Jean-Yves Thiboutot

Répondre à l’appel

En 1968, le Québec vit d’importants bouleversements. Le monde de l’éducation n’y échappe pas. C’est l’ouverture des grandes polyvalentes. Jean-Yves Thiboutot, un enseignant de français en début de carrière, inaugurera la polyvalente de la régionale Provencher — celle qui deviendra l’école secondaire Jean-Nicolet.

«C’était tellement grand et personne ne se connaissait», se rappelle-t-il. Le jeune homme de l’époque est loin de se douter que le reste de sa vie sera intimement lié au destin de l’institution où il enseignera jusqu’en 1997 et où il demeure investi, présidant la Fondation de l’école Jean-Nicolet depuis plus de 20 ans.

C’est de manière un peu impromptue que l’homme à la stature modeste et au rire facile prend sa retraite, à 55 ans. La relève cogne aux portes et le gouvernement met en branle un programme de départ volontaire. Jean-Yves Thiboutot fait ses calculs et conclut que l’offre est avantageuse. «Ce n’est pas parce que je n’aimais pas enseigner», insiste-t-il. Il entame sa deuxième vie.

Ayant été impliqué dans le syndicat durant sa carrière et siégeant à la Fondation depuis un certain nombre d’années, le téléphone se met aussitôt à sonner. On a besoin de lui. Les occasions d’aider ne manquent pas. Il répond présent. Tant que le plaisir est au rendez-vous.

Les causes qu’il embrasse ont toujours un caractère social. Pourquoi? «Parce qu’ils cherchaient quelqu’un», soutient-il, invariablement. La modestie qui l’habite n’est pas feinte. Son sourire trahit le plaisir qu’il prend à ainsi occuper son temps.

S’il continue à côtoyer ses pairs au sein de l’Association des enseignants retraités du Québec (AREQ), dont il présidera la section locale pendant 17 ans, c’est la Fondation de l’école Jean-Nicolet qui demeure son «bébé», confie-t-il. C’est cette dernière qui vient notamment de voir aux festivités entourant le 50e anniversaire de l’école où Jean-Yves Thiboutot aura transmis son savoir à quelques générations d’élèves.

À travers les fonds que la Fondation recueille, ce sont également des livres, de l’équipement sportif et des voyages à l’étranger, dans le cadre de séjours humanitaires, auxquels les élèves ont accès.

M. Thiboutot constate toutefois que dans un monde qui tend à s’individualiser, il n’est pas aussi facile qu’avant d’amasser des dons. Aussi, par une gestion rigoureuse, la Fondation arrive à s’acquitter de sa mission en ne puisant que dans les intérêts que ses avoirs génèrent. Des avoirs que Jean-Yves Thiboutot a contribué à faire croître, à force d’efforts.

Jusqu’où ira-t-il? En évoquant le capital de la Fondation, il relate avoir promis à France, sa conjointe, de s’arrêter lorsque celui-ci atteindrait 25 000 $. Puis 100 000 $, puis 200 000 $. Aujourd’hui, tandis que les coffres comptent plus de 265 000 $, il affirme que 300 000 $ «sera mon Waterloo». Mais, que fera-t-il après? «Ben, je serai vieux», blague le septuagénaire, visiblement en forme.

Au-delà de ses activités à la Fondation et à l’AREQ, M. Thiboutot chante aussi pour les résidents du CHSLD de Nicolet, un après-midi par mois. Il s’est impliqué au Noël du pauvre. «On s’occupait d’un coin de rue et on allait chercher 1000 $ de l’heure pendant huit heures», relate-t-il avec satisfaction.

Il siège également au conseil d’administration de l’Office municipal d’habitation de Nicolet, qui s’occupe de logement social dans la municipalité. Il collabore aux campagnes de Centraide. Il s’implique au club de ski de fond local, une activité qu’il affectionne.

Sinon, le grand-père d’une douzaine de petits-enfants lit, jardine et se tient informé. Il passe ses étés au chalet, à Saint-Raymond, dans Portneuf, son patelin d’origine. Engagé qu’il est, il connaît beaucoup de monde et le téléphone sonne souvent.

Le matin, il a une route de trottibus. Il s’agit de ce projet d’autobus pédestre qui jumelle des bénévoles à des jeunes du primaire pour les accompagner à l’école de manière sécuritaire. «Ça permet de rester en forme», maintient-il. Il passera sous silence la portée sociale de cet autre engagement. Modeste monsieur Thiboutot.