Un train à grande fréquence pourrait avoir des effets sur la pénurie de main-d’oeuvre et contribuerait à ce que Trois-Rivières devienne une plaque tournante en matière de transport.

TGF: Quel impact économique?

Le Nouvelliste s’est penché sur la question de l’impact qu’aurait un train à grande fréquence dans la région, advenant la concrétisation du projet. Le retour d’un TGF aurait-il des impacts sur le tourisme? Pourrait-il régler, en partie, la problématique de rareté de main-d’œuvre? Le coût de la vie augmenterait-il de façon importante en région advenant sa construction? Le dossier sur le train à grande fréquence tente de répondre aux questionnements qui entourent le sujet.

TROIS-RIVIÈRES — Le projet de train à grande fréquence a fait couler beaucoup d’encre au courant de l’été. Après l’annonce d’un investissement de 71,1 millions pour la mise en place d’un bureau de projet, le dévoilement d’une étude indiquant que le retrait du tronçon Montréal-Québec serait bénéfique, puis une déclaration rassurante du ministre Champagne, une question demeure: Quel en serait l’impact économique dans la région?

Le Nouvelliste s’est penché sur la question de l’impact qu’aurait un train à grande fréquence dans la région, advenant la concrétisation du projet. Le retour d’un TGF aurait-il des impacts sur le tourisme? Pourrait-il régler, en partie, la problématique de rareté de main-d’œuvre? Le coût de la vie augmenterait-il de façon importante en région advenant sa construction? Le dossier sur le train à grande fréquence tente de répondre aux questionnements qui entourent le sujet.

Frédéric Laurin, professeur d’économie à l’Université du Québec à Trois-Rivières, détermine deux impacts majeurs d’un projet de train à grande fréquence (TGF) en région. Selon lui, une telle connexion avec les deux plus grandes villes du Québec permettrait de pallier, en partie, la pénurie de main-d’œuvre et de devenir une plaque tournante de la province en matière de transport.

Attirer des travailleurs en région

Un TGF à Trois-Rivières permettrait d’attirer des travailleurs qui proviennent des grands centres, selon M. Laurin. «S’il faut aller chercher dans des bassins, c’est dans les bassins de Montréal et de Québec», dit-il. «Il y a des gens qui sont formés, de grandes universités.»

Une des raisons qui expliquerait cette facilité est que le train permettrait à ces personnes de travailler à Trois-Rivières tout en demeurant près de leur cercle, soit à Montréal ou à Québec. Rappelons que les derniers plans du TGF prévoient un trajet d’environ 50 minutes pour se rendre dans la métropole ou la Capitale nationale.

«Les gens, souvent, veulent rester proches de leur communauté, leur famille, leurs amis», explique le professeur à l’UQTR. Cette réalité est d’autant plus importante pour les personnes qui ont immigré au Québec. Plus de 60% d’entre elles s’installent d’ailleurs à Montréal à leur arrivée, selon l’Institut de la statistique du Québec.

«La raison pour laquelle ils veulent rester à Montréal ou à Québec, c’est pour être proche de leur propre communauté culturelle», dit-il. «Ce sera beaucoup plus facile de convaincre des immigrants de venir travailler en Mauricie à ce moment-là, parce qu’ils pourront faire l’aller-retour s’ils le veulent.»

Le professeur à l’UQTR note par contre que le TGF permettrait également aux citoyens de la région d’aller travailler plus facilement dans les grands centres. «C’est un couteau à deux tranchants», commente-t-il.

Frédéric Laurin, professeur en économie à l’UQTR, croit que le TGF n’aurait pratiquement que des impacts positifs sur l’économie de la région.

M. Laurin affirme également que le TGF pourrait attirer des entreprises spécialisées à soit s’installer en Mauricie, ou du moins y implanter un bureau d’affaires en raison de la proximité des services spécialisés qui se trouvent majoritairement à Montréal.

Une offre bonifiée en transports

Selon M. Laurin, un TGF contribuerait à ce que Trois-Rivières et ses environs puissent devenir un pôle important en transports au Québec. «Un des secteurs porteurs de la région, c’est le transport», dit-il. «On a deux ports, l’aéroport qui est capable d’accueillir des Boeing, ce n’est pas tous les aéroports régionaux qui sont capables de faire ça, on a le rail, les autoroutes et on a des compagnies de transport d’envergure mondiale».

Un TGF viendrait alors compléter cette offre en transports dans la région. «On a tout le potentiel pour devenir une grande plateforme multimodale au Québec ou même dans l’est de l’Amérique du Nord», affirme M. Laurin.

Quel impact sur le marché immobilier?

Alors que les résidences de Trois-Rivières sont parmi les moins dispendieuses de la province, quel serait l’impact du TGF sur le marché immobilier de la région?

«Les gens de l’extérieur pourraient certainement plus s’établir ici, en région des grandes métropoles», affirme Michel Côté, directeur de l’agence immobilière RE/MAX Francheville.

M. Côté estime que la valeur des propriétés de Trois-Rivières pourrait augmenter advenant la concrétisation du projet de TGF. «Chose certaine, ça favoriserait le développement des régions face aux grands centres», explique-t-il. «Forcément, le marché s’adapte en fonction de la demande, alors ça n’aurait qu’un impact à la hausse.»

Frédéric Laurin affirme toutefois qu’une hausse majeure du coût de la vie en région n’est pas à prévoir à court terme après l’implantation d’un TGF. «Je ne vois pas ça dans les 10 prochaines années», souligne M. Laurin. «Le secteur de l’immobilier est très stable, il y a en masse de place pour de l’immobilier ancien qui pourrait être rénové ou pour de l’immobilier neuf», dit-il. «La ville est en expansion par sa propre périphérie, il y a encore de la place pour de la construction neuve», explique M. Côté.

«Il ne faut pas oublier que le Trois-Rivières métropolitain a un coût d’habitation vraiment bas par rapport à tout le Québec et même le pays, alors ça ne ferait que porter la valeur des propriétés à la hausse. Moi je vois ça d’un œil positif», affirme M. Côté.

La valeur des résidences qui se trouvent près de la gare augmenterait, elle aussi, en raison d’une demande plus importante. En banlieue de Montréal, un condo qui se trouve à proximité d’une gare de train se vend jusqu’à 4,9 % plus cher que les autres, selon une étude réalisée en 2016 par la Fédération des chambres immobilières du Québec. «Ce sera davantage en demande compte tenu de la proximité des grands axes de transport pour les grandes villes», commente M. Côté.