Lise Quirion et Marc Nolin

L’éthique de l’engagement et du plaisir

Essais ou romans, livres d’art, albums ou cahiers, les livres occupent beaucoup d’espace chez Lise Quirion et Marc Nolin. Omniprésents, les ouvrages sont souvent marqués d’un signet. On s’abreuve ici à plusieurs sources à la fois. Le couple est curieux, ses horizons sont larges.

Au tournant des années 80, fraîchement diplômés, les deux Montréalais d’origine s’exilent en Outaouais pour voir leur carrière prendre son envol. Les aléas de la vie professionnelle les poussent ensuite vers Trois-Rivières. Pour de bon. Lui œuvre à la défunte Agence de santé et de services sociaux. Il est communicateur. Elle enseigne l’histoire, au secondaire. Jusqu’au jour de leur retraite, il n’y a pas si longtemps.

Issu de milieux modestes, le couple dit devoir sa qualité de vie au tissu social québécois. Système d’éducation public, emplois syndiqués, régimes de retraite avantageux, les atouts étaient réunis, expliquent Marc et Lise. S’ils jouissent d’un certain confort, c’est que d’autres ont livré les batailles avant eux, soutiennent-ils. Ils veulent redonner et participer au maintien d’acquis qu’ils estiment fragiles. Pas tant pour eux que pour ceux qui suivront.

Ils occuperont ainsi différents postes dans leur syndicat respectif. Marc s’investira à l’école des enfants — ils en ont deux. Lise sera bénévole dans un centre d’accueil pour femmes victimes de violence conjugale, pendant trois ans. Une expérience exigeante, confie-t-elle.

Puis, le goût de la lecture — et un peu de hasard — les poussera à s’engager dans l’organisation du Salon du livre de Trois-Rivières. Cette expérience, par sa durée et son rayonnement, fait office de trame centrale à l’implication du couple dans leur ville d’adoption. Celui-ci allie le plaisir à l’engagement, deux dimensions importantes dans la vie de ces jeunes grands-parents.

Au pied levé, à la demande d’une collègue, Marc siège d’abord au conseil d’administration. La période est difficile. La présidente du conseil d’administration démissionne et, à peine recruté, Marc se voit confier le poste. Le moment est charnière, la survie du Salon est en jeu. On s’atèle à redresser le navire. Marc sera à la barre pendant dix ans.

Aujourd’hui, c’est Lise qui siège au conseil d’administration. Marc se contente de faire de courtes journées de 12 heures de bénévolat pendant la durée de l’événement. Chez eux, le Salon est un peu comme un membre de la famille dont on doit prendre soin.

À l’approche de l’événement, il y a d’ailleurs un peu de fébrilité dans l’air. Lise est préoccupée par la dictée du Salon. L’activité est courue et les attentes sont grandes. Il y aura aussi les animations. On lui a fait une fleur cette année. C’est elle qui interviewera François Ricard et Normand Baillargeon.

Quant à Marc, son bénévolat se fait aujourd’hui dans les bureaux du Salon. Sa connaissance intime de l’événement est ainsi mise à profit.

Si la retraite les pousse maintenant à choisir les causes dans lesquelles ils s’engagent en fonction de considérations plus personnelles, le couple n’en est pas moins actif. Lise fait ainsi la lecture aux jeunes, dans des écoles primaires. Des classes de langage et des classes d’accueil. Encore les livres. Marc a un peu replongé dans l’univers de la santé. Il se consacre à un projet de prévention des chutes à domicile.

Lise est aussi lectrice pour une maison d’édition. Elle taira laquelle, confidentialité oblige. Elle fait partie de ceux qui lisent les manuscrits qu’envoient des auteurs désireux d’être publiés. Sur sa pile de lecture trône ainsi un document inédit, sur lequel elle sera l’une des premières — peut-être l’une des seules — à poser les yeux.

En marge de ces engagements, il y a aussi le plaisir, pour le plaisir. Marc fait de la photo. Tous deux jouent de la musique. Dans la vie de ces bouquineurs, la famille occupe également une place importante. Tout comme la communauté, par ailleurs. On parle ainsi des voisins, de politique municipale ou de réunions entre amis, sur le ton de l’intimité. Comme on évoquerait les différentes pages d’un même grand livre.