Mireille Livernoche
Mireille Livernoche

Reconstituer un passé perdu

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Nicolet — L’année 1955 a été celle de tous les drames pour la ville de Nicolet. Il y a d’abord eu cet incendie monstre qui a eu raison de 35 commerces au centre-ville. Quelques mois plus tard, un important glissement de terrain marquait aussi les Nicolétains au fer rouge.

Ces événements dramatiques ont emporté avec eux d’innombrables photos commerciales et familiales, des souvenirs irremplaçables. Une partie de la mémoire collective est effacée à jamais.

Nouvellement retraitée d’une longue carrière de préposée aux bénéficiaires, Mireille Livernoche a eu la bonne idée de partir à la recherche d’images ayant pu survivre aux deux catastrophes. L’idée lui vient d’ouvrir, en 2016, une page Facebook, Le Rendez-vous des souvenirs nicolétains, où pourraient être logées toutes les photos anciennes et même plus récentes de sa ville natale.

Le projet commence bien lorsqu’elle arrive à récupérer les photos en noir et blanc du défunt historien Lucien Florent. «Il en a donné beaucoup», dit-elle.

Le projet attire d’autres photographes de Nicolet, dont André Falardeau qui partagera, lui, de nombreuses photos couleur de sa ville. Il ne sera pas le seul à confier à Mme Livernoche des souvenirs en images accumulés au fil des décennies.

Peu à peu, le passé visuel de Nicolet revit grâce à ce partage et la page Facebook de Mme Livernoche compte maintenant plus de 1700 membres.

Mireille Livernoche consacre jusqu’à 40 heures par semaine, parfois au beau milieu de la nuit, pour faire grossir le contenu de sa page. «J’aime faire revivre le passé des personnes âgées», dit-elle. «Les personnes âgées d’aujourd’hui ont bâti Nicolet», plaide-t-elle.

Même si elle n’a jamais fait de bénévolat de sa vie, du haut de ses 71 ans, Mme Livernoche s’est découvert un talent pour cogner aux portes et impliquer la communauté. Ce projet tout simple et constructif fait l’unanimité à Nicolet.

Le photographe et artiste Claude Demers ira même jusqu’à dessiner et faire don d’une image de couverture pour la page Facebook Le Rendez-vous des souvenirs nicolétains.

Notre Tête d’affiche a réussi à convaincre de nombreux commerçants de la ville d’accueillir des expositions temporaires de photos fournies par elle-même et sa petite équipe. Par exemple, au pub Le Houblon, où Le Nouvelliste l’a rencontrée, on peut admirer une collection de photos racontant l’histoire du hockey à Nicolet.

Mireille Livernoche ne s’arrêtera pas à sa page Facebook. Dès son implication dans le projet de photos du Nicolet d’autrefois, elle se met à organiser des activités publiques pour faire découvrir les coins enchanteurs de sa ville.

Mobilisant les artistes locaux, elle voit au montage d’une première pièce de théâtre portant sur la petite histoire de Nicolet qui sera interprétée par des artistes amateurs et des comédiens de la place. Deux autobus remplis de monde s’y rendront. «Les comédiens sont arrivés à la marina en canot par la rivière», raconte-t-elle, visiblement enchantée du succès obtenu par ce premier projet.

D’autres suivront. Les groupes visitent l’Hôtel Montfort, le parc écomaritime de l’Anse-du-Port et finissent ensuite leur journée au plus vieux restaurant de la Ville, le Mamma Mia, fondé par son père en 1964. Chaque fois, c’est un succès.

Plus récemment, elle a convaincu le Collège Notre-Dame-de-l’Assomption de présenter une pièce de théâtre à saveur historique de Serge Rousseau. Mme Livernoche a eu le bonheur d’assister, en juin dernier, à la présentation de cette pièce de théâtre interprétée par les élèves du CNDA, La Seigneurie en cathédrale.

L’action se situant en 1850, il fallait des costumes d’époque et plus particulièrement, des costumes d’évêques, pour habiller les jeunes comédiens. N’ayant apparemment rien à son épreuve, notre Tête d’affiche n’a pas hésité à demander à nul autre que l’évêque du diocèse de Nicolet, Mgr André Gazaille, de prêter les fameux vêtements sacerdotaux pour cette occasion unique.

«Je fonce», raconte la dame qui n’a pas froid aux yeux quand vient le temps de redonner vie à l’histoire de son patelin.