Plusieurs mesures ont été déployées par l’administration pour amoindrir la situation.

Toujours en manque d’effectifs

Trois-Rivières — Selon deux syndicats représentant les employés oeuvrant dans le milieu hospitalier de la région, la saison estivale s’annonce difficile. Encore une fois, le manque chronique de personnel est pointé du doigt.

«On dirait que c’est pire. Depuis la dernière année, on dirait qu’on est tout le temps en période estivale. Il y a tout le temps des manques», constate le président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers Mauricie et Centre-du-Québec, Pascal Bastarache. «On a vraiment beaucoup de personnel en absence, en absence salaire, en CNESST. Juste dans notre catégorie d’emploi, on a 21,49 % du personnel en absence», dit-il.

Pascal Bastarache, président du SPPSAM-CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec.

«La surcharge de travail est là. Il y a beaucoup de monde en dépression. On se blesse à cause de la surcharge de travail. On est vraiment au bout du rouleau maintenant. Chaque jour, j’ai des collègues qui m’appellent en pleurs. Ils ne sont plus capables. Il y a beaucoup de démissions. Il y a en qui s’en vont dans d’autres domaines», raconte-t-il.

Du côté du Syndicat des professionnels en soins MCQ, la présidente, Nathalie Perron, dénonce aussi la surcharge de travail. Il y a quelques semaines, on procédait à l’inauguration de la phase 2 du Centre hospitalier affilié universitaire régional (CHAUR), soit un ajout de 50 lits supplémentaires portant à 482 le nombre de lits disponibles au CHAUR pour les séjours de courte durée. «Des étages ont été transférés à cet endroit-là et l’on se retrouve avec des bris de services», indique Mme Perron. «Les étages ont plus de patients. Il y a eu des transferts de patients dans ces départements-là et il y a des fins de semaine où l’on s’est retrouvé 19 personnes en temps supplémentaire obligatoire», dit-elle.

Nathalie Perron, présidente du Syndicat des professionnelles en soins MCQ.

«Un peu partout, il y a des bris de ressources, autant du côté des infirmières que des préposés», précise Mme Perron.

«À Nicolet, Saint-Célestin et Pierreville, des infirmières auxiliaires ont dû faire 43 remplacements de préposés aux bénéficiaires», illustre-t-elle. «C’est un peu dévalorisant pour leur rôle professionnel», fait-elle valoir.

«Il manque de ressources partout», constate Mme Perron. «À Drummondville, c’est très critique aussi», dit-elle. On serait, selon elle, sous la moyenne au niveau du personnel. «La clientèle est prise en otage quand on n’arrive pas à fournir les soins nécessaires. C’est un peu le même problème sur tout le territoire», souligne-t-elle.

De son côté, Pascal Bastarache s’inquiète même pour la sécurité des bénéficiaires puisqu’un nouveau titre d’emploi, les aides de service, c’est-à-dire des personnes embauchées pour venir en soutien aux préposés aux bénéficiaires, serait préféré, selon lui, à l’utilisation de préposés aux bénéficiaires en heures supplémentaires volontaires. M. Bastarache reconnaît que le CIUSSS MCQ fait, de cette façon, d’importantes économies puisque les préposés aux bénéficiaires ont généré à eux seuls 9 millions $ en heures supplémentaires au cours de la dernière année.

Réactions du CIUSSS MCQ
Du côté du CIUSSS MCQ, on reconnaît que «la situation pour les différents titres d’emplois tel qu’infirmière, préposé aux bénéficiaires, travailleur social, demeure préoccupante», indique Valérie Provencher, du service des communications du CIUSSS MCQ.

«Différents projets d’investissement et de développement représentent des défis supplémentaires pour allouer toutes les ressources requises par l’augmentation des services, dans un contexte de rareté», souligne-t-elle.

«Le projet de la phase 2 cadre bien dans le genre de projet pour lequel les enjeux de priorisation et de partage de ressources prennent tout leur sens», ajoute-t-elle.

Mme Provencher souligne que de nombreuses actions ont été déployées dans l’objectif d’amoindrir les effets de ces situations.

Elle cite l’exemple du rehaussement des postes de préposés aux bénéficiaires en hébergement et des projets pilotes de rehaussement des postes d’infirmières et infirmières auxiliaires. L’établissement d’un horaire de travail de 7 jours suivi de 7 jours de congé permet d’assurer une période de repos aux salariés. On a aussi procédé à une période d’étalement des vacances afin que tous les employés ne partent pas tous en même temps. On offre aussi de rembourser les vacances à ceux qui ont une grande banque accumulée.

Environ 150 candidat(e)s à l’exercice de la profession (CEPI) sont arrivés en juin et quelque 250 étudiants en santé et services sociaux ont été embauchés comme main-d’oeuvre temporaire pour donner un coup de main durant les vacances. On procède également à plusieurs blitz d’embauche au niveau des éducateurs spécialisés et des agents administratifs.

Mme Provencher ajoute que 46 lits, au total, seront fermés sur un total de 1066 lits de courte durée, cet été, soit 4,3 %. Il s’agit de la même proportion que l’an dernier, précise-t-elle. Au CHAUR, 13 lits en gastro-chirurgie générale et 10 lits en pédiatrie seront fermés du 1er juillet au 1er septembre. Il y aura aussi fermeture de 5 lits en médecine-soins palliatifs à l’Hôpital Sainte-Croix du Centre-de-la-Mauricie du 1er juillet au 8 septembre.

«La fermeture des lits qui, en réalité, peuvent être rouverts au besoin (ex.: en période d’achalandage) est une pratique courante qui reflète le ralentissement normal des activités (moins de chirurgies électives nécessitant une hospitalisation, plus de chirurgies d’un jour, etc.). Cette mesure, jumelée à une bonne planification des horaires de travail, nous permet de répartir le personnel disponible au sein des secteurs qui font face à un besoin plus grand d’effectifs et de remplacements en période estivale», explique la porte-parole du CIUSSS MCQ.