à Gatineau, on y aurait goûté. Nous avons été chanceux. Le système dépressionnaire avait la forme d'un fer à cheval et nos régions ont été quelque peu épargnées», avouait le directeur régional de la Sécurité civile. 
Une nouvelle dépression doit toucher la région lundi, selon Environnement Canada. Elle devrait laisser derrière elle une dizaine de millimètres de pluie et entraîner des températures froides. Des précipitations sont prévues jusqu'en milieu de semaine.