Par amour pour les enfants

Shawinigan — Lorsqu’elle se rend à Montréal avec ses quatre enfants de 11 à 16 ans, Sabrina Nimour apporte toujours avec elle quelques repas qu’elle offre aux itinérants. «Mes enfants m’ont demandé pourquoi je faisais ça. Je leur ai répondu que ces itinérants ont déjà été des petits enfants qui ont été bercés par une maman. Si ces gens dans le besoin avaient été mes enfants, j’aimerais bien que quelqu’un pose un beau geste à leur endroit.»

Si c’était possible, Sabrina Nimour serait la mère affectueuse de tous les enfants du monde. Tous les matins, du lundi au vendredi, la jeune femme aux racines algériennes se lève à 5 h et se rend au sous-sol de l’école Immaculée-Conception de Shawinigan. Cette école accueille des enfants de la maternelle 5 ans à la 6e année, mais aussi une classe d’adaptation scolaire pour ceux et celles qui ont des difficultés graves d’apprentissage.

Des bénévoles viennent la rejoindre 30 ou 40 minutes plus tard. Ils préparent des œufs, des fruits, des crêpes, du pain doré, des légumes, des burritos au fromage. Les clients du Club des petits déjeuners sont de petits mousses, pour la plupart, de 8 ans et moins. Les premiers, ceux qui arrivent à pied, sont à table vers 7 h 15. D’autres arrivent peu à peu jusqu’à 8 heures. Il y a 65 inscriptions et en moyenne, on compte une cinquantaine de petits bedons à remplir d’aliments nutritifs et sains.

Dans cette cafétéria enfantine, il n’y a ni pauvres ni riches. Pour la modique somme de 0,25 $ par repas, les enfants fraternisent autour de leur cabaret et mangent à leur faim. «Parfois, on le sait, des parents ne savent plus quoi faire pour faire manger leur enfant quand il n’a pas faim le matin. «Ici, il y a un effet d’entraînement entre les jeunes», dit-elle. S’il y a en un qui prend le yogourt aux pêches, ils vont tous en vouloir un», raconte-t-elle, amusée.

Sabrina Nimour accomplit cette tâche depuis cinq ans. Elle n’est pas que la cuisinière. Son œil aiguisé de maman voit facilement du premier coup d’œil quel enfant, dans le groupe, ne va pas bien. Elle a pris sur elle de servir d’intermédiaire entre eux et les enseignantes. Parfois, c’est la médication qui ne va pas chez un enfant. Parfois, il y en a un qui a été malade toute la nuit. D’autres ont simplement des soucis. «Je les fais parler pour voir ce qui ne va pas. Parfois, il faut les retourner à la maison pour éviter une épidémie de gastro», illustre-t-elle. «Au lieu de se faire chicaner en classe, la prof est prévenue et ça désarme des situations. L’enfant passe alors une meilleure journée.»

«Bref, je suis en première ligne», résume celle qui travaille aussi depuis peu au service de garde.

Après avoir passé de deux et demie à trois heures au Club des petits déjeuners, Sabrina Nimour rentre chez elle pour déjeuner à son tour. «Parfois, je mange avec les bénévoles», dit-elle.

Cette femme dévouée s’implique aussi de façon spontanée dans de nombreuses activités saisonnières organisées dans l’école, à l’Halloween ou à l’approche de Noël, par exemple ou lorsqu’on a besoin de parents accompagnateurs pour des sorties de classes.

Non contente de donner autant de temps au Club des petits déjeuners, elle s’est également impliquée dans l’aide aux devoirs pour les élèves du secondaire dans le cadre des activités de Passeport pour ma réussite, un organisme œuvrant contre le décrochage scolaire.

Ce qu’il y a sans doute de plus admirable et de plus étonnant chez notre Tête d’affiche, c’est qu’un de ses quatre enfants est atteint d’une maladie rénale qui a nécessité des heures interminables de soins quotidiens depuis sa naissance. Les interventions sont moins prenantes qu’au début, mais elle doit encore veiller au grain. Cette situation ne l’empêche pas pour autant de partager généreusement son immense amour pour tous les enfants.