Jacques Goulet

L’homme derrière le Sentier

Trois-Rivières — Sa voiture est remplie de pièces de bois, de vis, sécateurs, scies, haches et autres outils. Jacques Goulet part dans le bois pour la journée avec son bagage et ne reviendra que le soir venu. C’est souvent comme ça, du printemps à l’automne. En compagnie de quelques bénévoles, il se rend en direction du Sentier national de la Mauricie. Il y a des ponts à réparer, des arbres tombés à débiter, des trous à combler sur le chemin. Il y a aussi le balisage à entretenir.

C’est d’ailleurs un des sentiers les mieux balisés au Québec, s’est fait dire le bénévole qui en prend grand soin depuis une douzaine d’années. Le Sentier national de la Mauricie est l’organisme gestionnaire du magnifique trajet de plus de 100 km qui se spécialise dans la randonnée pédestre et la pratique de la raquette, en hiver. Jacques Goulet, c’est son homme-orchestre bénévole.

Divisé en neuf tronçons, le Sentier national de la Mauricie est bien connu des mordus de marche en plein air. Dans la région, il traverse les plus beaux coins de la Mauricie, Réserve faunique Mastigouche, Parc récréoforestier de Saint-Mathieu-du-Parc, Saint-Gérard-des-Laurentides, Saint-Jean-de-Piles et Notre-Dame-de-Montauban.

La vingtaine de bénévoles, dont quatre femmes, des retraités pour la plupart, qui s’impliquent dans l’amélioration et le développement des pistes avec M. Goulet, y consacrent en moyenne 1000 heures par année pour qu’elles soient agréables à emprunter. «On part deux équipes et deux voitures», raconte Jacques Goulet. Juste au printemps, il faut 8 à 9 jours de travaux répartis sur deux à trois semaines pour réparer les dommages causés par l’hiver.

Les saisons de l’été et de l’automne sont consacrées aux améliorations. Quand les projets sont un peu plus costauds, «on a des abris pour dormir», dit-il, car il faut parfois passer deux, voire trois jours pour pouvoir réaliser certains travaux. «On a bâti trois toilettes sèches», illustre-t-il, de même que deux plates-formes en bois, près des abris, pour les tentes.

Pas étonnant que Jacques Goulet, qui coordonne tous ces travaux, ait récemment reçu le prix Sentier-Québec lors de la dernière assemblée générale annuelle de l’organisme RandoQuébec.

C’est d’ailleurs RandoQuébec qui lui avait d’abord demandé, en 2005, de s’occuper de l’entretien du sentier de la Chute-du-Diable dans le parc récréoforestier de Saint-Mathieu-du-Parc. «Il y avait des réparations et de l’entretien à faire», dit-il. «J’ai voulu faire plus que de l’entretien. J’ai voulu développer», raconte notre bénévole.

Retraité du ministère de l’Agriculture, M. Goulet trouvait ce défi à la mesure de ses talents. C’est un homme débrouillard de ses mains, un sportif et un passionné de nature. On dit de lui qu’il travaille avec minutie. «Je suis exigent», reconnaît-il. «On a appris, chez nous dans la famille, à aider les autres», dit-il. «Et puis, on veut être utile à la retraite», fait-il valoir.

Mordu de sports de plein air, notre Tête d’affiche a notamment été président du club de plein air Zahra de Trois-Rivières.

Une partie de son engagement consiste également à trouver de l’argent pour pouvoir payer les matériaux nécessaires à l’entretien du long sentier. Cela implique d’organiser des conférences-bénéfices, de solliciter les députés et les municipalités et d’organiser des collectes de fonds. Il faut en moyenne quelque 2500 $ pour entretenir le Sentier annuellement.

«Travailler avec les gens, ce n’est pas ma force», confie-t-il. «Ma force, c’est de travailler manuellement, c’est ma débrouillardise, c’est l’organisation, c’est de leader un projet», résume-t-il. Faire du bénévolat de cette façon en plein air en plus, c’est pour lui la cerise sur le gâteau.

Malgré l’attachement qu’il porte à ce projet depuis 12 ans, M. Goulet souhaite maintenant laisser sa place. Puisque le sentier a beaucoup évolué depuis toutes ces années, l’organisation souhaite séparer la tâche entre deux ou trois bénévoles.

Le dixième anniversaire du Sentier de la Mauricie, qui se déroulera le 5 octobre, sera peut-être l’occasion de trouver ces perles rares, espère-t-il.