Éloi Beaudry et Claudette Forest

Un couple porteur d’espoir

TROIS-RIVIÈRES — Les symptômes ont commencé à apparaître sournoisement. Éloi Beaudry, sportif aguerri, pouvait facilement rouler de Trois-Rivières à Batiscan à vélo ou parcourir 20 km à la course à pied. C’était en plus de ses visites régulières au gymnase. Depuis quelque temps, toutefois, il n’arrivait plus à courir aussi vite quà l’habitude. Alors qu’il jouait au hockey, un bon soir, la coordination n’était simplement pas au rendez-vous. «Je tombais», dit-il. Le lendemain, il n’arrivait plus à tenir sa tasse de café.

Sa conjointe, Claudette Forest, résume bien la situation. «Sans jeu de mots, il s’enfargeait dans les fleurs du tapis. Son pied droit collait à terre», se souvient-elle. Au début, Éloi Beaudry pense que c’est de l’anémie. «Puis, on m’annonce que je suis l’heureux gagnant d’un séjour à l’hôpital», raconte-t-il. Le diagnostic tombe en 1993. C’est la sclérose en plaques. Éloi Beaudry doit alors faire le deuil de son excellente santé et de son régime de vie très sportif. Les émotions en dents de scie, ça fait aussi partie du portrait de cette maladie, explique Mme Forest.

Cette secrétaire médicale à la retraite connaît bien cette maladie maintenant, car elle a traversé toutes les étapes de ce deuil avec son homme. Éloi Beaudry apprend qu’il doit composer avec une forme de SP qui vient par poussées, lesquelles surviennent aux sept à neuf ans environ et sont suivies de périodes de rémission.

Ce n’est qu’en 2000 que les meilleurs médicaments pour sa condition arrivent dans les pharmacies. M. Beaudry doit déclarer son invalidité en 2003 alors qu’une deuxième poussée de symptômes vient confirmer qu’il doit maintenant composer avec la SP.

Claudette Forest remarque que l’homme très actif qu’elle a connu n’a plus le goût de bouger. Et pour cause. Il y a eu une période où il lui fallait 20 minutes pour aller chercher le journal au dépanneur du coin, un geste qu’il aurait accompli normalement en moins de cinq minutes.

Mme Forest, qui avait l’habitude de faire des activités bien différentes de celles de son chum, vit des moments de culpabilité à l’idée de le laisser seul à la maison. On comprend vite, toutefois, à leur contact, que ce sont tous deux des battants et qu’ils ne resteraient pas là.

Deux ans après le diagnostic, Claudette Forest décide de se battre à sa façon contre la maladie. En 1995, elle s’implique donc bénévolement auprès de la section Mauricie de la Société canadienne de la sclérose en plaques. Pendant 15 ans, elle occupera même des postes au sein du conseil d’administration, dont cinq ans à la direction. «Ma motivation, c’est lui», dit-elle en pointant en direction de son Éloi. M. Beaudry ne cache pas qu’il se sent privilégié de partager sa vie avec une compagne aussi dévouée et déterminée. «Souvent, quand cette maladie arrive, les couples éclatent», signale-t-il.

«Éloi est un homme facile à soigner», plaide Mme Forest du tac au tac. «Il écoute son médecin.» Cette combinaison de volonté et de résilience portera ses fruits. Éloi Beaudry commence à s’impliquer lui aussi auprès de la Société de la SP dès 1997. À la maison, il accomplit de nombreuses tâches ménagères au point qu’en 2010, il se sent mieux et s’achète un nouveau vélo ainsi que des skis de fond, même si son côté droit demeure un peu faible. Il devient peu à peu l’homme à tout faire de la section Mauricie de la SCSP. Le couple s’implique dans la campagne de l’œillet, dans la Marche de l’espoir, dans la Décalade (descente verticale du Delta face vers le sol), à la fête de Noël et à la campagne d’emballage.

En mars, ce couple modèle de bénévoles a remporté le prix Divisionnaire de la Société canadienne de la Sclérose en plaques pour le Québec.

«Ce couple irremplaçable a, tout au long de ces années, fait la différence», estime la directrice de la section Mauricie, Francine Lamarche.