Annie-Kim Charest-Talbot

S'épanouir au-delà de la paralysie cérébrale

En février 2005, nous parlions dans nos pages d'Annie-Kim Charest-Talbot. À 11 ans,  elle menait avec ses parents une campagne de financement pour l'achat d'une chambre hyperbare qui lui permettrait de repousser les limites imposées par sa paralysie cérébrale. Douze ans plus tard, la jeune femme étudie au Cégep et souhaite devenir conférencière professionnelle, auteure et, pourquoi pas, lancer une collection de vêtements adaptés pour les personnes en fauteuil roulant...
En relatant les défis qu'elle a dû affronter pour favoriser au maximum le développement de ses capacités et de son autonomie, Annie-Kim mentionne que des gens du milieu scolaire, entre autres, doutaient qu'elle puisse compléter son éducation primaire. À force de détermination, elle a non seulement terminé son primaire, mais a reçu son diplôme d'études secondaires à l'école Chavigny en 2013, et entame sa cinquième session dans la concentration Littérature, arts et cinéma du programme d'Arts, lettres et communications du Cégep de Trois-Rivières.
Communiquer, c'est ce que veut faire Annie-Kim. Déjà à six ans, elle expliquait aux élèves de la maternelle la différence entre un bébé né prématurément et un autre né à terme. «Je suis arrivée avec ma petite poupée qui mesurait la même grandeur que moi à ma naissance, 12 pouces (30,8 cm). À la naissance, je pesais une livre et 5 onces (595 g) et la grosseur de ma tête était entre la balle de golf et la balle de tennis», détaille celle qui a vu le jour à 24 semaines de grossesse.
Pendant son primaire et son secondaire, Annie-Kim a visité des classes pour démystifier l'état neurologique qui la cloue à son fauteuil, mais aussi, plus largement, la vie des personnes handicapées. Elle désire susciter l'ouverture à la différence. «Mes parents se sont dits que je ne serais pas capable de me défendre physiquement, mais que je pourrais faire quelque chose avec les mots, en étant capable de m'exprimer, de parler. C'est ce qu'ils m'ont montré», indique-t-elle en parlant de ses parents Denise Charest et Douglas Talbot.
«J'ai eu la piqûre quand je me suis rendue compte qu'on pouvait changer la mentalité des gens juste avec les mots. Si ça peut aider à ouvrir à la différence, je vais faire ça. Au début, je ne savais pas que ce serait mon métier», raconte Annie-Kim, qui souhaite gagner sa vie comme conférencière, et a suivi des formations en entrepreneuriat à Chavigny et au Cégep pour se familiariser avec le lancement d'une entreprise et la mise en marché.
«Je raconte mon histoire, mais c'est pour donner de l'espoir aux gens», explique celle qui a aussi entrepris la rédaction de son autobiographie et mijote des idées de romans. La notion de normalité revient dans le discours d'Annie-Kim lorsqu'elle évoque les perceptions à l'endroit des personnes affectées d'une paralysie cérébrale. 
«Comme les gens ont peur de ce qu'ils ignorent, ils veulent savoir comment nous aborder. Je comprends qu'il peut y avoir malaise, mais en même temps, je ne comprends pas dans la mesure où on est des personnes normales! Vos amis, vous leur parlez comment? C'est la même chose pour nous! Il faut aussi faire attention de ne pas nous infantiliser. J'ai 23 ans, on peut me parler normalement!», détaille-t-elle en faisant référence à ceux qui, peut-être par ignorance, s'adressent à elle comme si elle était une enfant.
Annie-Kim a subi deux grosses opérations à 15 et 18 ans, une au dos et une aux hanches. La dernière intervention a anéanti ses espoirs de pouvoir marcher un jour, mais au moins, elle l'a soulagé d'une douleur physique à la limite du supportable. En songeant à son avenir, elle espère un amoureux, et la possibilité d'emménager en logement supervisé. Elle aimerait aussi lancer une collection de vêtements adaptés aux personnes en fauteuil roulant. 
«Mon but, c'est d'aider les gens à s'accepter. Moi, j'ai eu beaucoup de difficulté à m'accepter, mais une fois que je l'ai fait, ça a été merveilleux.»