Geneviève Trudel

Photographie et estime de soi

Pour en arriver à s’assumer comme photographe professionnelle, Geneviève Trudel a eu besoin de validation extérieure pour alimenter sa confiance. Aujourd’hui, elle utilise son talent pour aider à nourrir l’estime de soi d’autrui. Il y a deux ans, elle a mis sur pied le projet Portraits du cœur, qui offre des séances de photos à des personnes à faible revenu.

Le parcours de Geneviève Trudel n’est pas banal. À 26 ans, elle prenait la tête du bureau de huissiers de justice jusqu’alors dirigé par son père. La jeune femme devait gérer une quinzaine de personnes, en plus d’être impliquée dans plusieurs organisations. Un peu essoufflée, elle a choisi de travailler de la maison pour un moment.

C’est pendant cette période qu’elle a commencé à prendre des photos, pour le plaisir. Les compliments de son entourage lui indiquaient qu’elle tenait peut-être le filon d’un talent à exploiter. «Je photographiais une roche et le monde disait ‘‘Wow!’’... Mais moi je voulais que quelqu’un d’autre, un vrai pro me dise: ‘‘Ta roche, c’est cute, mais ça serait mieux si elle était comme ci ou comme ça...’’», image la photographe pour illustrer ses réticences à se considérer comme telle.  

Cette valorisation, elle l’a entre autres reçue par les mentions obtenues en soumettant ses photos au concours de la Corporation des maîtres photographes du Québec et en méritant son accréditation dans l’association Photographes professionnels du Canada.

Dans sa vie de huissier, Mme Trudel a entre autres fait partie des conseils d’administration du Regroupement des femmes de carrière de la Mauricie et de la Chambre des huissiers de justice du Québec.

Comme photographe, elle s’implique d’une autre façon, directement via son art. Elle est notamment bénévole pour la Fondation Portraits d’étincelles, qui propose d’immortaliser en images les bébés décédés avant ou à la naissance. «Tu ne souhaites pas en faire beaucoup dans ta vie. J’en ai fait cinq ou six jusqu’à présent. Pourquoi je le fais? Je ne le sais pas. Je le fais pour les parents. Je le fais parce que je suis une mère, peut-être, par instinct...»

La photographe a illustré trois calendriers au profit du Centre du sein Le Ruban Rose de Shawinigan, qui soutient les personnes touchées par le cancer du sein. «J’ai vu des femmes au crâne rasé ou qui avaient subi une mastectomie. Je voyais ces gens-là et je me disais que ça peut arriver à tout le monde. Le temps que tu donnes, c’est quoi par rapport à ce qu’ils vivent?», observe-t-elle.

Mme Trudel a pris les photos pour l’agenda familial de Leucan Mauricie-et-Centre-du-Québec. Leucan l’avait approchée après qu’elle eut offert à une famille les dernières photos d’une fillette de quatre ans, Rosalie. «J’étais débordée quand la mère de Rosalie m’a appelée et m’a dit que sa petite fille était malade, et qu’elle avait su la veille qu’elle était en phase terminale. Je l’ai prise entre deux rendez-vous. À chaque clic, je me disais que c’étaient ses dernières photos. Une semaine après, elle est décédée.»

C’est aussi après avoir offert une séance gratuite à une famille qui venait de vivre une succession d’épreuves, que Geneviève Trudel a eu l’idée du projet Portraits du coeur. «J’ai été surprise de leur réaction quand ils ont vu les photos. Moi, c’est mon quotidien de faire ça. Je me suis demandé ce que je pourrais faire pour donner aux autres», raconte-t-elle en évoquant sa séance de photos avec la famille éprouvée, tellement reconnaissante.

Geneviève Trudel a parlé de son idée à Caroline Chartier, du Centre Roland-Bertrand, à Shawinigan. Au début de décembre, avec une équipe de bénévoles, elle a permis à 111 personnes à faible revenu de vivre une session de photographie professionnelle, coiffure et maquillage compris, et de repartir avec la photo encadrée. C’était la deuxième édition de cette journée qui stimule l’estime de soi de ceux qui en bénéficient.