L’avenir de l’église Saint-Pierre et de son presbytère continue à faire l’objet de spéculations, mais la fabrique attend toujours une offre d’achat en bonne et due forme.

Toujours en attente d’une proposition sérieuse

SHAWINIGAN — Le conseil de la fabrique de Sainte-Marguerite-D’Youville n’a toujours pas reçu de proposition «sérieuse» pour l’achat de l’église Saint-Pierre et son presbytère. C’est du moins ce que prétend le coordonnateur de la paroisse, Denis Jean.

Dans le cadre de la dernière messe célébrée à l’église Saint-Pierre, Sylvain Houle expliquait qu’il avait trouvé un promoteur de l’extérieur de la région qui souhaiterait notamment transformer une partie des lieux en columbarium et conserver l’ouvroir. Selon ce bénévole de longue date, organiste et sacristain pour la paroisse, la fabrique démontrerait très peu d’intérêt pour ce projet.

Une interprétation qui mérite quelques nuances, rétorque M. Jean.

«On n’a rien de légal entre les mains», explique-t-il. «On ne peut pas entamer des réflexions très, très poussées sur la base d’un courriel. Ça prend un dépôt légal, à la convenance des deux parties.»

«Ils nous offrent de tout acquérir pour 0 $», ajoute M. Jean. «La fabrique a une responsabilité face aux biens qu’elle doit administrer. On ne peut pas tout céder pour zéro dollar: l’église, son contenu, le presbytère, les terrains... Je pense qu’il y a des gens qui flairent l’occasion.»

Le coordonnateur ajoute que le volet columbarium n’était même pas venu à ses oreilles, avant de lire les déclarations de M. Houle dans les médias.

«Je l’ai appris dans le journal, alors qu’il n’avait jamais été question de cela avec nous», déclare M. Jean, qui a même d’abord cru qu’il s’agissait plutôt de condominiums, puisque cette avenue aurait été évoquée verbalement par le même groupe.


« La fabrique a une responsabilité face aux biens qu’elle doit administrer. On ne peut pas tout céder pour zéro dollar.  »
Denis Jean

«Les choses changent au fur et à mesure, de sorte qu’au bout de la ligne, on ne sait plus trop ce qu’il y a dans ce projet», déplore-t-il. «Ça prend quelque chose de plus sérieux. La paroisse ne veut pas revivre ce qui est arrivé avec les églises Saint-Philippe et Sainte-Marie-Madeleine. Le diocèse de Trois-Rivières va demander des garanties fermes sur les intentions. On ne peut pas s’embarquer dans une aventure émotive. Nous sommes donc très prudents.»

Lettre d’intention

De son côté, M. Houle reconnaît que le dossier est compliqué, mais surtout parce qu’il semble difficile d’entrer en communication directement avec la fabrique. Il sert d’intermédiaire à un groupe d’investisseurs, qui se réunissaient mardi soir pour échanger notamment sur les possibilités de soutien financier à la suite de l’élection de la Coalition avenir Québec.

«On veut conserver l’église et ce qu’il y a à l’intérieur», commente M. Houle. «La fabrique a mis ça entre les mains d’un agent d’immeuble, qui recherche un montant. Si des acheteurs démolissent, ça ne la dérange pas du tout. Il y a plein d’églises à sauver au Québec et si c’est trop compliqué, ces investisseurs ne joueront pas contre le milieu.»

M. Houle sourcille en entendant qu’aucune offre sérieuse n’avait été déposée à la fabrique.

«Nous avions une lettre d’intention, que M. Jean et les marguilliers n’ont pas signée», affirme-t-il. «Si tout était correct, on serait revenu avec une offre d’achat. Mais sans lettre d’intention, ça donne quoi de faire une offre? Ils n’ont aucune ouverture pour conserver l’église.»

Marie-Louise Tardif, nouvellement élue députée dans Laviolette - Saint-Maurice, confirme que la CAQ compte bonifier le budget pour la restauration des églises, qui devrait passer de 12 à 20 millions $ par année. Personne n’est toutefois entré en contact avec elle lors de la dernière campagne électorale pour lui parler de ce dossier.

«Le programme ne vise pas à acheter des églises», nuance-t-elle. «Je ne sais pas de quel ordre pourrait être l’aide financière, mais ça prend un plan structuré et que le privé investisse de l’argent. Ce n’est pas vrai que la CAQ va donner de l’argent pour payer le chauffage! Mais je suis ouverte à m’asseoir avec eux et à évaluer tout ça.»

Jacinthe Campagna, conseillère du district de la Cité, souligne que Culture Shawinigan, où elle siège à titre d’administratrice, surveille de près le sort qui sera réservé aux articles à valeur patrimoniale.

«Nous avons un oeil sur les vitraux», confie Mme Campagna. «Advenant le cas où ça irait entre les mains d’un particulier, Culture Shawinigan aimerait rapatrier ce qui a une connotation culturelle. On ne peut pas prendre de décision pour la fabrique; on se sent un peu impuissants. Nous sommes prêts à les accompagner, à la mesure de nos capacités.»

M. Jean précise d’ailleurs qu’une rencontre entre plusieurs intervenants s’est déroulée à la fin septembre afin de trouver des moyens pour sauver l’orgue Casavant. Des spécialistes ont confirmé que cet instrument de grande valeur pouvait être démonté et entreposé afin d’éviter qu’il soit endommagé par le froid hivernal.

«On parle d’une dépense de 15 000 $ à 20 000 $», estime M. Jean. «La fabrique n’a pas un sou à mettre là-dedans, mais on peut faciliter l’opération avec un reçu d’impôt.»

Selon le coordonnateur, au 31 août, la fabrique accusait déjà un déficit de 105 000 $ pour l’année 2018. Le dégât d’eau au presbytère et son déménagement n’étaient même pas comptabilisés à ce moment.

«Il faut absolument arrêter l’hémorragie», répète M. Jean.