Ann-Julie Durocher

Un féminisme de nouvelle génération

La fameuse grève des étudiants contre la hausse des droits de scolarité, en 2012, avait fait la manchette de tous les médias du Québec. À l’Université du Québec à Trois-Rivières, c’est une jeune étudiante de 22 ans qui coordonnait toutes les actions de ce mouvement.

Ann-Julie Durocher la voulait cette responsabilité et elle avait la capacité de jouer ce rôle important, mais son implication au sein de l’exécutif de l’Association générale des étudiants de l’UQTR avait commencé sur une mauvaise note. «Au début, on m’avait dirigée plutôt vers la vice-présidence aux affaires socioculturelles», raconte-t-elle. C’était un rôle d’organisation d’événements, donc quelque chose de traditionnellement plus féminin. «Ça m’avait choquée», confie-t-elle. Ses collègues, raconte-t-elle, se sont toutefois vite rendu compte qu’ils étaient tombés dans un stéréotype et c’est à la suite de cette prise de conscience que le rôle de coordonnatrice de la grève lui a été confié.

L’égalité entre hommes et femmes n’est pas encore atteinte en 2018 et peu de femmes occupent des lieux de pouvoirs de nos jours. C’est quelque chose qui dérange profondément cette nouvelle diplômée à la maîtrise en communication sociale.

Ann-Julie Durocher préfère toutefois mettre ses énergies dans des actions constructives plutôt que dans la revendication. En janvier 2016, alors que Daniel McMahon arrivait au rectorat de l’UQTR, elle devient l’instigatrice du Groupe Action Femme (GAF) de l’UQTR dont l’objectif est d’implanter une vigile sur le campus et d’informer les gens sur la culture du viol. Un des premiers gestes posés par ce nouveau groupe fut de mener la campagne «Sans oui, c’est non».

Ann-Julie Durocher s’implique partout où elle sent qu’elle peut faire une différence. Elle a notamment pris part au collectif Les femmes changent la lutte au cœur du printemps québécois, ce qui lui a valu de participer à une table ronde en compagnie de nulle autre que Denise Bombardier. «Ça s’est vite transformé en débat et je ne voulais pas, mais j’ai survécu», dit-elle un peu à la blague, encore un peu ébranlée d’avoir tenu tête à ce monument du journalisme.

N’empêche que ses convictions au sujet du féminisme ont fait en sorte que son Groupe Action Femme a été invité à représenter l’UQTR aux Journées de réflexion pour prévenir et contrer les violences à caractère sexuel sur les campus universitaires et dans les collèges du Québec organisées par la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, en mars 2017. Le groupe a en effet rapidement gagné en crédibilité en s’entourant des bonnes personnes, estime la cofondatrice.

Âgée aujourd’hui de 28 ans, Ann-Julie Durocher n’a sûrement pas fini de surprendre. Elle carbure au bénévolat «parce que c’est important de donner de son temps pour améliorer les choses», dit-elle. Au cours de ses études, on l’a vue s’impliquer dans une centaine d’activités étudiantes et de bénévolat à grands coups de 25 heures par semaine. C’était à part son travail à temps partiel et ses études à temps plein. Si cela peut sembler surhumain, la jeune femme confie que cela lui permettait d’évacuer des énergies provoquées par son hyperactivité et son déficit d’attention, un syndrome pour lequel elle ne recevra de diagnostic et de soins appropriés qu’à l’aube de ses études à la maîtrise.

Ann-Julie Durocher veut travailler dans le milieu communautaire ou dans le secteur public, «bref dans tout ce qui a une valeur sociale», dit-elle.

Depuis deux ans, elle occupe la présidence de la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie. Elle s’est aussi impliquée dans la Marche mondiale des femmes lors de son passage à Trois-Rivières, en 2015, ainsi qu’au comité femmes du Comité de solidarité Trois-Rivières.

Cette bénévole passionnée estime que «même les petites actions peuvent avoir des répercussions sur de nombreuses personnes. Même si on n’aide qu’une personne, cette personne peut en aider plusieurs par la suite», fait-elle valoir.

L’action qu’elle préfère par-dessus tout, c’est l’éducation. «On peut régler beaucoup de choses par l’éducation», estime-t-elle.